Vénissieux : Boucher aux Minguettes, il offre 165 colis par semaine aux étudiants dans le besoin

Mourad Slimani (au centre), boucher installé dans le quartier des Minguettes à Vénissieux, offre chaque semaine 165 colis pour les étudiants dans le besoin. — C. Girardon / 20 Minutes
  • Depuis la mi-mars, Mourad Slimani, boucher à Vénissieux, tend la main aux étudiants les plus précaires.
  • Chaque mercredi, il distribue gratuitement 165 paniers de viande et de denrées non périssables afin de les aider à surmonter la crise actuelle.
  • Pour en bénéficier, il faut s’inscrire au préalable auprès de l’Unef.

Tendre la main aux étudiants était pour lui une « évidence ». Mourad Slimani, boucher installé dans le quartier des Minguettes à Vénissieux, qui avait déjà offert 700 colis de viande en février aux familles de sa commune, distribue désormais chaque mercredi 165 colis aux étudiants de l’agglomération lyonnaise dans le besoin. Des paquets dans lesquels il glisse des steaks hachés, des cordons-bleus maison, des terrines locales, des féculents, des biscuits, des sodas et du pain de mie. « Pour les étudiants, on ne donne jamais assez », souligne-t-il malicieusement.

Il est à peine 13 heures et déjà plus d’une cinquantaine d’entre eux ont poussé discrètement la porte de son établissement. Parmi lesquelles Stéphanie (1), originaire de Madagascar. La jeune femme est arrivée à Lyon en 2019 pour étudier la géographie. Mercredi, elle est venue spécialement de Bron en transports en commun afin de récupérer son colis.

« Avant, je n’osais pas demander de l’aide »

« Cela m’aidera bien et me permettra de tenir 15 jours », sourit-elle timidement. Et de confesser : « Le quotidien n’est pas toujours facile. Comme je n’ai pas la nationalité française, je ne peux pas faire de petits boulots. Mais de toute façon, la période actuelle n’aide pas à trouver du travail. Ma mère m’épaule comme elle peut mais cela ne suffit pas toujours ».

Michel, étudiant sur le campus de La Doua à Villeurbanne, pénètre à son tour dans la boucherie. « Avant, je n’osais pas trop demander de l’aide. Ce n’est pas de la fierté mal placée, c’est simplement que d’autres sont plus en galère que moi, estime-t-il. J’ai la chance d’avoir une bourse et l’aide de ma famille, donc je ne suis pas le plus à plaindre ».

Dans les rayons du commerce, les bénévoles s’activent pour distribuer les colis. Alexia, la fille de Mourad Slimani est de la partie. « Beaucoup d’étudiants se présentent spontanément sans s’être inscrits au préalable, constate-t-elle. Mais on ne refuse jamais de les servir ».

Le contenu des sacs n’a pas été choisi par hasard. « On a essayé de mettre des denrées utiles et les plus appréciées des jeunes, précise Alexia. On a regardé les ventes. Comme je suis à la caisse, je vois ce qui est le plus demandé en général ». Pas question pour autant de proposer des produits au rabais. Mourad Slimani s’est appuyé sur son réseau et a sollicité des prestataires avec lesquels il a l’habitude de travailler comme Zakaria, 27 ans. Enfant des Minguettes et titulaire d’un CAP de charcuterie, le jeune homme réalise et commercialise depuis deux ans des terrines maison sous la marque « Saveurs des Gones ».

Offrir des produits artisanaux de qualité

« Le but était d’offrir aux étudiants des produits artisanaux de qualité pour qu’ils se fassent plaisir », explique le jeune entrepreneur qui écoule ainsi gratuitement près de 200 bocaux chaque semaine. « C’est un effort financier, c’est certain. Mais le geste est important et ma trésorerie me permet de le faire, sourit-il. Cela me fait plaisir de pouvoir aider ».

« C’est dans ces moments qu’on voit toute la misère du monde, soupire Costanza, bénévole accoudé derrière l’un des comptoirs. La semaine dernière, un client est venu. Il expliquait toucher 800 euros de retraite et devoir payer 500 euros de loyer. Il ne mangeait qu’un jour sur deux ».

L’opération sera renouvelée tous les mercredis entre midi et 15h30. Les inscriptions se font auprès du syndicat UNEF de Lyon.

(1) Les prénoms des étudiants ont été changés

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