VIDEO. Journée des parents: La parentalité a-t-elle tant évolué que ça? Les grands-parents confirment

Illustration de grands-parents faisant du vélo avec leurs petits-enfants. — P.P.L. IMAGE/SIPA

  • Sécurité, santé, contraintes pour être un bon parent… Eduquer des enfants est devenu bien compliqué.
  • Dans le même temps, les parents, surtout les femmes, ont souvent moins de temps à consacrer à leur progéniture.
  • Une évolution de la société qui étonne et parfois agace les grands-parents, qui n’étaient pas soumis, à leur époque, à une telle pression.

Pas facile de se mettre au diapason avec ses enfants (sans parler des gendres et belles-filles) sur l’éducation des petits-enfants sans déclarer la guerre familiale. Les parents jonglent aujourd’hui entre les inquiétudes pour la santé, la sécurité et l’avenir professionnel de leurs enfants. Auxquelles s’ajoutent, pour certains, les contraintes liées à l’alimentation bio, la chasse aux écrans, la défense de la planète, ou encore la lutte pour l’égalité des genres… Alors que samedi, c’est la Journée mondiale des parents, 20 Minutes se penche sur les changements opérés dans l’éducation depuis une génération… et interroge les parents d’hier sur les parents d’aujourd’hui.

Un manque de temps

« Je trouve qu’il était plus facile d’élever des enfants « avant » », résume Sylvie, 65 ans. Une opinion qui semble partagée par nombre de grands-parents, impressionnés par les contraintes et le stress que s’imposent leurs enfants devenus parents. Le tout dans une société française qui a assisté à deux grandes transformations au cours des dernières décennies. D’une part, les enfants ont la chance de connaître plus, mieux et plus longtemps leurs grands-parents. La « faute » à l’espérance de vie, qui a augmenté de 14 ans au cours des soixante dernières années. Mieux, les enfants profitent de papis et de mamies en bonne santé, pour les plus chanceux. Deuxième bouleversement : le travail des femmes. « Nous ne sommes plus dans une société où le modèle dominant, c’était la mère au foyer, synthétise Gérard Neyrand, sociologue et auteur de L’amour individualiste, comment le couple peut-il survivre ?. En 1960, 86 % des hommes (entre 25 et 50 ans) travaillaient, mais seulement 40 % des femmes.  Aujourd’hui, c’est 93% des hommes et 82 % des femmes… Un rééquilibrage qui n’est pas total, car le temps partiel, subi ou choisi, est davantage le lot des femmes. Mais globalement, le couple à double carrière entraîne une baisse du temps consacré aux enfants. D’où l’importance des modes d’accueil de la petite enfance et le rôle des grands-parents, souvent amenés à aider et à garder leurs petits-enfants. »

Surtout quand le travail impose horaires décalés, journées à rallonge et déplacements lointains. « Je constate que (les enfants) sont obligés de s’adapter à une mobilité professionnelle à plus de 300 km, voire à l’étranger », explique ainsi Françoise, 63 ans. L’appui n’est donc pas simple, car « le cercle familial s’est rétréci vers la famille nucléaire, parents et enfants, quand hier, la famille plus éloignée et le voisinage intervenaient beaucoup plus dans l’éducation, reprend le sociologue. D’autant qu’avec l’explosion des divorces, l’augmentation des familles monoparentales, les déménagements pour le travail, la charge pèse davantage sur les parents. Ce qui crée une contradiction : les parents doivent passer plus de temps au travail… et s’occuper de leurs enfants. »

Illustration de la charge mentale. Illustration de la charge mentale. – Pixabay

Pas de violence

Les principes d’éducation ont également connu une révolution : la violence est désormais découragée, la bienveillance prônée. On l’a vu avec  les débats de société sur l’interdiction de la fessée. Pour le meilleur, selon Patricia, 60 ans : « Je suis heureuse de m’apercevoir que mes enfants ont banni la fessée ou le moindre geste de réprimande auprès de mes petites filles, confie cette grand-mère. J’ai la sensation qu’ils sont les parents que j’aurais voulu être ou qu’ils auraient aimé que l’on soit. Pas parfaits, mais presque. L’écoute de leurs enfants est très importante, ils passent du temps avec eux pour jouer, visiter des lieux, inviter leurs copains. Chez ma fille comme chez mon fils, pas de tablette ni d’écrans pour leurs enfants, une nourriture équilibrée, une histoire du soir incontournable. »

Pour Gérard Neyrand, « les travaux psychologiques ont montré l’importance de l’enfance et la petite enfance dans la construction de l’individu. Ce qui crée aujourd’hui une valorisation extrême des enfants. Les relations affectives dans la famille en général, et les enfants en particulier, sont des supports de la réalisation personnelle. » Analyse partagée par Françoise, 63 ans, qui estime que les parents s’investissent beaucoup dans l’éducation. « Ils ont tendance à rejeter le téléphone, la télévision… et seraient centrés sur l’avenir de leurs enfants, leurs activités et les loisirs », assure cette internaute.

