VIDEO. Andorre-France: 39 ans, 122 sélections… Déjà là en 1998, l’éternel capitaine Ildefons Lima retrouve les Bleus

Ildefons Lima, le capitaine andorran, à la lutte avec Cristiano Ronaldo lors d’un match à Aveiro, au Portugal, le 7 octobre 2016. — Sipany / Sipa

  • Ildefons Lima est le recordman du nombre de sélections et de buts avec l’équipe d’Andorre, qui accueille la France ce mardi lors des éliminatoires de l’Euro 2020.
  • Le capitaine des « Tricolors » a participé aux trois précédents matchs entre les deux nations, en 1998, 1998 et 2004. Le quatrième sera le premier disputé dans la petite principauté pyrénéenne.
  • Lima compte battre prochainement le record de l’Equatorien Ivan Hurtado : 22 ans et 143 jours d’écart entre sa première et sa dernière sélection.

A Andorre-la-Vieille,

Il est né sous Giscard, lorsque VGE, en sa qualité de président de la République française, était le coprince d’Andorre. La carrière d’Ildefons Lima, qui fêtera ses 40 ans le 10 décembre prochain, se confond avec l’histoire du football du petit Etat pyrénéen.

Le capitaine et grand défenseur central (1,91 m pour 90 kg) a fêté la première de ses 122 sélections dès le deuxième match disputé par l’équipe nationale, le 22 juin 1997 en Estonie (défaite, 4-1). Il y a marqué la première de ses onze réalisations.

22 ans après, le détenteur du record de capes et de buts chez les « Tricolors » s’apprête à défier les champions du monde français, mardi sur le synthétique du petit Estadi Nacional d’Andorre-la-Vieille (3.306 places). Sans illusion, mais avec fierté, comme l’actuel joueur de l’Inter Escaldes l’a confié à 20 Minutes autour d’un café, à la mi-mai, dans la capitale de la principauté.

La fête à la maison

Après trois défaites en autant de matchs dans ce groupe H de qualifications à l’Euro 2020, la dernière samedi en Moldavie (1-0), Andorre reçoit des Bleus vexés  par leur déconvenue en Turquie (2-0). « C’est le champion du monde qui vient, et pour un pays comme le nôtre, cela doit être une fête », assène Ildefons Lima. Tenir le plus longtemps sans encaisser de but, c’est la priorité pour une équipe représentant un Etat de 76.500 habitants, dont environ 30.000 nationaux, contrainte de piocher dans un vivier d’à peine plus de 150 sélectionnables.

Ildefons Lima, le 13 mai 2019 à Andorre-la-Vieille. Ildefons Lima, le 13 mai 2019 à Andorre-la-Vieille. – N. Stival / 20 Minutes

« Le résultat normal d’un France – Andorre, quand tu compares les deux sélections, c’est 20-0. Ce sont des choses qui peuvent arriver, et ce serait normal. Mais on joue pour notre pays, nous sommes fiers. On joue avec le cœur. »

Pour les Andorrans, résister aux grands, c’est déjà une petite victoire. « Quand le Portugal vient ici [0-2, le 7 octobre 2017], Cristiano Ronaldo est laissé sur le banc. Mais il faut le faire rentrer en deuxième mi-temps car le score est toujours de 0-0. » CR7 ouvrira d’ailleurs le score dans un stade à guichets fermés, ambiancé par la très importante communauté portugaise présente dans le pays.

Déjà présent lors des trois premiers matchs face aux Bleus

Les plus de 30 ans se souviennent des deux premiers affrontements franco-andorrans, lors des éliminatoires de l’Euro 2000. Fraîchement auréolée de son premier titre planétaire et bientôt sur le toit de l’Europe, la bande à Zizou et Deschamps avait pourtant bien galéré pour mettre à la raison des Pyrénéens repliés sur leur but : 2-0 à Saint-Denis (mais 0-0 jusqu’à la 53e minute) et 1-0 au retour, disputé à Barcelone (penalty de Leboeuf à la… 86e).

Avec quelques cheveux de plus, Ildefons Lima était déjà là, au côté de son frère Toni, de neuf ans plus vieux. « Je me souviens de ce premier match des Bleus au Stade de France comme champions du monde. Le Brésil avait perdu 3-0, et nous seulement 2-0. Andorra !!! » s’esclaffe le capitaine. « Il y avait 90.000 personnes [75.428 officiellement], la Coupe du monde était là, c’était la fête. Je me souviens de la chanson [I will survive]. Cela m’avait mis la chair de poule, c’est l’un de mes meilleurs souvenirs. »

Les « Tricolors » avaient adopté un schéma sans attaquant, en 4-6-0. « Bien sûr que j’aimerais qu’on évolue comme Liverpool ou le Barça… Mais quand tu as un petit réservoir de joueurs, le plus facile à faire, c’est de défendre. » Lima était aussi titulaire en mai 2004, en amical à Montpellier. Pour une défaite plus nette (4-0).

