VIDEO. Révision du bac et du brevet: Les élèves peuvent-ils apprendre en chansons?

Un jeune homme en train de chanter — Pixabay

  • Une appli propose 560 titres aux collégiens et lycéens pour réviser leur brevet ou leur bac.
  • Selon le neurologue, Bernard Croisil, « la motivation étant un catalyseur de la mémoire, la chanson peut permettre aux élèves de se mettre au travail ».
  • Mais les effets de ces cours en musique sont limités, car ils comportent des inexactitudes, n’apportent pas assez de nuances. Le fait de lire reste le meilleur moyen de mémoriser car « la mémoire est avant tout sémantique », selon le neurologue.

Un rap de JoeyStarr est-il plus efficace qu’une fiche de cours ? Une application, Studytracks, propose aux collégiens et lycéens de réviser leurs cours en chansons en vue du brevet et du bac. Des fiches de révision rédigées par des professeurs ont ainsi été mises en musique. Plus de 560 titres sont ainsi proposés pour réviser les maths, la philosophie, le français, l’histoire, l’économie… Trois nouveaux titres interprétés par  JoeyStarr, le rappeur, futur ex-membre de NTM, viennent de sortir, l’un évoquant « l’Affaire Dreyfus », l’autre « la liberté » et le troisième « la Résistance ».

Selon Alexandre Houpert, le cofondateur de Studytracks, ces chansons permettent aux élèves de mémoriser les cours plus rapidement et sur le long terme : « Il faut aider les profs à enseigner avec des outils adaptés aux jeunes d’aujourd’hui afin de réduire le décrochage scolaire », explique-t-il. Et JoeyStarr est du même avis : « Je trouve l’idée juste magnifique de pouvoir étudier intelligemment, de façon synthétisée. Le biais de la musique permet d’apprendre de manière ludique et j’aurais adoré qu’à mon époque il y ait ce genre d’applications pour m’aider à réviser », a-t-il déclaré.

« La chanson peut permettre aux élèves de se mettre au travail »

Mais peut-on réellement apprendre en chantant ? Pour Nicolas Anoto, professeur d’histoire géographie à Béziers (Hérault), la méthode peut être efficace pour certains élèves : « on apprend tous différemment, certains préfèrent lire, d’autres écouter, certains apprennent par cœur, d’autres reformulent. Des fiches de révision à écouter peuvent être un moyen de réviser intéressant pour les élèves qui apprennent mieux par ce biais », estime-t-il. « Dans l’Antiquité grecque, les aèdes (poètes) s’aidaient des mélodies et de la versification pour mémoriser des poèmes. Et la motivation étant un catalyseur de la mémoire, la chanson peut permettre aux élèves de se mettre au travail », ajoute Bernard Croisil*, neurologue à Lyon.

Reste que, selon lui, les effets de ces cours en musique sont limités : « La mémoire n’est ni auditive, ni visuelle, elle est avant tout sémantique. Pour bien assimiler un cours, il faut avant tout le comprendre. Donc la meilleure façon d’apprendre passe par la lecture, qui permet en outre de s’arrêter ou de revenir sur certains mots. De plus, ces chansons ne peuvent permettre de mémoriser que des pans de cours et pas le programme entier », explique-t-il.

Quelques inexactitudes et un manque de nuances

Autre hic de ces cours en musique : à écouter le rap de JoeyStarr sur « l’affaire Dreyfus », on constate quelques inexactitudes, estime Nicolas Anoto : « La chanson dit que la IIIe République et le Parlement étaient renforcés à l’époque, c’est difficile de dire cela alors qu’en 1899, un coup d’État a failli avoir lieu du fait de la ligue patriote de Deroulède ! Autre erreur, il est indiqué que l’antisémitisme devient minoritaire. Or, l’antisémitisme est très présent en France jusqu’à la Seconde Guerre mondiale au moins, les études d’opinion n’existaient pas à l’époque, dans les années 30, on s’appuyait plutôt sur des rapports de police. Le fascisme en France existe dans les années 30, comme en Angleterre d’ailleurs, des partis d’extrême droite se développent, mais ils restent un phénomène de rue et n’arrivent pas à devenir un phénomène électoral, à part la tentative du parti social français du colonel La Rocque des Croix de feu », précise-t-il. Ces chansons ne remplacent donc pas un cours, forcément plus complet et plus nuancé.

L’enseignant ne rejette pas pour autant l’apprentissage par le chant : « L’idéal serait que les élèves produisent eux-mêmes les chansons partir du cours. Chanter serait alors comme une forme de reformulation qui aiderait les élèves à se souvenir d’un contenu », ajoute-t-il. Une idée à développer dans les établissements ?

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* Bernard Croisil est l’auteur de 100 tests pour entraîner sa mémoire, publié chez Larousse, 7,95  euros.

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