Victoires de la musique 2022 : « J’espère donner envie de chanter aux meufs « trop ceci » ou « pas assez cela » », confie Silly Boy Blue

Huit mois après la sortie de son premier album, dont une réédition sort ce vendredi, Silly Boy Blue fait partie des artistes sélectionnés pour la 37e édition des Victoires de la musique, diffusée ce vendredi soir sur France 2. La Nantaise de 25 ans, de son vrai nom Ana Benabdelkarim, sera-t-elle sacrée Révélation féminine de l’année ? Entretien avec cette fan inconditionnelle de David Bowie, qui chante sa pop en anglais (grâce à ses idoles telles que Joann Jett ou Lady Gaga, mais aussi à une prof d’anglais en 6e « absolument géniale ») pour domestiquer ses émotions, devenues son thème de prédilection

Que représentent les Victoires de la musique ?

C’est un peu bête, dit comme ça, mais c’est vraiment un rêve de petite fille, quelque chose d’hyper fou. J’imagine ça sans oser le dire depuis tellement longtemps, que je savais déjà ce que je voulais comme presta ! C’est stressant mais pas effrayant car je travaille beaucoup, rien n’est fait au hasard, tout avec mes mains et mon cœur. Je vais chanter The Fight, en version orchestrale : c’est une chanson qui parle de rupture, comme à peu près tout mon album, Breakup Songs. C’est l’un de mes premiers titres mais je ressens toujours la même chose quand je le chante, même cinq ans après. C’est comme un cri, il me fait me sentir forte. Je vais en avoir besoin tant je serai minuscule sur ce grand plateau de télévision !

Le grand public va (re) découvrir votre style, à la fois mélancolique et réconfortant…

Dans une rupture, il y a de la tristesse, de la colère, de la mélancolie, mais aussi du renouveau, du changement, du courage, plein de choses belles… Mon album, c’est comme une grande couverture avec plein de petits carrés d’émotions totalement différentes. Je ne savais pas si j’allais réussir à l’aimer, car je l’ai écrit sur la base de souvenirs très compliqués. C’est le temps et le public surtout qui m’ont permis de transformer ces moments assez durs en choses les plus belles de ma vie aujourd’hui. Quand, en festival, tu chantes la chanson que tu as écrite au fond de ton canapé à 3h du matin, totalement malheureuse, et que les gens commencent à chanter, à danser, que le moment devient joyeux, tu te dis wahou…

A quoi ressemblait l’adolescence de la jeune Ana ?

Assez banale, le lycée [Jules-Verne à Nantes, où elle a été récemment tourner l’un de ses clips], les copines… Mais j’avais une part de moi que je ne comprenais pas, je ressentais les choses de manière très intense et parfois très violente, l’impression d’être en conflit avec le monde entier. C’est la musique qui me faisait avancer. Nantes était d’ailleurs un chouette endroit pour ça, j’allais à Trempolino, à Stereolux, je chantais sur des morceaux de copains, de copines… J’allais trois ou quatre fois par semaine au 
Stakhanov, un bar où tu payais 5 euros pour voir plein de concerts trop cool. J’ai compris à cette période que la musique prendrait une énorme place dans ma vie, même si je n’osais pas me dire que ce serait ma vie.

Après mon bac S, j’ai continué par des études de pub, un master en communication puis en journalisme… J’ai commencé à travailler mais tous les jours de congés que je posais, c’était pour la musique ! Je partais le soir de Paris pour faire un concert à Nantes ou ailleurs et je revenais à 6h du matin le lendemain… et puis je me suis permise d’y aller à fond.

Après votre groupe nantais Pégase, vous vous êtes lancée en solo, sous le pseudo de Silly Boy Blue, le nom d’une chanson de David Bowie…

J’ai découvert Bowie à l’école maternelle. J’ai entendu Changes, j’ai eu un fou rire, et depuis il m’accompagne dans ma vie, cet artiste me fascine, je l’aime énormément pour sa musique mais aussi pour ce qu’il représente : ne jamais rentrer dans les cases, être qui il veut quelles que soient les circonstances… Un pseudo, c’est aussi un moyen de me donner du courage pour monter sur scène. Si je n’enfilais pas ce costume, je ne pourrais jamais y aller en tant que Ana !

Vous dites aussi que sans modèles féminins, vous n’auriez de toute façon jamais osé vous lancer, pseudonyme ou pas…

C’est en voyant Izia, Fishbach, Clara Luciani, Catherine Ringer performer dans ma télé que j’ai eu envie de faire tout ça. Sans elles, j’aurais sûrement cru tous ceux qui essayaient de me faire comprendre que je n’avais pas ma place. Quand on passe derrière toi pour revérifier si tout est bien branché, quand on te demande pourquoi tu ne chantes qu’en anglais, si tu ne voudrais pas être plus féminine… tu l’intègres, c’est compliqué de le déconstruire, même encore aujourd’hui. Donc si vendredi soir, des meufs à qui on a dit qu’elles étaient « trop ceci » ou « pas assez cela » pour chanter me regardent, j’espère leur donner envie de se dire « bah moi aussi je peux le faire ! »