Vente d’alcool dans les stades: Des députés réclament de la souplesse, des addictologues dénoncent le poids des lobbies

La loi Evin de 1991 contre le tabagisme et l’alcoolisme interdit la vente, la distribution et l’introduction de boissons alcoolisées dans tous les établissements d’activités physiques et sportives. — David Joles/AP/SIPA

Va-t-on assister au retour de l’alcool dans les stades ? Des propositions de loi en ce sens ont été déposées par des députés de la majorité et de l’opposition au grand dam des addictologues qui dénoncent des textes sous l’influence de lobbies.

« Sous prétexte de soutien au sport, ces députés se font le relais fidèle du lobby alcoolier qui, années après années, rogne progressivement la plus grande loi de santé publique dont la France soit dotée », a dénoncé dans un communiqué l’Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (ANPAA).

La France, une « nation sportive »

La loi Evin de 1991 contre le tabagisme et l’alcoolisme interdit la vente, la distribution et l’introduction de boissons alcoolisées dans tous les établissements d’activités physiques et sportives. Les clubs disposent cependant d’une dérogation pour vendre de l’alcool dix fois par an. La loi restreint également la publicité pour l’alcool.

Cent cinq députés LREM ont déposé fin juillet à l’Assemblée une proposition de loi « visant à faire de la France une nation sportive » dans laquelle ils proposent « d’assouplir de manière encadrée » la loi Evin « dans les stades en étendant l’octroi d’autorisations temporaires de vente d’alcool aux sociétés sportives ». Mais face à la polémique, l’une des signataires, la députée Michèle Peyron a déjà pris ses distances sur Twitter en se disant « farouchement » contre le retour de l’alcool dans les stades.

En février, une quinzaine de députés LR menés par le député des Vosges Stéphane Viry avaient déjà signé une proposition de loi allant dans le même sens et Valérie Beauvais (LR) avait présenté un autre texte visant lui à autoriser le sponsoring des clubs sportifs par des entreprises viticoles et des brasseurs français.

La députée de Nièvre Perrine Goulet (LREM) a enfin proposé en novembre, dans un rapport remis à Matignon, de passer de dix à quinze les évènements annuels où les clubs sont autorisés à vendre de la bière. Elle suggère également d’assouplir les restrictions de publicité pour les marques d’alcool sur les sites Internet sportifs et le retour du sponsoring d’équipes françaises pour les viticulteurs et les brasseurs.

« Offensive contre la loi Evin »

« Il nous semble important de rappeler à ces députés que la consommation d’alcool est incompatible avec le sport » car sa « promotion (…) via les compétitions sportives », vise « à banaliser la consommation générale » et « en premier lieu celle des jeunes qui constituent la majorité du public », explique l’ANPAA appelant le pouvoir à sa « responsabilité » vis-à-vis de « la santé publique ».

L’association voit dans cette « offensive contre la loi Evin » l’enjeu économique que représente le sponsoring de futurs évènements sportifs en France comme la Coupe du monde de Rugby de 2023 et les Jeux olympiques de Paris en 2024.

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