VIDEO. «Dumbo»: En déployant ses propres ailes, Tim Burton a dépassé son modèle

Dreamland, le parc d’attraction de Dumbo, ressemble beaucoup à Disneyland — DISNEY

Sous la patte du créateur de Beetlejuice ou Frankenweenie, l’éléphanteau du dessin animé en 2D prend une nouvelle dimension. Pas seulement parce qu’il s’agit d’une version « live », tout en personnages réels évoluant aux côtés d’animaux en images de synthèses. Mais parce que Tim Burton apporte à cette allégorie cruelle sur la différence toute la force de son univers visuel et la délicatesse de sa sensibilité décalée.

Tout en respectant l’esprit et de nombreux détails du dessin animé de 1941, le réalisateur prend de grandes libertés avec le récit d’origine. Et pour cause : modèle d’épure, la version animée faisait à peine plus d’une heure. Ce film-ci est deux fois plus long. Il a fallu supprimer les scènes les plus délicates à réaliser, notamment la scène l’ivresse qui conduit Dumbo à se réveiller dans les branches d’un arbre après avoir rêvé à des éléphants roses…

Ces éléphants sont toujours là, mais sous la forme d’un numéro de bulles de savon… Quant à l’histoire d’origine, elle est évacuée en vingt petites minutes, le temps que Dumbo apprenne à voler. Le contrat avec Disney est respecté. Tim Burton peut déployer ses ailes et Dumbo ses oreilles pour prendre un nouvel envol, complètement inédit.

Des souris ou des hommes

Adaptation « live » oblige, les animaux, en dehors des éléphants (et quelques caniches et autres chevaux), ont été remplacés par des êtres de chair et d’os et pas seulement des clowns comme dans le dessin animé. Exit Thimothée la souris, place à la famille Ferrier : au père Holt (Colin Farrell), vétéran de la guerre de 1914-1918 qui lui a fait perdre un bras, et à ses deux enfants, Milly et Joe, orphelins de leur mère qui vont naturellement s’attacher à l’éléphanteau séparé de la sienne.

Ce sont eux qui donneront à Dumbo le courage de voler. Le petit éléphant aux yeux bleus reste bien évidemment la figure centrale du film, mais Tim Burton lui adjoint encore d’autres partenaires humains incarnés notamment par Eva Green, Michael Keaton ou  Danny DeVito.

Une différence qui prend un visage différent

Certes, l’affreux public du cirque se moque toujours de Dumbo, mais le petit éléphanteau parvient très vite à trouver des soutiens auprès des humains. Qu’ils soient touchants ou inquiétants, ces derniers, tous blessés d’une façon ou d’une autre par la vie, pourraient sortir du Freaks de Tod Browning plus que du Dumbo d’origine.

La différence et son acceptation, thème originel du dessin animé de 1941 et qu’on retrouve ici à une plus large échelle, est un thème qui a déjà marqué la plupart des films de Tim Burton, d’Edward aux mains d’argent à Miss Peregrine, le réalisateur n’étant pas lui-même étranger à la question…

Disney accepte l’autocritique quand elle vient de Burton

Le parc d’attractions, qui fait entrer la seconde partie du film dans la modernité et le récit dans une course folle, fait évidemment penser à DisneyWorld et plus précisément à l’attraction Carousel of Progress permettant de suivre les progrès technologiques vécus par une famille sur plusieurs décennies. La satire est audacieuse et Tim Burton apprécie que Disney ne la lui ait pas reprochée. «  C’est ma famille, ils me font confiance », ne cesse-t-il de rappeler en interview.

Il n’empêche, quelle jubilation de voir Tim Burton torpiller les parcs d’attractions comme il le fait dans le film ! Mais ce n’est pas à Dreamland (l’industrie du divertissement) que s’attaque le cinéaste, plutôt à l’absence de morale du directeur (Michael Keaton, grandiose) et à ce qu’il fait de son argent, lui qui croit pouvoir s’offrir les services de Dumbo contre quelques belles promesses… L’actionnaire principal du parc finira d’ailleurs par prendre fait et cause pour les vrais artistes, l’honneur est sauf.

Des revendications très actuelles

« No animo mas anima » : « pas d’animaux, mais une âme ». Tel était le slogan du cirque Plume, en France au début des années 1980, pour justifier l’absence d’animaux sous son chapiteau. Ce principe est en passe de devenir la règle aujourd’hui et la morale du film va dans ce sens, au contraire du dessin animé de 1941, qui n’avait alors aucunement conscience de l’exploitation animale dans les cirques, ni même de l’extinction des espèces à venir.

A sa façon, toute en délicatesse, Tim Burton montre surtout qu’il a du coeur, comme Bong Joon-ho avant lui avec Okja, histoire de cochon transgénique apte à nous rendre tous véganes, et dont ce Dumbo pourrait être un lointain cousin.

Cinéma

«Beaucoup d’éléments du « Dumbo » de 1941 ne passent plus en 2019», selon Tim Burton

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