Violences conjugales : prison avec sursis de 8 mois requise contre Laurent Boyer
Laurent Boyer, âgé de 68 ans, est jugé devant la 10e chambre du tribunal correctionnel de Paris pour avoir violenté et harcelé Emilie S., une ancienne compagne de 20 ans sa cadette. Le procureur a demandé une peine de 8 mois de prison assortie d’un sursis probatoire de trois ans et une amende de 5.000 euros.

Au tribunal judiciaire de Paris,
« Excusez-moi, Laurent Boyer, c’est bien l’animateur télé ? » s’interroge un professeur de droit qui accompagne une vingtaine d’étudiants en première année d’école de commerce. Ce dernier, qui est entré « par hasard » dans la salle 2.03 où se déroule le procès de l’ancien animateur emblématique de M6 et de RTL, semble choqué. « C’est un mec qui était connu », murmure-t-il aux jeunes qui ne connaissaient pas cet homme qui a présenté, dans les années 1990 et 2000, des émissions cultes telles que Graines de Star ou Fréquenstar. Vêtu d’une redingote noire, d’une chemise blanche, d’une cravate lâche et d’un pantalon en cuir, le prévenu, âgé de 68 ans, apparaît comme une vedette désormais désuète à l’ère des réseaux sociaux.
Laurent Boyer est jugé devant la 10e chambre du tribunal correctionnel pour des violences et du harcèlement sur Emilie S., une ancienne compagne de 20 ans sa cadette, notamment pour avoir publié des photos intimes sur Facebook et Instagram. « Dire que j’aimais bien ce gars », confie le professeur de droit assis dans le public, écoutant le président résumer l’affaire.
« La femme de ma mort »
Tout commence par une rencontre en mai 2016. « J’étais fou amoureux d’elle. C’était la femme de ma vie, la femme de ma mort. Je n’avais jamais eu ce type de relation auparavant. Je suis immédiatement tombé raide dingue », déclare Laurent Boyer à la barre. La relation prend fin une première fois en 2021, avant de se reprendre en 2023, jusqu’à ce qu’Emilie S. porte plainte au commissariat du 17e arrondissement de Paris en avril 2024. La jeune femme, blonde aux cheveux mi-longs, vêtue d’une chemise blanche, d’un gilet beige et d’un jean bleu clair, accuse son ancien compagnon de violences physiques et psychologiques sur une période de huit ans. Elle évoque des photos d’elle en soutien-gorge publiées sur les réseaux sociaux, un crachat reçu au visage lors d’un réveillon, une Rolex, offerte par son père, qu’il aurait brisée de rage, ainsi que des insultes et des coups.
Laurent Boyer peine à répondre de manière claire aux questions du président. Son esprit semble dériver et il divague. Ses réponses sont parfois confuses, et son avocate, Me Marie-Alix Canu-Bernard, intervient à plusieurs reprises pour clarifier ses propos. La pénaliste souligne que son client est « un peu particulier », ayant été diagnostiqué HPI – haut potentiel intellectuel – et souffrant d’un TDAH, un trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité. En conséquence, il ne répond jamais simplement par oui ou par non et utilise fréquemment des dictons populaires et des citations de ses auteurs et artistes favoris.
Des mots « particulièrement sales »
Le prévenu se dit « effondré » par les accusations de son ex-compagne. « J’ai vécu avec elle un amour extrême, un amour équilibré, poursuit-il. C’était une relation osmotique remarquable. » Laurent Boyer admet avoir pu faire preuve de jalousie, mais insiste : « Je n’ai jamais été violent avec qui que ce soit, je ne me vois pas donner des coups. » Il reconnaît avoir utilisé des mots très durs, que ce soit dénigrants ou humiliants, envers Emilie S., arguant qu’elle le « poussait à bout » avec ses paroles et ses invectives. « Nous nous sommes invectivés, oui, bien sûr. Mais d’une certaine manière, cela fait partie de la passion, de l’amour. » Cependant, il affirme également avoir été « incapable » de créer un compte Facebook au nom de son ancienne compagne, une défense contestée par les preuves présentées par l’accusation.
Cette personnalité télévisuelle évoque aussi l’impact de cette affaire sur sa carrière. Il est suspendu d’antenne à RTL « à cause du procès ». « On touche à ma probité », déclare-t-il. « J’ai mis quarante-cinq ans à construire une image qui n’a jamais été ni abîmée ni détruite… une très belle image. »
Emilie S. explique avoir tardé à porter plainte parce qu’elle voulait « le protéger », ajoutant : « Et me protéger aussi d’une certaine manière. » Émue, elle poursuit : « Je l’aimais, c’est idiot. Je ne voulais pas lui faire de mal, je pensais qu’il était malade et que s’il s’excusait, je pouvais en faire autant par amour. » Aujourd’hui, elle confie souffrir d’un manque de confiance et fait des cauchemars la nuit. « J’ai besoin que ça soit derrière », lâche-t-elle. Son avocate, Me Manon François, évoque des « termes outrageants, humiliants, dégradants », des mots « particulièrement sales, vraiment sales », et parle d’un « comportement au bord du harcèlement ».
« La santé mentale » du prévenu en question
Le procureur soulève « la question de la santé mentale » du prévenu et requiert une peine de 8 mois de prison avec un sursis probatoire de trois ans. Le représentant du ministère public critique la faiblesse des explications fournies par Laurent Boyer, qu’il considère comme « pas quelqu’un de gentil ». Il demande également une amende de 5.000 euros.
Ces remarques provoquent la colère de Me Canu-Bernard, qui dénonce « un travail d’enquête ni fait ni à faire » de la part des policiers. L’avocate de défense affirme que son client s’est retrouvé pris dans cette relation toxique et a également été victime de son ex-compagne. « Tout cela se fait à deux. Elle le maltraite aussi beaucoup, par les mots », insiste la pénaliste, qui plaide pour la relaxe de Laurent Boyer. Elle souligne que « sa carrière, son honneur, ont été réduits à néant, avant toute décision de justice ». Le jugement sera rendu le 11 mai.

