VIDEO. Fiodor, le robot humanoïde qui arrive sur l’ISS, représente-il le futur de la conquête spatiale ?

L’agence spatiale russe tente d’envoyer son robot humanoïde, Fedor, à bord de la station spatiale internationale. — Roscosmos space agency / AFP

  • S’il parvient à entrer dans la station spatiale internationale, Fiodor, le robot humanoïde russe, y passera une dizaine de jours, le temps d’effectuer différentes tâches et de s’essayer au maniement d’un tournevis et de clés.
  • Fiodor s’inscrit dans une longue lignée de robots utilisés dans la conquête de l’espace. Les agences spatiales s’en servent pour aller là où il est (encore) impossible d’envoyer l’homme ou pour assister les astronautes, notamment dans les tâches répétitives.
  • Le principal intérêt de concevoir des machines épousant la forme humaine est de permettre aux astronautes et aux robots humanoïdes de manipuler les mêmes outils, indique Olivier Sanguy, de la cité de l’Espace de Toulouse. De là à en faire l’avenir de la conquête spatiale, on en est loin.

La deuxième fois sera-t-elle la bonne ? Après un premier échec samedi, l’agence spatiale russe devrait retenter l’amerrissage à la  station spatiale internationale (ISS) de son vaisseau spatial Soyouz, tôt ce mardi matin. A bord de l’engin, un seul passager :  Fiodor (appelé aussi Fedor), robot humanoïde de 1,80 m pour 160 kg.

Humanoïde parce que Fiodor tente d’épouser le plus possible une forme humaine et a la capacité d’imiter les mouvements humains. S’il parvient dans l’ISS ce mardi, le robot restera une dizaine de jours, le temps d’effectuer différentes tâches sous la supervision du cosmonaute russe Alexandre Skvortsov. L’agence spatiale russe garde une part de mystère sur cette mission et précise seulement que Fiodor s’exercera au maniement d’un tournevis et de clés.

« Savoir ce qu’on entend par robot »

Historique ? Fiodor n’est pas le premier robot humanoïde à grimper à bord de l’ISS. L’Américain « Robonaut 2 » en 2011 – revenu sur Terre en 2018 suite à des problèmes techniques –, et le Japonais « Kirobo » en 2013, l’ont précédé. Et ces trois-là ne marquent pas non plus les débuts de la robotique dans la conquête spatiale. « Ou alors il faut s’accorder sur ce qu’on entend par  » robot « , précise Oliver Sanguy, rédacteur en chef de la rubrique actualité à la Cité de l’Espace à Toulouse. Il y a l’image qu’en donne la science-fction et que beaucoup ont d’ailleurs en tête : celle de robots justement humanoïdes, qui se déplacent, prennent des décisions par eux-mêmes, ont une intelligence poussée voire émotionnelle. Même si on progresse beaucoup actuellement sur l’intelligence artificielle, on est incapable aujourd’hui de concevoir et d’envoyer dans l’espace des robots tels que C3-PO [le personnage emblématique de la saga Star Wars]. Fiodor en est très loin encore. »

Si on prend une définition plus large du terme, « robot » désigne un dispositif alliant mécanique, électronique et informatique conçu pour accomplir automatiquement des tâches imitant ou reproduisant des actions humaines. Le robot humanoïde russe est cette fois-ci dans les clous, comme une multitude d’autres machines utilisées depuis longtemps dans l’espace.

Aller là où l’homme ne va pas, exécuter les tâches répétitives

C’est le cas par exemple des sondes et rovers, ces véhicules spatiaux sans équipage chargés d’étudier des objets célestes à plus ou moins grandes distances – voire d’en arpenter la surface pour les rovers. Oliver Sanguy prend aussi pour exemple le Canadarm2, le bras robotique extérieur de l’ISS. « Peu de monde en parle, pourtant il est incroyable et très précieux, raconte Olivier Sanguy. Canadarm2 assiste les astronautes dans les missions extra-véhiculaires, peut déplacer un objet d’un bout à l’autre de l’ISS. Surtout, sa mission principale est d’attraper certains cargos qui réapprovisionnent l’ISS et qui ne peuvent pas s’amarrer tout seul. Il est commandé depuis l’intérieur par les astronautes, mais il a aussi une sorte d’intelligence embarquée, puisqu’en fonction d’où il se trouve, il refusera de faire un geste, même demandé par l’astronaute, s’il y a un risque de heurter la structure de la station internationale. »

Deux grandes fonctions se dessinent alors pour ces robots. La première est d’aller là où il est (encore) impossible d’envoyer l’homme pour des questions de survie. La seconde est d’assister et même parfois de remplacer les astronautes dans l’exécution de missions dangereuses – les sorties dans l’espace, par exemple – et les tâches répétitives pour lesquelles l’homme n’apporte rien de plus qu’un robot. Avec Fiodor, les Russes visent les deux. Il se contentera dans un premier temps d’un rôle d’assistant, mais « dans l’avenir, nous comptons sur cette machine pour conquérir l’espace lointain », indiquait, mi-août, le directeur de l’agence spatiale russe lors d’une rencontre avec Vladimir Poutine.

Singer l’homme, pas toujours la solution pertinente

Faut-il voir alors ces robots humanoïdes comme l’avenir de la conquête spatiale ? Olivier Sanguy leur accorde un avantage de taille. « La plupart des robots spatiaux, comme Canadarm 2, ont des grappins spécifiques pour se saisir des objets, explique-t-il. En clair, aujourd’hui, on conçoit soit des objets destinés à être manipulés par ces robots, soit par l’homme. La promesse des humanoïdes est d’arriver à les doter d’une interface identique à celle de l’homme, ce qui permet de concevoir du matériel manipulable par les deux à la fois. » Un atout de taille quand on sait que la place est rare dans les vaisseaux spatiaux et que les budgets explosent rapidement.

Néanmoins, ces robots humanoïdes sont loin d’être la réponse à tout. « Dès lors qu’on est sur des missions sans hommes à bord, il est souvent pertinent même de s’affranchir des formes humaines pour épouser celles les plus efficaces, poursuit Olivier Sanguy. Pour descendre dans les cratères de Mars ou pour éviter de chuter sur le premier caillou venu, mieux vaut un engin bas sur pattes et à six roues motrices, comme Curiosity, qu’un robot monté sur deux jambes. » Avec ses 160 kg et son 1,80m, Fiodor n’est pas non plus le plus malléable des assistants.

« En fait, tout dépend de ce qu’on demande au robot, résume Oliver Sanguy, qui invite à s’intéresser à Cimon, création de l’agence spatiale allemande. C’est le premier robot avec une intelligence artificielle et qui interagit avec les astronautes à bord. Il aide notamment ces derniers dans les procédures en leur montrant, sur son écran, des photos, des vidéos, ou la liste des tâches à faire pour telle ou telle expérience. » Pour cette mission, il n’est pas besoin d’avoir deux jambes. Cimon, conçu pour flotter en apesanteur, a en effet la forme… d’un ballon de basket.

T’as vu ?

ISS: La Nasa enquête sur l’éventuel premier délit dans l’espace

Sciences

Défense spatiale: «On prend conscience que nos satellites peuvent devenir des cibles»

12 partages