VIDEO. Qui est Gina Miller, l’élue britannique qui fait trembler les europhobes ?

Gina Miller s’exprime devant la cour suprême britannique le 24 septembre 2019 — Frank Augstein/AP/SIPA

  • La Cour suprême britannique a jugé « illégale » la suspension du Parlement décidée par le Premier ministre conservateur Boris Johnson.
  • A l’origine d’un des recours examinés par la haute juridction, Gina Miller, une militante anti-Brexit de 54 ans.
  • Elle avait déjà gagné en 2017 une importante bataille judiciaire pour forcer l’exécutif à consulter le Parlement sur le processus de retrait de l’UE.

Une nouvelle bataille remportée par Gina Miller. Mardi, la Cour suprême britannique a jugé « illégale » la suspension du Parlement décidée par le Premier ministre conservateur Boris Johnson, partisan d’un Brexit à tout prix et soupçonné d’avoir voulu museler le Parlement sur cette question. A l’origine d’un des recours examinés par la haute juridiction, cette femme d’affaires de 54 ans qui avait déjà obtenu en justice une victoire sur les pro-Brexit en 2017.

Cette gestionnaire de fonds, originaire de Guyane britannique, avait alors obtenu des tribunaux d’obliger le gouvernement conservateur précédent, celui de Theresa May, à consulter le Parlement sur le processus de sortie de l’Union européenne. Une victoire qui avait fait d’elle une héroïne nationale pour les europhiles, une paria pour les europhobes qui l’accusent de vouloir annuler le résultat du référendum de juin 2016 lors duquel le Brexit l’avait emporté avec 52 % des voix. Durant des mois, elle avait reçu des menaces de mort et des injures racistes.

Sa tête mise à prix

Ses trois enfants ont également été menacés et elle a dû embaucher des agents pour assurer sa sécurité, un aristocrate étant même allé jusqu’à mettre sa tête à prix. Cela ne l’a pas désarmée et pendant la campagne électorale des législatives anticipées de juin 2017, convoquées par Theresa May, elle a milité pour la cause européenne. Et elle a repris le collier récemment pour porter plainte contre la suspension du Parlement décidée par Boris Johnson, soutenue dans sa démarche par l’ancien Premier ministre conservateur John Major, lui aussi europhile convaincu.

Une résilience qui s’explique par la vie contrastée de celle qui a grandi dans une famille engagée politiquement. Son père, Doodnaught Singh, était procureur général de Guyane britannique. A 11 ans, comme dans toutes les bonnes familles, elle est envoyée dans un pensionnat en Angleterre. Mais deux ans plus tard, elle travaille à temps partiel comme femme de chambre, lorsque sa famille traverse des difficultés financières. Deux fois divorcée, elle a tenu des emplois très divers dans sa vie – serveuse, mannequin, et même un rôle au générique d’un des James Bond – avant de créer son propre fonds d’investissement.

« Veuve noire »

Après la crise financière de 2008, elle s’était déjà investie personnellement dans des campagnes pour réclamer plus de transparence dans le secteur financier, ce qui avait valu le surnom peu amène de « veuve noire » à cette métisse qui estime que les choses auraient été bien « plus faciles » si elle avait été un homme blanc. « Par moments, je suis très déprimée de vivre dans un pays où les gens pensent que c’est OK de dire que parce que je suis une femme de couleur, je ne suis pas assez intelligente ou je ne suis pas à ma place, ou qui me comparent à un animal », a-t-elle expliqué récemment à l’AFP. Avant de souligner : « J’ai été une militante pendant vingt ans, je suis habituée à prendre des coups ».

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