VIDEO: «Vice»: «En politique, l’amusement vient de la sidération», estime le réalisateur Adam McKay

Christian Bale dans Vice d’Adam McKay — Mars Films

  • Adam McKay livre une biographie drôle et féroce de Dick Cheney, ancien vice président des Etats-Unis.
  • « Vice » brosse un portrait aussi drôle que glaçant de la politique américaine.
  • Le réalisateur confie à « 20 Minutes » espérer que son film ramènera les jeunes électeurs aux urnes.

Faut-il se sentir concerné par Vice, biographie de Dick Cheney, réalisée par Adam McKay et citée huit fois à l’Oscar ? Peut-être pas directement, mais cette comédie sur l’ancien vice-président des Etats-Unis livre un tableau aussi drôle que féroce du monde de la politique. Et pas seulement américaine.

« Je crois fermement que ce que je décris dans le film est universel », confie le réalisateur de The Big Short et Very Bad Cops à 20 Minutes. Le spectateur se laisse emporter avec Christian Bale (méconnaissable dans le rôle de Dick Cheney), Steve Carell (épatant en Donald Rumsfeld) et Sam Rockwell (incroyable en George W. Bush).

Drôlement inventif

Il n’est pas nécessaire de connaître l’organigramme de la Maison-Blanche ou du Pentagone pour comprendre l’ascension de Dick Cheney poussé par sa femme (brillamment incarnée par Amy Adams).

« Je me suis inspiré de Il Divo de Paolo Sorrentino, un film qui avait réussi à me passionner pour des politiciens dont je n’avais jamais entendu parler. » Comme son modèle, Adam McKay jongle avec les genres et les styles en assimilant la politique à la pêche à la mouche, en imaginant des dialogues délirants entre ses personnages ou encore en faisant intervenir un générique final bidon en plein milieu du film.

Drôlement réel

« L’univers de la politique est plus drôle que bien des comédies de fiction, avoue Adam McKay, mais le problème est que nous en sommes tous les héros malgré nous. » Vice (jeu de mots entre « vice-président » et « vice » qui fonctionne aussi bien en anglais qu’en français) glace le sang du spectateur tout en le faisant souvent éclater de rire. « En politique, comme dans le film, l’amusement vient de la sidération, précise Adam McKay. Voir comme ces gens jouent avec les vies humaines de façon totalement décomplexée fait rire, parce que cela semble impossible. » L’indifférence totale pour la population et la soif de profit des politiciens qu’il décrit laisse le spectateur pantois.

Drôlement sérieux

Le film évoque notamment les attentats du 11 septembre 2001 et la guerre en Irak qui a suivi. « Ces événements concernent le monde entier et j’aimerais que personne ne les oublie, car ce sont d’eux que découle l’élection de Donald Trump », dit-il. Les jeunes sont la cible principale du réalisateur qui aimerait les voir retourner aux urnes. « La défiance de la jeunesse pour la politique m’inquiète en tant que citoyen, avoue-t-il. Si Vice fait rire, je pense que cela peut être un pas vers une réflexion plus profonde. » On aimerait qu’un film aussi drôlement sérieux puisse être fait plus près de chez nous.