Victoires de la musique 2022: Il n’y a point d’interrogation sur les trois nominations de Feu! Chatterton

C’est avec trois nominations dans sa besace que le groupe Feu! Chatterton abordera la 37e édition des Victoires de la musique ce vendredi. Le quintette est en lice pour le trophée de l’artiste masculin, de l’album (Palais d’Argile) et de la chanson de l’année (Monde nouveau). Les trentenaires parisiens avaient été nommés précédemment en 2016, en catégorie « révélation scène », puis en 2019 parmi les « meilleurs albums rock » pour L’Oiseleur, mais le règlement de la cérémonie ayant changé depuis, ils ne tiraient aucun plan sur la comète cette année.

« On se disait qu’on avait peu de chances d’être nommés et que la réduction des catégories allait profiter essentiellement aux gros artistes de variété », confie le chanteur Arthur Teboul. Bêtes de scènes, ils imaginaient éventuellement être retenus parmi les meilleurs concerts – or, les votantes et votants leur ont préféré dans ce domaine Ben Mazué, Hervé et Woodkid.

Au final, ils se sont fait une place dans les trois catégories reines. Feu! Chatterton a accueilli ces trois nominations avec « de la joie et de la surprise ». « C’est une fierté de voir que la musique collective peut être représentée en France aujourd’hui alors qu’on exalte beaucoup l’individu » , glisse Arthur Teboul qui n’était pas sûr qu’un groupe puisse être considéré comme un « artiste masculin ».

« Les tournées, c’est le pouls de notre succès »

« On est face à des gens qui ont une notoriété, des passages radio, un impact commercial bien plus large que le nôtre. On n’a pas le même rayonnement médiatique que Clara Luciani, Orelsan ou Julien Doré, enchaîne le batteur Raphaël de Pressigny. Donc on prend ces nominations pour la reconnaissance de la qualité de ce que l’on fait. »

A les entendre, on penserait presque qu’ils s’imaginent être des intrus dans le tableau des Victoires. Or, leur place à la table d’honneur est on ne peut plus légitime. Feu! Chatterton se présente à la cérémonie fort d’un album, Palais d’argile, disque d’or et d’une légion de concerts à guichets fermés. « Les tournées, c’est le pouls de notre succès. On en avait déjà fait de belles précédemment mais, là, on sent que c’est différent, affirme le guitariste Clément Doumic. Le Zénith s’est rempli très vite, L’Olympia en trois jours… »

« Après dix ans d’exercice, notre public s’élargit, appuie Arthur Teboul. C’est une très belle dynamique qui permet d’entériner, pour ceux qui ne nous voient pas à la télé ou ne nous entendent pas à la radio, le fait qu’il existe une musique un peu en dehors de ces canaux et qui est populaire. »

« Nos textes sont truffés de jeux de mots, de réflexions, d’angoisse… »

A l’image de son nom traversé d’un point d’exclamation – il s’agit de la combinaison de l’expression « Feu! » et d’un hommage au poète anglais Thomas Chatterton –, le groupe tient à sa singularité. Révélé sur les scènes des festivals (Le Printemps de Bourges, les Francofolies de La Rochelle…), le quintette a imposé progressivement sa patte de dandys intellos et injecté une certaine nonchalance dans ses airs ténébreux et torturés. « On réfléchit beaucoup et, généralement, nos textes sont truffés de jeux de mots, de réflexions, d’angoisses… », résume Arthur Teboul.

La combinaison fait mouche. En 2014, année de la sortie de son premier EP éponyme, Feu! Chatterton a ainsi reçu le Prix Felix-Leclerc, encourageant la création des jeunes artistes. Chacun de ses opus suivants – l’EP Bic Médium en 2015, les albums Ici le jour et L’oiseleur en 2015 et 2018 – a cimenté un peu plus son édifice.

Palais d’argile, commercialisé en mars 2021, marque un jalon important pour le groupe. « On est vraiment fiers de ce disque. Le résultat est en accord avec nos ambitions. On a fait quelque chose comme on l’a voulu, avec une clarté nouvelle, décrit Arthur Teboul. C’est très agréable de se dire qu’il y a un alignement entre les émotions que l’on ressent et le public qui les reçoit. » Et trois Victoires de la musique comme autant de points de suspension serait une parfaite ponctuation dans l’écriture de ce succès en cours.