VIDEO. Primaire démocrate : Comment Joe Biden a réalisé son incroyable come-back lors du « Super Tuesday »

En Caroline du Sud, Joe Biden a reçu le soutien crucial de l’élu James Clyburn. — REX/SIPA

New Hampshire, il y a trois semaines. Après une piteuse 5e place, Joe Biden zappe sa soirée électorale et laisse ses supporteurs dépités à la merci des journalistes pour filer en Caroline du Sud. Ce qui est vu, au mieux comme un coup de poker – et au pire comme une fuite pour sauver la face – sera sans doute étudié par tous les stratèges politiques au cours des prochaines années. Car c’est à ce moment que le vent a tourné, déclenchant une vague d’événements favorables qui a déferlé sur les 14 scrutins du « Super Tuesday » ce mardi.

Joe Biden en a remporté 10, réussissant un « sweep » absolu dans le Sud, en grande partie grâce au vote afro-américain. Dans cette primaire démocrate, il devrait émerger devant Bernie Sanders dans la course aux délégués (le dépouillement n’est pas fini en Californie). Retour sur la semaine la plus folle de sa vie politique.

  • Mercredi 26 février : L’influent Jim Clyburn appelle à voter Biden en Caroline du Sud

Si Joe Biden décroche la nomination, ça sera en grande partie grâce à cet homme. Jim Clyburn, considéré comme le « faiseur de rois » en Caroline du Sud, où il est élu depuis 2007 à la Chambre des représentants, l’annonce de sa voix rocailleuse devant les caméras : « Je veux que le public le sache, je vais voter pour Joe Biden, et la Caroline du Sud devrait voter pour Joe Biden. »

Son annonce, à trois jours du scrutin, intervient alors que l’avance de Joe Biden avait fondu dans les sondages, notamment auprès de l’électorat afro-américain, avec une poussée de Bernie Sanders.

  • Samedi 29 février : Joe Biden remporte une victoire massive en Caroline du Sud

C’était son « firewall ». Joe Biden l’avait martelé, les deux premiers Etats, l’Iowa et le New Hampshire, où les minorités représentent moins de 10 % de l’électorat, n’étaient « pas représentatifs » de la diversité américaine. En Caroline du Sud, 55 % des électeurs sont afro-américains. Plus de 60 % soutiennent Biden, et la moitié indiquent que l’endorsement de Jim Clyburn a pesé dans leur décision.

Au final, Joe Biden s’impose avec près de 50 % des voix, 30 points devant Bernie Sanders. Pete Buttigieg et Amy Klobuchar sont dans les choux. Le discours victorieux de Biden est sans doute le meilleur de sa campagne, énergique, affûté et émotionnel. Avec moins d’improvisation (et sans doute l’aide d’un téléprompteur), il évite les gaffes et ressemble plus au Joe Biden de 2012 qu’à celui de 2019. Il remercie Jim Clyburn pour l’avoir « porté sur ses épaules ».

  • Dimanche 1er mars : Pete Buttigieg jette l’éponge

« Mayor Pete » ne peut que constater les dégâts. Après avoir remporté l’Iowa et fini second dans le New Hampshire, il s’effondre face à un électorat plus varié. En Caroline du Sud, il plafonne à 3 % chez les Afro-Américains. Alors qu’il doit participer à un grand meeting politique au Texas, son avion change de cap et revient chez lui à South Bend, dans l’Indiana. Buttigieg jette l’éponge et tire sans le nommer, sur Bernie Sanders : « Face à Donald Trump, nous devons rassembler les Américains, pas les diviser avec notre idéologie. » Selon le New York Times, le jeune candidat passe ensuite deux coups de fil à Joe Biden et… à Barack Obama.

  • Lundi 2 mars : Amy Klobuchar abandonne et rejoint Biden sur scène avec Buttigieg et Beto

L’effet domino continue et les modérés se consolident derrière Joe Biden. La sénatrice du Minnesota quitte à son tour la course et appelle à voter pour l’ancien vice-président. Elle le rejoint sur scène lors d’un meeting à Dallas, au Texas. Pete Buttigieg est là. L’ex-candidat et enfant du pays Beto O’Rourke, aussi.

Bernie Sanders ironise à distance : « Ce n’est pas un secret. Il y a un gros effort pour tenter d’arrêter Bernie Sanders. Les élites corporate et politiques sont en train de s’unir. » Donald Trump attise les flammes de la division et dénonce « un coup d’Etat contre Bernie ».

  • Mardi 3 mars : Joe Biden passe un super mardi

Le firewall de la Caroline du Sud s’étend à tout le sud américain. Virginie, Caroline du Nord, Tennessee, Alabama, Arkansas, Oklahoma… Joe Biden met K.O. Bernie Sanders et Michael Bloomberg. Alors que les sondages lui donnaient encore 10 ou 15 points de retard, il y a deux semaines, il remporte même le Texas (merci Beto). Dans le nord, il s’impose sans avoir dépensé un centime dans le Minnesota (merci Amy) et dans le Massachusetts (merci Warren, qui, à domicile, siphonne des voix à Sanders avec ses 22 %).

Biden réalise des gros scores non seulement dans l’électorat afro-américain, mais aussi dans les suburbs (merci Pete) et chez les boomers (sa base). Entre 30 et 50 % des électeurs indiquent s’être décidés lors des derniers jours. Bernie Sanders s’impose chez lui, dans le Vermont, et dans le Grand Ouest : Colorado, Utah, et selon toute vraisemblance Californie – trois Etats où le vote anticipé par correspondance est prépondérant et a sans doute contrebalancé le come-back tardif de Biden.

  • Mercredi 4 mars : Michael Bloomberg abandonne et se range derrière Biden

Il a donc dépensé 500 millions de dollars de sa fortune personnelle pour une seule victoire dans… les Samoa américaines. Michael Bloomberg vient de suspendre sa campagne et se ranger derrière Joe Biden, « le mieux placé pour battre Donald Trump ». Elizabeth Warren, elle, fait le point avec ses équipes.

  • Et la suite ?

Alors qu’ils étaient plus de 20 candidats sur la ligne de départ, on va désormais assister à un duel Biden-Sanders. Qui est loin d’être joué. Dans la course aux délégués, Joe Biden devrait se situer autour de 650-670 une fois tous les votes comptés en Californie, et Sanders à 580-600. Il leur reste du chemin pour atteindre la majorité absolue (1.991 délégués) avant la convention de Milwaukee, mi-juillet.

Pour Bernie Sanders, l’affaire risque malgré tout de ressembler à sa bataille face à Hillary Clinton : seul contre tous. Par rapport à 2016, le « démocrate socialiste » a fait des progrès chez les latinos, qui ont joué un rôle majeur dans le Nevada, le Colorado et la Californie, mais il plafonne toujours à 20-25 % dans le sud. Et alors qu’il assure pouvoir battre Trump grâce à une mobilisation « sans précédent » de la jeunesse, elle se fait pour l’instant attendre. Avec une participation en forte hausse, mardi, la part des 17-29 ans dans l’électorat de la primaire a baissé de 3 % par rapport à 2016. Joe Biden fait désormais figure de favori et peut reprendre à Bill Clinton son surnom de « come-back kid ». Pas mal, à 77 ans.

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