VIDEO. Marseille : Le site historique de la prison des Baumettes ouvre ses grilles avant sa destruction

La prison historique des Baumettes, amenée à être détruire — Mathilde Ceilles / 20 Minutes

  • Le site historique des Baumettes, en service pendant 70 ans, va être détruit en 2020.
  • Avant sa destruction, les Marseillais peuvent le visiter. Une initiative qui rencontre un franc succès : les visites sont d’ores et déjà complètes.

Si les murs pouvaient parler, que diraient ceux du site historique des Baumettes à Marseille ? Ils décriraient d’abord l’évidence. Partout, une enfilade de grilles, d’écrous d’un autre âge, de serrures et d’œillères sur une vie extérieure imperceptible. Chaque millimètre des quatre étages de la prison marseillaise semble crier l’identité de ces murs : un lieu de détention dont on ne peut sortir, sauf dans la cour de promenade surplombée de barbelés dont on fait très vite le tour.

Ils décriraient aussi la vie quotidienne de centaines de détenus dans cette prison séculaire. Les discussions dans la petite pièce floquée de l’écriteau « avocat ». L’exécution d’Hamida Djandoubi, le 10 septembre 1977, dans les sous-sols, dernière exécution en France sur la glaçante guillotine. Les émissions de Radio Baumettes, les consultations auprès des psychologues. Les cabines téléphoniques, le concert exceptionnel de Yannick Noah dont on expose fièrement les photos.

Un site vétuste

Ils décriraient la promiscuité dans les cellules. Les WC exigus à partager avec son codétenu, sans cabine de douche. Les lits superposés aux matelas durs et fins. Les murs gravés de textes de rap, de cœurs, d’initiales et de logos de l’OM. La télévision, les boîtes de Kellog’s et les boîtes de conserve cantinées au fil des jours.

Ils décriraient aussi la vétusté des lieux, qui a poussé l’administration pénitentiaire à définitivement fermer le site en juillet dernier, après un siècle d’existence. La peinture qui se décolle des murs. Le bruit vite assourdissant dans une enceinte construite dans les années 1930, où la moindre parole résonne en écho à l’autre bout du bâtiment.

Des visites complètes

Ils décriraient surtout la fascination teintée de stupeur des centaines de visiteurs qui se pressent dans cette prison qui n’est plus. Depuis le 18 septembre, et jusqu’au 30 novembre, le site historique des Baumettes ouvre ses portes aux Marseillais, avant d’être définitivement rayé de la carte en 2020. Une initiative qui rencontre un véritable succès : à peine ouverte, l’ensemble des visites, gratuites, est d’ores et déjà complet, avec plus de 2.600 inscrits.

« Le monde de la prison est par définition fermée, explique Christine Charbonnier, secrétaire générale à la direction interrégionale des services pénitentiaire. C’est un monde clos, et les citoyens s’en désintéressent. Tout le monde veut qu’on mette des gens en détention, mais peu de gens se préoccupent de ce qu’il s’y passe. Certains pensent que c’est le grand luxe, d’autres que c’est un taudis innommable. Nous, nous voulions simplement être transparents, et montrer ce lieu emblématique de Marseille qui a quand même fonctionné pendant 70 ans. »

« Maintenant, je comprends »

Une réalité que même les proches des surveillants pénitentiaires avaient du mal à réaliser, jusqu’à ce qu’ils puissent, grâce à ces visites, fouler le sol des Baumettes. « C’est impressionnant, confie Christine, dont le compagnon Stéphane a travaillé huit ans ici. Je savais qu’il travaillait dans le bruit, mais je ne m’imaginais pas cela comme ça… Maintenant, je comprends. J’en ai des frissons. » « Moi-même, je me demande comment on a pu travailler ici », souffle Stéphane.

« C’est quand même très délabré, s’étonne Danielle, qui habite la région depuis des années. C’est bizarre, on se croirait dans un autre temps. Ça n’a pas dû être facile pour les détenus. Ceux qui ont été là pour un an, ça n’a pas dû les aider, au contraire, ça doit les faire chuter… »

« On rase une partie de notre mémoire »

« Je trouve que c’est dommage de détruire ce patrimoine pour Marseille, déplore Chantal. En rasant les Baumettes, on rase une partie de notre mémoire. C’est toute une vie qui s’est passée ici. Il faut le garder pour faire visiter ! »

« Je n’ai que des bons souvenirs ici, c’était très convivial, assure Bernard, un enseignant aux Baumettes venu faire découvrir à sa famille son lieu de travail. Il y avait beaucoup de rapports humains. Dans le nouveau bâtiment des Baumettes, on ne croise plus personne. L’hygiène est peut-être meilleure, mais les rapports humains sont appauvris… » Depuis 2017, un nouveau bâtiment, plus moderne et insonorisé, accueille les détenus, avec toilettes et sanitaires dans chaque cellule.

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