VIDEO. La danseuse Viktoria Modesta au Crazy Horse: «La technologie mêlée à la nudité, c’est très puissant!»

Viktoria Modesta dans le nouveau spectacle du Crazy Horse. — Jora Frantzis/Crazy Horse

  • Accompagnée des Crazy girls, les danseuses du cabaret, la danseuse unijambiste Viktoria Modesta s’apprête à monter sur la scène du Crazy Horse le temps d’une vingtaine de représentations.
  • Installée à Londres depuis l’âge de ses 12 ans, elle a dû être amputée d’une partie de sa jambe gauche à 20 ans pour des raisons de santé.
  • Elle a collaboré avec de nombreuses personnalités, comme le créateur Alexander McQueen, mettant en avant son esthétique futuriste et ses prothèses très design.

Danseuse, Viktoria Modesta n’est pas une femme comme les autres. Car, si pour le Crazy Horse, elle se dénude (classique !) dans son spectacle Showgirl bionique, on est bien loin, ici, des Dita Von Teese, Arielle Dombasle et autres guests passées sur les planches du cabaret parisien.

Amputée du tibia de sa jambe gauche, Viktoria Modesta a dû longtemps « faire avec ». Faire avec la douleur. Faire avec les allers-retours incessants à l’hôpital. Tout en essayant de vivre sa vie. « J’ai emménagé à Londres quand j’avais 12 ans, se souvient-elle. J‘étais heureuse de partir de l’ ex-URSS, où je suis née. Mais à cette époque-là, je devais me rendre à l’hôpital régulièrement, principalement pour de la chirurgie corrective à cause d’un problème de naissance à la jambe. Donc, même si j’essayais de vivre normalement, comme n’importe quelle adolescente, c’était compliqué d’échapper à la douleur… ».

Heureusement, Londres bouillonne. Créateurs avant-gardistes, personnalités excentriques, artistes à contre-courant : la capitale britannique aime l’absurde, et abrite avec chaleur les marginaux. Une effervescence à laquelle se raccroche la jeune lettonne : « c’est l’art, la création artistique et le milieu de la contre-culture londonienne qui m’ont sauvée. Je me suis entourée de personnes extraverties, originales, d’artistes avant-gardistes, de personnalités du monde de la mode qui créaient leur propre monde, à leur image. A ce moment-là, c’est un peu comme si je vivais une double vie. »

L’amputation, « une libération »

Car, si elle commence à percer dans le monde de la mode, personne ne connaît l’autre Viktoria. Celle qui souffre. Qui doit, chaque jour, se faire violence pour devenir celle à laquelle elle aspire. Alors, à l’âge de 20 ans, après cinq ans d’intenses échanges avec son chirurgien, elle décide de combattre son mal. Radicalement. Pour pouvoir « enfin vivre », elle se fait amputer d’une partie de sa jambe gauche. Une révélation.

« Je crois que, malgré mon jeune âge, j’avais déjà compris comment l’art pouvait avoir un impact sur la manière dont les gens peuvent vous percevoir, raconte-t-elle. Alors, après avoir passé une partie de ma vie avec quelque chose que je n’aimais pas du tout chez moi et qui me rappelait plein de mauvais souvenirs, je l’ai remplacé par quelque chose que j’avais créé. C’était presque une évidence et une libération. »

Viktoria Modesta a fait de ses prothèses une véritable oeuvre d'art. Viktoria Modesta a fait de ses prothèses une véritable oeuvre d’art. – Viktoria Modesta/Social Media

Pointues, lumineuses, en acier et même en cristal Swarovski, ses prothèses deviennent très vite un véritable accessoire. L’essence même de son art, fashion et futuriste. Viktoria s’amuse enfin. Et peut développer son propre univers. « La manière dont la technologie peut se mettre au service de l’art, ça me fascine ! Je pense, d’ailleurs, que l’on vit tous avec une partie de nous qui est bionique », avoue-t-elle.

Sexualité et technologie au Crazy

Mise en scène par Saam Farahmand dans un clip clinquant pour Channel 4, très dark avec sa prothèse en acier pointue, Viktoria Modesta se transforme. Elle s’affirme et s’impose. Pourtant, quand la directrice du Crazy Horse, Andrée Deissenberg, frappe à sa porte, elle n’y croit pas vraiment : « J’étais fan du Crazy Horse, mais je ne pensais pas qu’un jour je pourrais faire ça ! ». Ce que la patronne du cabaret lui propose l’emballe. Elle finit par signer. « La technologie mêlée à la nudité, avec, au centre la femme, je trouve ça très puissant, car la sexualité ne devrait jamais être séparée de la réflexion », estime-t-elle.

Viktoria Modesta dans le nouveau spectacle du Crazy Horse. Viktoria Modesta dans le nouveau spectacle du Crazy Horse. – Jora Frantzis/Crazy Horse

Accompagnée des Crazy girls, les danseuses du cabaret, Viktoria Modesta s’apprête donc à « performer » le temps d’une vingtaine de représentations parisiennes. Fascinée par les nouvelles technologies, la Londonienne n’a sans doute pas fini d’explorer sa féminité, désormais indissociable d’un univers à la Mad Max, bien ancré dans la réalité : « Voir comment la technologie peut se mettre au service de l’art, je trouve ça fascinant. Et ça ne me fait pas du tout peur ! ».

Les conseils maquillage d’une danseuse du Crazy HorseLes danseuses du Crazy Horse troquent les paillettes pour le piquet de grève

5 partages