Davantage de contraintes

Beaucoup de ces grands-parents reconnaissent en tout cas que les contraintes se sont accumulées au fil des années. Il fut une époque où les enfants roulaient sans ceinture et sans casque, bronzaient sans crème solaire et sans chapeau… « Tout ce qui relève du domaine de la sécurité a beaucoup évolué, mais les dangers environnants sont aussi plus nombreux », nuance Sylvie, 65 ans.

L’écologie, qui encourage à acheter local, cuisiner maison et faire ses produits d’entretien et de beauté chez soi pour éviter perturbateurs endocriniens, mauvais sucres et pesticides, rallonge la to-do list du foyer. « L’urgence écologique se pose aujourd’hui aux parents alors qu’elle ne s’imposait pas hier », assure Gérard Neyrand. « Mes enfants sont très conscients de la nécessité de protéger la planète, très attentifs à ne pas surconsommer des produits et accumuler des objets inutiles », renchérit Françoise, 63 ans. « Mon petit-fils de 3 ans me reprend en me disant « non mamie, ça, c’est pour le recyclage », s’émerveille Carole, 47 ans.

Trop de questions

Au vu des étals des librairies où fleurissent les guides sur le parenting , aucun doute, les parents ont envie de bien faire… « Pour ma part, je trouve qu’ils se posent trop de questions sur la façon d’éduquer les enfants, tacle Marie-Line, 60 ans. Nous avions plus de spontanéité pour les gronder ou pour expliquer les choses. Les parents d’aujourd’hui pensent trop au traumatisme éventuel de leur façon d’agir ». Pour Philippe, 62 ans, le problème, c’est aussi que ces questions trouvent leur origine et rarement leurs réponses sur la Toile. « Les nouveaux parents ne font rien sans l’aval d’Internet : plus d’instinct, plus d’écoute. »

Pour ce grand-père, les enfants d’aujourd’hui sont également les rois de la consommation : « Les enfants sont ensevelis de cadeaux à toute occasion (et même sans occasion) ! ». Mais il arrive aussi que les enfants soient pourris gâtés par leurs grands-parents… Selon une étude de l’Observatoire Leclerc des Nouvelles Consommations, dévoilée en avril par RTL, ces derniers dépensent en moyenne 1.650 euros par an pour leurs petits-enfants. « Cette génération, censée avoir un certain pouvoir d’achat, pour une partie, est devenue une cible manifeste pour le secteur de la consommation, analyse Gérard Neyrand. La pression augmente notamment du fait de cette surconsommation, mais aussi de la valorisation des relations affectives dans la famille. »

Les grands-parents sont parfois impressionnés par les contraintes que s'imposent leurs enfants devenus parents. Les grands-parents sont parfois impressionnés par les contraintes que s’imposent leurs enfants devenus parents. – Pixabay

Dirigisme et perfectionnisme

Mais il n’y a pas que les publicités qui mettent la pression aux grands-parents. « Je trouve nos enfants dirigistes, critique Catherine, 55 ans. Ils nous demandent de garder leurs enfants tout en nous donnant le mode d’emploi précis. » Autre grief, que l’on entend souvent : le stress surdimensionné. « Ils sont à cheval sur tout et s’inquiètent de tout, poursuit cette grand-mère. Leurs enfants doivent être parfaits et eux aussi. Ils ne savent pas encore que le parent parfait n’existe pas… Ils sont aussi angoissés par les aliments bios, les produits de toilette, la peur de l’accident. Bref, ils ne vivent pas sereinement par rapport à nous. »

Une angoisse permanente qui surprend, et même parfois interroge Papi et Mamie. Et Sylvie de conclure : « Mes enfants sont sans doute plus à l’écoute de leurs enfants que nous ne l’étions. Par contre, ils sont beaucoup plus stressés que nous. Mais est-ce que ce stress ne rejaillit pas un peu sur nos petits-enfants ? »

«Un des charmes de la relation grands-parents/petits-enfants, c’est qu’elle maintient dans le monde des jeunes»

Société

Pourquoi la France a-t-elle autant de mal à voter une loi «anti-fessée»?

* L’amour individualiste, comment le couple peut-il survivre, Erès, 2018, 18 €.

20 secondes de contexte

Nous avons lancé un appel à témoignages sur notre site pour donner la parole aux grands-parents connectés et nourrir cet article. Vous avez été nombreux à nous envoyer vos avis sur cette question intime, nous vous en remercions (et espérons ne pas avoir déclenché de bataille entre générations).

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