Vins de Bordeaux : Pourquoi château Guiraud a-t-il planté 482 espèces de tomates différentes ?

Clémence Planty, une des responsables de château Guiraud, dans le sauternais. — Mickaël Bosredon/20 Minutes

  • Château Guiraud, premier grand cru de Sauternes, s’est équipé d’un conservatoire des cépages pour amener davantage de variétés dans les cépages de sémillon et sauvignon blanc.
  • Dans un but pédagogique et pour expliquer cette richesse de la biodiversité, le domaine, qui reçoit 12.000 visiteurs par an, s’est aussi doté d’un jardin où l’on trouve 482 espèces de tomates différentes.
  • Ces variétés alimentent aussi la carte du restaurant du château, ouvert en février 2018.

Shokoladnoe Chudo, Nain Japonais, Podland Pink, Zakopane… Ces noms ne vous disent sans doute rien, pourtant il s’agit bien d’espèces différentes de tomates. A château Guiraud, dans le Sauternais, vous pouvez ainsi en trouver… 482. « On avait commencé par en planter une cinquantaine l’année dernière, j’avoue on a un peu craqué cette année » s’amuse Clémence Planty, une des responsables du domaine.

Château Guiraud a planté près de 500 pieds d'espèces différentes de tomates, pour expliquer l'importance de la biodiversité. Château Guiraud a planté près de 500 pieds d’espèces différentes de tomates, pour expliquer l’importance de la biodiversité. – Mickaël Bosredon/20 Minutes

Mais pourquoi un premier grand cru s’est-il aventuré dans la production de tomates en tout genre ? En réalité, l’objectif n’est pas tant la production, que l’expérimentation et la pédagogie. Explications.

« Sublimer le vin par la complexité aromatique »

Pour produire son vin, château Guiraud utilise deux cépages, le sémillon et le sauvignon blanc. « En 2001, nous avons voulu davantage varier les ressources génétiques de ces cépages, pour enrichir la complexité aromatique de nos vins, explique Clémence Planty. Nous nous sommes alors équipés d’un conservatoire, pour collecter différentes variétés. Aujourd’hui, nous en avons 75, qui nous servent pour de l’expérimentation et notamment de la microvinification, et nous en utilisons environ 15 pour chaque cépage dans nos parcelles. »

Ce conservatoire a aussi un rôle pédagogique, notamment pour les 12.000 visiteurs accueillis chaque année sur le domaine. « Et c’est là que nous avons eu l’idée d’expliquer la diversité variétale par le biais d’un jardin de tomates, parce que c’est plus parlant que des cépages, même si au final c’est la même chose. » L’objectif de château Guiraud avec ce conservatoire des cépages, est de « sublimer le vin par la complexité aromatique, poursuit Clémence Planty. Quand vous faites votre salade de tomates, si vous prenez dix variétés différentes, cela va vous faire une explosion d’arômes en bouche, et bien c’est pareil pour le raisin. »

« Les vins ont eu un tournant aromatique notable »

Le conservatoire vise aussi un travail de mémoire et de conservation du patrimoine. « A une époque où l’on essaie d’homogénéiser les productions au maximum, nous voulons au contraire garder cette richesse qui permet de souligner la qualité des vins. »

Tout ceci pour quel résultat ? « Les vins ont eu un tournant aromatique notable, assure Clémence Planty. On retrouve cette authenticité, cette expression du terroir qui est beaucoup plus marquée, plus pure. » Ce qui est aussi la conséquence de la conversion de château Guiraud en bio, en 2011.

675 espèces d’insectes différentes répertoriées

« Depuis 1996, Guiraud n’utilise plus aucun produit de synthèse (pesticide, fongicide, herbicide), rappelle Clémence Planty. C’est aussi l’année où on a commencé à s’interroger sur la façon de redonner une place à la nature dans le vignoble : nous avons réenherbé les rangs de vigne, laissé des talus, remis des haies pour cibler des insectes particuliers… A ce jour, nous avons répertorié 675 espèces d’insectes différentes, quand la moyenne est aux alentours de 200 sur un vignoble classique. Tout cela s’est fait dans le but d’avoir un rééquilibrage écologique naturel, que l’homme n’ait plus à venir dans les rangs pour réguler la vigne, et que la nature reprenne le dessus. »

Aujourd’hui, château Guiraud utilise encore des produits pour le traitement, mais uniquement bio. « On produit nos propres purins, tisanes, concoctions pour mettre sur notre vignoble, détaille Clémence Planty. On est toujours dans la recherche de minimiser nos actions sur la vigne, et plus ça va, plus on diminue nos traitements, notamment sur le cuivre, notre idéal étant d’arriver à zéro cuivre. »

Le restaurant La Chapelle, sur le domaine de château Guiraud (Sauternes). Le restaurant La Chapelle, sur le domaine de château Guiraud (Sauternes). – Mickaël Bosredon/20 Minutes

Et finalement, le domaine s’est aussi pris de passion pour la production de légumes, car en plus des 482 espèces de tomates, il a aussi planté plusieurs variétés de courges et de courgettes. Des produits que l’on retrouve à la carte du restaurant du château, La Chapelle, ouvert en février 2018. Et avec ce jardin, « notre chef se régale. »

Nice

Nice: Quand les vignes des vins de Bellet s’invitent en ville

Strasbourg

VIDEO. Alsace: Pourquoi les vins de la région sont-ils encore trop méconnus?

1 partage