VIDEO. Municipales 2020 à Nantes : « S’il n’y a qu’un message à faire passer c’est allez voter », insiste Johanna Rolland

Johanna Rolland, maire PS de Nantes depuis 2014. — F.Brenon/20Minutes

  • Après le premier tour des élections municipales le 15 mars, il reste trois candidates à la mairie de Nantes : Johanna Rolland (PS), Laurence Garnier (LR) et Valérie Oppelt (LREM).
  • Arrivée en tête du premier tour avec 31 % des suffrages exprimés, la maire de Nantes fait figure de favorite. D’autant plus qu’elle a fait alliance avec Julie Laernoes (EELV) qui avait obtenu 19 % des voix au premier tour.
  • La maire sortante assume cette union et les compromis qui vont avec.

Elle brigue sa propre succession. Et semble bien partie pour l’emporter le 28 juin, surtout après avoir obtenu le ralliement de l’écologiste Julie Laernoes. Pour autant, Johanna Rolland, maire PS de Nantes depuis 2014, reste concentrée sur son projet et sa campagne, forcément bouleversée par la crise. Entretien.

Comment abordez-vous ce second tour décalé ?

Avec un mélange de responsabilité et de gravité. La période qu’on a traversée a été difficile, le pays va être dans une récession comme on ne l’avait sans doute pas connue depuis la Seconde Guerre mondiale. Donc il faut prendre la mesure du moment particulier dans lequel on est. Pour autant, j’ai confiance. Parce que depuis trois mois j’ai vu les forces de Nantes : un service public qui a tenu, des initiatives citoyennes très fortes, beaucoup d’humanisme et de solidarité.

La crise a-t-elle modifié votre programme ?

Il y a des choses qu’on a enclenchées pendant la crise et qu’on va accélérer. D’abord sur la question sociale. Je vois des gens qui étaient dans une situation de très grande précarité et qui le sont davantage, et puis des gens qui ne s’en sortent plus pour la première fois. C’est un sujet qui me mobilise beaucoup et qu’on va renforcer. Il y a aussi la question de l’emploi. Elle été quasiment absente de la campagne du premier tour. Je pense que ça va radicalement changer.

Et la santé, l’hôpital?

Déjà au premier tour, j’avais mis la santé au cœur de mon projet. Ce qui vient de se passer ne fait évidemment que renforcer cette conviction. Il y a un vrai sujet autour du nouveau CHU. Je crois que ce serait invraisemblable et même irresponsable que Nantes refuse un investissement majeur en termes de santé publique. Toutes les villes attendent des investissements de l’Etat et nous on serait les seuls à dire non ? Je considère que ce que fait Laurence Garnier est une double faute : une faute en matière de santé et une faute envers les plus fragiles, car c’est à l’hôpital public qu’ils vont se faire soigner. En revanche, le nombre de lits est à revoir. Je l’ai dit au ministre de la Santé.

« Les impôts? Je ne peux pas faire de promesses. Et je préfère le dire franchement »

La ville de Nantes va-t-elle devoir se serrer la ceinture compte tenu de la crise ?

On part d’une situation financière saine et très stable, ce n’est pas le cas de toutes les collectivités. Néanmoins, bien sûr qu’il va y avoir des impacts. De quel ordre ? Il faut encore un peu de temps pour évaluer la situation. On a, par exemple, des recettes qui ont diminué mais on a aussi des postes où on a moins dépensé. Je crois que la reprise devra se faire en intégrant totalement les enjeux de transition écologique. Notre territoire a une carte à jouer.

Les impôts vont-ils augmenter si vous êtes réélue ?

C’est évidemment mon souhait de maintenir la situation fiscale. Mais moi je ne sais pas quelles vont être les décisions prises par l’Etat. Et l’expérience nous a montré que l’Etat demande parfois beaucoup aux collectivités locales. Donc je ne peux pas faire de promesses. Et je préfère le dire franchement.

Votre alliance avec Julie Laernoes (EELV), qui n’était pas tendre à votre égard, est très critiquée par vos adversaires. Est-ce difficile à assumer ?

