VIDEO. Mort du maire de Signes: Après le drame, des élus se confient sur les difficultés liées à leur fonction et le manque de «respect»

Un élu avec son écharpe tricolore. Illustration. — De Nul / Sipa

  • Les habitants de Signes ont rendu ce jeudi un dernier hommage à leur maire renversé mortellement par un véhicule lundi.
  • Des maires girondins racontent l’évolution de leur métier et les risques pour leur sécurité.
  • Selon eux, ce ne serait pas forcément un problème de moyens mais surtout une multiplication des responsabilités.

Ce jeudi à 16 heures, le petit village de Signes dans le Var s’est arrêté de vivre quelques instants. Le temps pour les 2.800 habitants de rendre un dernier hommage à leur maire, Jean-Mathieu Michel. A 76 ans, il est mort lundi soir renversé par une camionnette alors qu’il tentait de s’opposer à des dépôts de gravats dans un bois de sa commune. Alors que le conducteur du véhicule vient d’être mis en examen pour « homicide involontaire », l’émotion reste vive et les réactions notamment politiques se multiplient pour saluer l’élu, maire depuis 1983.

Certains font aussi part de leur indignation et de leur colère après ce drame : « Je suis extrêmement choquée », confie à 20 Minutes, Christine Bost, maire d’Eysines dans la banlieue bordelaise. De nombreuses questions se (re) posent autour de la fonction et ses problématiques quotidiennes particulièrement dans le milieu rural. La commission des lois du Sénat a d’ailleurs annoncé le lancement d’une consultation sur les violences auxquelles sont confrontés les maires. De plus en plus fréquentes.

« On est nous-même notre propre police municipale »

« Aujourd’hui, c’est simple, on doit s’occuper de tout dans nos campagnes. On est en première ligne. On est nous-même notre propre police municipale ! », explique Daniel Barbe le maire de Blasimon, petite commune à l’est de Bordeaux et président de l’association des maires ruraux de Gironde. Avant d’illustrer son propos :

« Il y a 30 ans, il y avait beaucoup de vieilles familles présentes depuis des années dans le même village, maintenant avec l’évolution de la société et la forte mobilité, il y a très souvent de nouveaux habitants. C’est une grande richesse mais les gens ne se connaissent plus entre eux… Pour le moindre truc, ils appellent le maire ! Une tondeuse, un chat, un oiseau et les incivilités se multiplient comme avec les déchets car personne ne veut payer ! »

Et qui dit s’occuper de tout, dit être au contact très régulièrement de la population, « comme les médecins ou les pompiers, rappelle Brigitte Bost, maire depuis 2008. La tension est souvent là car il y a un de moins en moins de respect et de reconnaissance pour notre fonction. Les gens ont de plus en plus de mal avec le cadre, la loi, les contraintes… »

Un avis que partage en grande partie Daniel Barbe : « Notre image est écornée comme l’ensemble des politiques et je me suis récemment rendu compte qu’aujourd’hui les gens n’acceptent plus qu’on leur dise… non ! » Et forcément, le dérapage peut vite arriver.

« Mais tu es folle… »

Alors les élus se sentent-ils parfois en danger ? « Je n’ai pas forcément l’impression que ce soit plus le cas que par le passé. Après quand vous avez une fête qui commence à partir en vrille, il y a plein de villages où les gendarmes vont mettre 45 minutes pour venir. Alors vous faites quoi ? Bah, vous y allez car vous avez des responsabilités ! Et là, vous prenez des risques », affirme l’élu girondin.

Brigitte Bost, elle, avoue « ne pas forcément se rendre compte du danger dans l’action. Mais parfois avec le recul, je me dis – mais tu es folle – ça aurait pu mal tourner. » Elle parle notamment des problématiques liées à la propreté, « un vrai enjeu » selon la maire d’Eysines.

Pas forcément un problème de moyens

En revanche, les élus sont assez unanimes sur le fait qu’ils n’ont pas forcément moins de moyens que par le passé. Pour l’élue de la banlieue bordelaise, elle a en effet tout à proximité, mais c’est peut-être un peu plus surprenant pour Daniel Barbe : « On nous demande surtout d’être plus pointu, plus précis. Après il faut clairement avoir ses réseaux. Comme j’aime dire – la caisse à outils elle est là, encore faut-il la connaître et la maîtriser. Pour les nouveaux maires, ce n’est pas forcément facile mais on est plutôt bien entouré. »

Au niveau des services de l’Etat mais aussi en interne comme le rappeler Marcel Berthomé, le doyen des maires de France à 20 Minutes il y a quelques semaines. A 97 ans et après 49 ans de mandat (!), il « peut s’appuyer sur tout un staff autour de lui. Il peut déléguer s’il s’entoure bien avec des agents de service ou des cadres. » Un entourage pas négligeable même si comme le soulignait l’édile de Saint-Seurin-sur-l’Isle, « c’est toujours lui qui prend la décision finale et tranche. » Et parfois, cela peut conduire à des drames humains…

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