VIDEO. Procès Weinstein : La procureure décrit un « prédateur sexuel », la défense plaide des « relations consenties »

Harvey Weinstein à son arrivée au tribunal de Manhattan, le 22 janvier 2020. — Richard Drew/AP/SIPA

Les grandes lignes sont tracées. A l’ouverture du procès d’Harvey Weinstein, mercredi, la procureure a brossé le portrait d’un « prédateur sexuel » et d’un « violeur » qui a laissé ses victimes « brisées ». Les avocats du producteur déchu, eux, ont assuré qu’ils disposaient d’emails et de SMS prouvant qu’il avait eu des relations « amoureuses et consenties » avec des femmes qui espéraient faire décoller leur carrière. Accusé de viol et d’agression sexuelle par deux femmes, Harvey Weinstein risque, à 67 ans, la perpétuité.

Mercredi, l’identité de la femme qui accuse le producteur de viol a été révélée. Il s’agit de Jessica Mann, une ex-apprentie actrice, arrivée à Los Angeles en 2013 à 25 ans. Quatre autres accusatrices pourront témoigner pour des faits prescrits. La plus connue est l’actrice Annabella Sciorra (Les Soprano), qui affirme avoir été violée par Harvey Weinstein en 1993. Les autres sont Dawn Dunning, Tarale Wulff et Lauren Young, trois jeunes femmes qui tentaient de percer comme actrices ou mannequins, et qui accusent le producteur d’actes allant d’attouchements au viol. Cette approche, d’utiliser des « bad prior acts » (antécédents prescrits) avait été au cœur du procès de Bill Cosby.

« Il l’a laissée physiquement brisée, inconsciente sur le plancher »

En cravate et costume sombre, l’ex-magnat d’Hollywood, catalyseur du mouvement #MeToo, écoutait en secouant la tête ou passant des notes à ses avocats, tandis que la procureure Meghan Hast le décrivait comme une brute ayant violé, humilié et traumatisé des femmes durant des années.

« Il apparaîtra clairement pendant le procès que l’accusé savait qu’il ciblait des (femmes) naïves et sans défense », a-t-elle affirmé. « Elles ne savaient pas qu’il mentait pour les attirer. Elles croyaient que leur carrière décollait enfin. Il était comme la vieille dame de la maison en pain d’épices qui attire les petits enfants chez elle », a déclaré la procureure devant une salle d’audience pleine à craquer comptant plusieurs dizaines de journalistes.

Elle a décrit, souvent en des termes très crus, les actes qu’aurait fait subir Harvey Weinstein à ces six femmes. Selon elle, le producteur a raccompagné chez elle Annabella Sciorra, est rentré de « force » avant de la violer « brutalement », la laissant « émotionnellement et physiquement brisée, inconsciente sur le plancher ». Jessica Mann, elle, a été traitée « comme une poupée de chiffons ». Harvey Weinstein se serait notamment fait une « injection dans le pénis » pour avoir une érection. A moins de 47 kg, elle « ne faisait pas le poids » face aux 135 kg d’Harvey Weinstein, a insisté la procureure.

La défense mise tout sur des emails et des SMS

Les faits « ne vont pas montrer qu’Harvey Weinstein était un prédateur, au contraire », a assuré un de ses avocats, Damon Cheronis, dans sa plaidoirie. Selon lui, la défense détient des centaines de mails montrant que Jessica Mann et le producteur avaient « une relation d’amour », la jeune femme lui écrivant en 2017 « l’aimer toujours ». Il a aussi laissé entendre qu’Annabella Sciorra avait autorisé Harvey Weinstein à venir jusqu’à son appartement, et ne pas avoir initialement estimé avoir été violée. Il a promis de mettre en lumières les « incohérences » des autres témoignages, affirmant notamment qu’aucune salle de bains en Californie ne peut se verrouiller de l’extérieur comme l’affirme une des accusatrices.

La procureure a laissé entrevoir sa stratégie : selon elle, il s’agissait de relations « sous l’emprise de la peur », avec des jeunes femmes « terrifiées » face à la « toute-puissance » du producteur hollywoodien. Le premier témoin, Lance Maerov, ex-membre du conseil d’administration du studio The Weinstein Company, a raconté que le producteur mettant souvent en avant sa relation avec Bill Clinton, et montrait en privé une personnalité « diamétralement opposée » de l’homme charmant qu’il était en public. « Vous n’aimez pas M. Weinstein, n’est-ce pas ? » l’a relancé l’avocate en chef de la défense, Donna Rotunno. « Pas particulièrement », a répondu le témoin. L’audience devrait durer jusqu’au 6 mars.

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