VIDEO. Disparition d’Estelle Mouzin : Une piste à creuser dans la « carrière » de Fourniret dans les Yvelines ?

Clairefontaine-en-Yvelines. Michel Fourniret est soupçonné d’avoir dissimulé le corps de certaines de ses victimes dans cette carrière de sable. — V. VANTIGHEM

  • Michel Fourniret a reconnu, la semaine dernière, sa participation à l’enlèvement et au meurtre d’Estelle Mouzin, une fillette de 9 ans disparue à Guermantes (Seine-et-Marne) en janvier 2003.
  • Déjà condamné à la perpétuité incompressible pour huit meurtres et assassinats, « l’ogre des Ardennes », 77 ans, souffre d’un « processus cérébral de nature dégénérative », selon une expertise.
  • Les avocats du père d’Estelle Mouzin ont demandé à la justice d’organiser des fouilles dans une carrière de sable où ils le soupçonnent d’avoir dissimulé des corps avant d’être arrêté.

A Clairefontaine-en-Yvelines (Yvelines),

En haut du talus, il y a quelques bouleaux couchés sur le sol par un méchant coup de vent, des bûches bien alignées qui n’attendent que l’âtre d’une cheminée et une moquette de mousse très prisée des chevreuils de la forêt de Rambouillet (Yvelines). Les pauvres bêtes pourraient bien, dans les prochaines semaines, être chassées de cette clairière de Clairefontaine-en-Yvelines, par des engins de terrassement.

En contrebas se trouve en effet une ancienne carrière de sable soupçonnée d’abriter certaines victimes de Michel Fourniret, dont Estelle Mouzin. Il aura fallu plusieurs auditions. Mais « l’ogre des Ardennes » a fini, la semaine dernière devant la juge Sabine Khéris, par reconnaître sa participation à l’enlèvement et au meurtre de la fillette de 9 ans, disparue le 9 janvier 2003 à Guermantes (Seine-et-Marne).

Impossible de savoir, pour le moment, si le tueur en série a fourni des indications sur les circonstances du meurtre et le lieu où il a pu dissimuler le corps. Mais les avocats d’Eric Mouzin, le père d’Estelle, n’ont pas attendu ses aveux pour tenter de le retrouver. Selon nos informations, ils ont fourni à la juge Khéris, il y a déjà plusieurs semaines, une liste de lieux à fouiller. Tout en haut de laquelle figure donc cette carrière de sable.

Quand Fourniret réclamait des sacs de sable dans sa cellule

Dans les années 1980, Michel Fourniret a vécu à 300 mètres de là. A peine. Juste de l’autre côté de la route. A l’époque, il était marié à Nicole C., avec qui il dirigeait une entreprise de machines-outils. « Moi, j’étais souvent en livraison, à Paris, ou ailleurs. Au contact des clients, se souvient-elle aujourd’hui en avisant une maison qui leur servait jadis d’entrepôt. Lui fabriquait les machines. Mais je ne sais pas exactement ce qu’il faisait de ses journées… »

La piste est prise au sérieux. En novembre 2018, des gendarmes spécialisés étaient déjà venus sur place pour retourner le jardin de l’ancienne maison familiale. Sans rien découvrir. Mais ils n’avaient pas traversé la chaussée pour pousser les recherches dans la carrière voisine. Et aujourd’hui, les avocats d’Eric Mouzin ne la ciblent pas sans raison.

Ils savent que « l’ogre » est un manipulateur hors pair. Et que, adepte des parties d’échecs, seul face au plateau dans sa prison d’Ensisheim (Haut-Rhin), il aime prévoir ses coups à l’avance. Il y a quelques années, il a demandé à l’administration pénitentiaire à pouvoir disposer de sacs de sable dans sa cellule, sans dire vraiment pourquoi. Comme un geste aussi pervers que subliminal qui pourrait aujourd’hui trouver son explication. « C’est le tueur en série français le plus abouti », résumait, dès 2008, Daniel Zagury, l’éminent psychiatre qui l’a expertisé.

« Les neurones, ils foutent le camp ! », assure le tueur

Car le tueur est toujours resté attaché à Clairefontaine. Si Nicole C. a demandé le divorce en 1984 quand elle a découvert ses penchants pour les jeunes filles, Michel Fourniret a tout de même continué à fréquenter le secteur ensuite. Interrogé sur l’endroit où il a dissimulé le corps de Farida Hammiche, une jeune femme tuée en 1988, il avait fini par lâcher, lors du procès en 2018, qu’il pourrait se trouver dans une carrière de sable. « Laquelle ? », avait alors interrogé l’avocat Didier Seban. « Des carrières de sable, il n’y en a pas 36 ! », avait alors rétorqué « l’ogre », comme une évidence.

Mais impossible d’en savoir davantage. Âgé de 77 ans, Michel Fourniret est aujourd’hui la cible d’un « processus cérébral de nature dégénérative », selon une récente expertise. « Je n’en ai pas souvenance », constitue ainsi l’une de ses phrases fétiches. « Ce n’est pas drôle de vieillir ! Les neurones, ils foutent le camp ! », a-t-il lâché à la juge Khéris le 27 novembre dernier. Pourtant lors de la même audition révélée par 20 Minutes en janvier, il était tout aussi capable de citer le surnom qu’il donnait à l’institutrice de son fils dans les années 1980…

« Il a peur qu’on la retrouve avec d’autres corps ? »

De quoi démontrer la thèse d’une nouvelle manipulation ? L’avocate Corinne Herrmann en est persuadée. Lors du procès consacré à l’affaire Hammiche en 2018, elle avait avancé, dans sa plaidoirie, une piste d’explication. « Il sait où est le corps de Farida Hammiche. Il connaît les Yvelines par cœur, cet endroit où il baissait les culottes des petites filles, avait-elle balancé aux jurés. Mais il a peur de quoi ? Il a peur de l’état dans lequel on retrouverait Farida ? Ou qu’on la retrouve avec d’autres corps ? »

En 2004, quand les enquêteurs ont fouillé le jardin du château des Fourniret dans les Ardennes, ils ont découvert les dépouilles de deux victimes enlevées à neuf mois d’intervalle. L’une en France. L’autre en Belgique. « L’ogre » avait utilisé une tractopelle pour les enfouir jusqu’à trois mètres de profondeur.

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