Persévérer, malgré les défaites

En 122 sélections, le défenseur ne compte que quatre victoires et 19 nuls. « Tu ne joues pas contre Montserrat ou d’autres sélections caribéennes, et pas souvent face à Saint-Marin ou le Liechtenstein, avec qui tu peux rivaliser, rétorque Lima. Tu te retrouves face à d’excellents joueurs, qui peuvent débloquer le match en une seconde. Mais le temps que tu partages avec tes coéquipiers, c’est très enrichissant. »

Le jour de gloire a fini par arriver, le 9 juin 2017. A domicile, Andorre a surpris la Hongrie (1-0), huitième de finaliste de l’Euro en France un an plus tôt, lors des éliminatoires du Mondial 2018. « C’est la victoire la plus prestigieuse de l’histoire du football andorran », confirme le capitaine.

L’année 2017 avait déjà bien commencé pour la 203e nation au classement FIFA de l’époque (134e aujourd’hui), qui, le 22 février, avait mis un terme à plus de douze ans et 86 matchs de disette en allant s’imposer à Saint-Marin (0-2), en amical. Avec un penalty marqué par Ildefons Lima au passage.

Du Ronaldo brésilien au Ronaldo portugais en passant (presque) par Sochaux

« Je suis content de ma carrière », assure l’arrière central, passé par six pays (Andorre, Espagne, Grèce, Mexique, Italie et Suisse) et par douze clubs, dont Las Palmas et le Rayo Vallecano (L2 espagnole), la Triestina (Serie B italienne) ou Bellinzone (L1 suisse). « J’ai eu la chance de devenir professionnel, de connaître d’autres pays. Je parle catalan, espagnol, italien, anglais et un peu grec. » Mais pas français, qu’il a pourtant bien failli apprendre, avec l’accent franc-comtois. « Quand j’étais en Italie, il y a à peu près dix ans, j’ai eu des contacts avec Sochaux, mais ça ne s’est pas fait. »

Ildefons Lima ouvre le score sur penalty contre le pays de Galles, le 9 septembre 2014 à Andorre-la-Vieille. Les Gallois finiront pas s'imposer grâce à un doublé de Gareth Bale. Ildefons Lima ouvre le score sur penalty contre le pays de Galles, le 9 septembre 2014 à Andorre-la-Vieille. Les Gallois finiront pas s’imposer grâce à un doublé de Gareth Bale. – Huw Evans / Rex / Rex / Sipa

Pas grave. Ils ne sont pas si nombreux les footballeurs qui peuvent se vanter d’avoir tour à tour affronté le Ronaldo brésilien et son homonyme portugais, Zidane, Shevchenko, Del Piero… « Ici, les salaires ne sont pas énormes, reconnaît Lima, rentré au pays en 2012, après 13 ans d’exil. Mais en ajoutant la sélection et ce que j’ai gagné lors de toutes mes années de pro, je peux me consacrer entièrement à mon sport. »

Un cas rare dans le foot andorran, amateur et sédentaire, à quelques rares exceptions près (le défenseur Marc Vales évolue à Sandefjord, en L2 norvégienne). Propriété de Gerard Piqué, le FC Andorra, promu en quatrième division espagnole, fournit cinq éléments à la sélection pour le rendez-vous face aux Bleus.

Un record mondial en tête

Les 184 sélections accumulées par l’Egyptien Ahmed Hassan sont hors de portée d’un joueur qui ne dispute aucune phase finale. Mais Ildefons Lima a un autre record en tête : celui du plus grand écart entre le premier et le dernier match international. « Il est détenu par l’Equatorien Ivan Hurtado [22 ans et 143 jours, de 1992 à 2014] et je suis à quelque mois de le dépasser. »

L’Andorran portera dans un premier temps cette performance à 22 ans et 145 jours s’il dispute la rencontre en Albanie le 14 novembre. Le temps d’ajouter encore quelques maillots à sa collection, forte de quelque 800 pièces, dont les tuniques de Youri Djorkaeff, Sylvain Wiltord et Louis Saha. Ensuite ? Même si « [sa] date limite est proche », le défenseur se donne encore « une, deux ou trois années ». « Tant que je suis compétitif », lance celui qui compte, dans le futur, faire profiter le foot de la principauté de son énorme expérience, dans un rôle à définir.

Au fait, Ildefons Lima ne sera pas le plus vieux joueur sur le synthétique de l’Estadi Nacional. Juli Sánchez (41 ans le 20 juin, 72 sélections) espère jouer ses dernières minutes avant de prendre sa retraite internationale. L’attaquant quadragénaire est un grand ami de Lima, avec lequel il a fondé l’association Gol Solidari, pour venir en aide aux enfants défavorisés ou malades d’Andorre.

Société

VIDEO. Andorre. «S’il n’y a pas les Français, on est cuits»… Au Pas de la Case, c’est le soulagement avant la réouverture de la route

15 partages