VIDEO. Inondations dans l’Aude: Un an après, le dossier de l’arsenic continue à empoisonner la vie des habitants

La verse de Narteau, où est stockée plusieurs tonnes d’arsenic, se trouve juste au-dessus du Gresillou. Les habitants demandent sa dépollution. — F. Scheiber / 20 Minutes

  • Il y a un an, les inondations dans l’Aude ont fait ressurgir la problématique de la pollution à l’arsenic, issue de l’ancienne mine d’or de Salsigne.
  • Après la découverte de la pollution des sols, les analyses d’urines d’enfants de la vallée de l’Orbiel ont montré qu’ils avaient été surexposés à l’arsenic.
  • Des élus et parents de la vallée, qui viennent de lancer une pétition à l’attention d’Emmanuel Macron, demandent la dépollution du site.

Lorsqu’il a découvert lundi dernier les résultats de l’étude du BRGM sur les sites pollués à l’arsenic, ‎Michel Zoccarato, le maire de Villalier n’a pas été surpris. Il y a un an, sa commune était durement éprouvée par les inondations meurtrières. Située dans la vallée de l’Orbiel, elle n’avait pas échappé à la pollution à l’arsenic liée aux dépôts des déchets de l’ancienne mine d’or de Salsigne. Sur les dix sites publics présentant des taux préoccupants figurent ses deux stades de foot. S’il veut que les joueurs puissent à nouveau un jour fouler leur pelouse, le maire doit impérativement engager des travaux.

« Pour l’instant nous n’avons pas l’estimation des coûts pour refaire les stades, nous ne savons pas s’il faudra faire une couverture végétale ou carrément décaper. Mais nous n’avons pas les moyens. On espère être aidés pour repartir à zéro car c’est une partie de la vie sociale qui s’est arrêtée », déplore ‎Michel Zoccarato qui avait pris un arrêté interdisant l’accès après les inondations.

Dépolluer Narteau

Pour cet élu, il ne fait aucun doute que la pollution est là. Et s’il faut fermer les sites pollués ou les recouvrir d’un enrobé, l’urgence est peut-être avant tout « d’éradiquer la source ». Un vestige de cette mine, l’une des plus grandes d’Europe, qui a fermé ses portes en 2004 en laissant derrière elle une décharge de produits toxiques, au rayon desquels on trouve aussi du nitrate de plomb.

« Ils nous ont donné l’espoir que ça se fera, mais quand ? », interroge Michel Zoccarato. Et cette question, il n’est pas le seul à se la poser. Max Brail, son voisin de Lastours en a fait son cheval de bataille. C’est lui qui en novembre dernier a décidé de faire analyser la terre de la cour de son école.

Depuis, les tests d’urine de certains enfants de la vallée ont révélé des surexpositions à l’arsenic. Pour cinq d’entre eux, l’Agence régionale de santé (ARS) a reconnu que cela pourrait « témoigner d’une imprégnation durable ».

« Quand j’ai découvert la pollution, j’étais mal. On nous avait dit, ne vous inquiétez pas, tout va bien. J’ai fait faire les analyses de sols alors que ce sont les services de l’État qui auraient dû agir », peste-t-il.

S’il a traité la cour de l’école, il a décidé de ne rien faire concernant l’aire de pique-nique polluée, une de celles recensées la semaine dernière par le BRGM. « On ne va pas y remettre de la terre pour qu’à la prochaine crue on se retrouve dans la même situation. Tant qu’on ne traitera pas la source de pollution, on restera avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Je demande qu’on déplace le dépôt de Narteau où il y a un tas d’arsenic à même la colline, un stock de 20.000 tonnes », lance-t-il, espérant à peine trouver un écho « tant on ne pèse pas lourd », estime-t-il.

Une pétition des parents

Pour se faire entendre, les parents des enfants surexposés ont décidé de manifester à l’occasion de la rentrée des classes. En début de semaine, ils ont lancé une pétition en ligne adressée au président de la République. Un Emmanuel Macron qui cet été s’était engagé dans un courrier adressé aux sénateurs de l’Aude que « tout sera fait pour protéger les populations ».

« J’aimerais que Monsieur Macron vienne sur place. Est-ce que quelqu’un lui a dit que la mine était à ciel ouvert. Il faut que l’ARS arrête de minimiser, et dépolluer. Il faut aussi arrêter de faire croire qu’il n’y a que tel ou tel cours d’eau concerné, la pollution est partie beaucoup plus loin. Il faudra faire les analyses aussi à Carcassonne », plaide Cindy Morel, dont les deux garçons ont été parmi les premiers à révéler des taux élevés. En septembre, elle a décidé de ne pas scolariser sa fille à Lastours.

Celle de Karine, âgée de six ans, y est toujours. « Ce que nous aimerions c’est un suivi régulier de l’ensemble de la population de la vallée, cela concerne 10.000 personnes. Je suis originaire d’ici, j’ai grandi avec la mine à côté, c’est comme le tabagisme passif, on découvre les choses au fur et à mesure et on prend conscience des choses. Et la dernière en date est inquiétante… Même s’ils nous disent que la pollution ne s’est pas aggravée, elle est là et certains la minimisent », critique cette habitante de Fournes-Cabardès, membre du collectif de parents, qui se demande « s’il va falloir développer des maladies pour qu’ils agissent ». Les familles réfléchissent d’ailleurs désormais à porter plainte.

En septembre, face aux inquiétudes des habitants sur une possible contamination par inhalation, Claude Vo-Dinh, le préfet par intérim avait indiqué qu’une étude de 2006 excluait cette possibilité. Une nouvelle a tout de même été commandée au BRGM et doit se poursuivre dans le courant de l’année prochaine. Les résultats pourraient amener à prendre des décisions sur des mesures de confinement ou de déménagement des déchets toxiques.

Etude indépendante

Reste que la « confiance est rompue » pour les parents d’élèves. Le maire de Lastours, Max Brail lui aussi est désormais méfiant. Il préfère s’investir désormais auprès de « chercheurs indépendants ».

Depuis novembre dernier, une équipe de plusieurs scientifiques effectue des relevés de sédiments sur les cours d’eau de l’Aude pour y rechercher de l’arsenic. Parmi eux, Philippe Behra, professeur au laboratoire de chimie agro-industrielle de Toulouse (Inra/INP-Ensiacet). « Nous faisons un travail exhaustif et indépendant. Depuis le 12 novembre, nous réalisons des prélèvements réguliers et cela ne fait que commencer. Notre objectif est de faire une cartographie complète de la situation », pose le scientifique dont l’équipe est à l’origine des analyses de sols de la cour d’école de Lastours.

Si sa cartographie est loin d’être prête, il estime d’ores et déjà qu’il y a de fortes chances que la présence d’arsenic provienne bien du site de Narteau.

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