Non, au contraire, je partage cette union avec beaucoup d’enthousiasme. On dirait que Mme Garnier et Mme Oppelt oublient qu’on a dirigé la ville pendant six ans ensemble, qu’on a voté 99 % des délibérations ensemble. Donc il faut se détendre. Moi, dès le premier tour, j’ai dit que je souhaitais une liste commune parce que je considère qu’il y a plus de choses qui nous rassemblent que de choses qui nous séparent. Je comprends que Mme Garnier et Mme Oppelt, qui voulaient elles aussi un rassemblement et ont échoué, soient déçues. Mais c’est une chance que nous ayons réussi cette étape.

Des grands projets ont tout de même été suspendus comme l’extension de la Cité des congrès ou le déploiement de la 5G. Vos adversaires affirment que la ville va régresser…

C’est ridicule de dire les choses comme ça. Sur la 5G on propose un moratoire le temps d’un débat. Car c’est un sujet qui pose des questions de développement économique, de santé, et même de sens. On veut la 5G pour quoi faire : pour permettre à nos ados de télécharger encore plus vite leurs séries sur leur téléphone ? Pour aider au développement de la télémédecine ? Je suis sûr que beaucoup de Nantais seront intéressés pour participer à un débat mature et apaisé. A l’issue de ça on prendra une décision. Et je suis convaincue que Nantes aura été précurseur avec sa démarche.

Et concernant la Cité des congrès ?

Le premier volet du projet, celui de la modernisation, est maintenu. Sur le deuxième volet, celui de l’extension, les professionnels du secteur disent qu’ils ne savent pas quand les échanges internationaux vont reprendre avec la même acuité, ils ne savent pas si la part de visiocongrès et de congrès physiques sera la même qu’aujourd’hui, ils ne savent pas combien d’années il faudra pour retrouver le niveau de marché initial. Donc ça me semble assez sage, avant d’engager des dizaines de millions d’euros, de prendre le temps de se poser. Et puis on a aussi sur notre territoire un Parc des expositions à prendre en compte. Des mutualisations sont possibles.

« C’est un erreur de dire que le match est joué. Dans une grande ville il peut toujours se passer quelque chose »

Avec trois mois de recul, comment analysez-vous les résultats du premier tour ?

Je pense que les électeurs ont fait un choix clair en plaçant la liste que je conduis largement en tête. On ne peut pas non plus occulter l’abstention, en réalité une double abstention : celle liée à la période qu’on traverse, mais aussi une abstention plus profonde qui exprime un doute, un désintérêt, une colère qu’on entend parfois. Ça me préoccupe particulièrement.

Vous avez perdu un tiers de voix par rapport à 2014 (environ 22.000 contre 33.000). Est-ce seulement la faute à l’abstention ?

Il faut attendre le résultat du deuxième tour pour avoir une vision claire. Ce qui est sûr c’est qu’on est sans doute la seule liste qui a été choisie dans tous les quartiers et dans une diversité de milieux sociaux. C’est extrêmement important pour moi car la maire de Nantes doit parler à tous les Nantais.

Serez-vous à nouveau maire de Nantes le 28 juin ?

Je fais mon maximum pour. J’y mets beaucoup d’énergie, de passion, toute mon expérience nourrie par six ans de mandat. On sort renforcé des épreuves. C’est une erreur de dire que le match est déjà joué. L’expérience a montré que, dans une grande ville, il pouvait toujours se passer quelque chose. Le vote, il appartient aux Nantais.

Justement, comment les convaincre de se déplacer aux urnes ?

Je sais bien que les gens ont assez peu la tête aux élections. Ils me parlent plutôt de la peur de perdre leur emploi, de leurs inquiétudes financières, du retour à l’école, éventuellement des vacances d’été. Pourtant, sur toutes ces questions il y a une partie de la réponse qui se joue aux élections municipales. Une élection municipale c’est d’abord un projet, un choix de société, une vision pour la ville. Donc s’il n’y a qu’un message à faire passer c’est : allez voter, allez voter, allez voter.

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