France

Violences périscolaires à Paris : « Je vais tout faire pour que ma fille oublie cette école de l’horreur »

Une cinquantaine de parents et d’enfants se sont rassemblés samedi devant l’Hôtel de Ville de Paris pour « mettre fin à l’omerta » sur les violences sexuelles dans le périscolaire. Le 16 février dernier, neuf agents du périscolaire de l’école maternelle publique Saint Dominique (7e arrondissement) ont été suspendus pour suspicions de violences physiques et sexuelles.

«Combien d’enfants encore ? » : Quelques heures avant la réélection d’Emmanuel Grégoire lors du second tour des élections municipales, une cinquantaine de parents et d’enfants se sont rassemblés samedi devant l’Hôtel de Ville de Paris pour « mettre fin à l’omerta » sur les violences sexuelles dans le périscolaire.

« Tous les jours, de nouveaux faits gravissimes nous sont rapportés », a dénoncé Barka Zerouali, cofondatrice du collectif #MeTooEcole, alors que le secteur du périscolaire est touché depuis plusieurs mois par une série de signalements de violences et d’agressions sexuelles révélant des lacunes dans le processus de recrutement et de gestion des alertes, notamment à Paris.

« Je me suis sentie abandonnée »

L’un des cas les plus emblématiques est celui de l’école maternelle publique Saint Dominique (7e arrondissement), où neuf agents du périscolaire ont été suspendus le 16 février dernier en raison de suspicions de violences physiques et sexuelles : des parents d’élèves de l’établissement, qui ont déposé plainte comme de nombreux autres parents du 7e arrondissement, témoignent auprès de 20 Minutes de faits s’étant produits durant le temps périscolaire.

Emmanuel, dont le prénom a été modifié, est le père d’un petit garçon de 4 ans. Tous les matins, il amenait son fils à l’école en pensant qu’il était en sécurité. Jusqu’à ce que des signes inquiétants apparaissent dans son comportement : gestes violents, langage grossier, cauchemars…

« Elle retardait le départ pour l’école et c’était ça toute l’année. »

Emma*, elle aussi, a vu la vie quotidienne de sa fille, du même âge, basculer. Rapidement, quelque chose ne va pas. « Je voyais qu’elle voulait me dire plein de choses mais elle ne savait pas comment », raconte-t-elle. Les semaines passent et l’état de la fillette se dégrade : terreurs nocturnes, refus d’aller à l’école, rougeurs sur les parties intimes, douleurs fessières. Les consultations médicales s’enchaînent sans réponse claire. Jusqu’à ce que l’enfant répète : « Le loup me fait des choses. » Puis, progressivement, elle finit par se confier : « Il m’a touché les fesses. » Pour Emma, plus de doutes : « Fesses, loup, dortoir, ‘il m’a touchée’ : si on avait simplement pris le temps de rassembler tous ces mots, on aurait reconstitué le puzzle de l’horreur qu’elle vivait. »

Un problème systémique selon le collectif SOS périscolaire

Tout comme Emmanuel, commence alors pour eux un parcours du combattant. Entre incompréhension, démarches administratives et quête de reconnaissance, les parents se heurtent à un système qu’ils jugent défaillant. « Personne ne peut vivre dans la vigilance absolue », estime Emmanuel. Emma ajoute : « Je me suis sentie abandonnée quand j’ai pris cela en pleine face […] On est tout seuls ! » « On parle de 9 animateurs qui ont commis des actes, pas seulement des violences, mais bien de violences sexuelles sur nos enfants qui vont très bien, malheureusement, allant du toucher des parties intimes jusqu’à des pénétrations ».

Si ce cas d’école est particulièrement marquant, il n’est pas isolé. Depuis plusieurs années, le collectif SOS Périscolaire, cofondé par Élisabeth Guthmann et Anne, recueille des témoignages similaires à travers la France. Pour ces deux mères, lanceuses d’alerte, cette affaire met en lumière un problème systémique. « Des menaces, beaucoup de menaces : ‘On va te prendre ton doudou’, des enfants enfermés dans le noir, dans les toilettes », décrit Anne. À cela s’ajoute « toute l’étendue des violences, que ce soit du harcèlement moral, de l’humiliation, de l’intimidation ».

Emma et Emmanuel affirment avoir été confrontés à l’ensemble de ces situations. Des violences diffuses, parfois invisibles, s’ancrent dans le quotidien des enfants. « Tous les témoignages sont différents mais tous se ressemblent en ce sens qu’il existe une omerta », déplore le collectif.

Des mesures concrètes demandées

Face à l’ampleur des signalements, SOS Périscolaire a porté le sujet au plus haut niveau de l’État. Le collectif a rencontré le ministre de l’Éducation nationale Édouard Geffray en mars 2026 et s’est rendu à l’Élysée pour demander des mesures concrètes.

Parmi les revendications formulées par le collectif SOS Périscolaire et plusieurs familles, on trouve la création d’un conseil du périscolaire incluant des parents d’élèves, afin d’assurer plus de transparence et de contrôle, une meilleure formation des encadrants, des procédures de signalement claires et systématiques. Ils exigent également que les casiers judiciaires soient rigoureusement vérifiés avant toute prise de poste.

« On est devenus un sujet politique, alors que notre combat ne l’est pas : on veut simplement protéger nos enfants. »

Du côté des parents, plusieurs dispositifs immédiats ont été demandés au niveau de l’école Saint Dominique : l’installation de caméras et de systèmes d’enregistrement audio dans les espaces périscolaires, la fermeture des sanitaires pour adultes situés à proximité directe de ceux des enfants, ainsi que la condamnation d’une salle polyvalente fermant à clé, soupçonnée d’avoir servi de lieu de violences.

Pour les familles, l’enjeu dépasse désormais leur propre histoire. Il s’agit de faire reconnaître une réalité encore largement tue et d’empêcher que d’autres enfants ne subissent les mêmes violences.

*le prénom a été modifié