Venezuela : Le pétrole « extra-lourd » de qualité inférieure prisé par Trump ?
En 2023, le sol du Venezuela renfermait environ 303 milliards de barils de pétrole, soit environ 17 % des réserves mondiales, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Les États-Unis possèdent des infrastructures de raffinage très performantes et ont construit des raffineries sur la côte du Golfe du Mexique entre 1990 et 2010, pour un coût total d’environ 110 milliards de dollars.
C’est la plus grande réserve de pétrole au monde. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), le sous-sol vénézuélien contenait en 2023 environ 303 milliards de barils, représentant environ 17 % des réserves mondiales.
Donald Trump a annoncé, après l’opération militaire contre le président Nicolas Maduro, qu’il permettrait aux compagnies pétrolières américaines d’exploiter ces réserves de brut, précisant que l’embargo américain sur le pétrole vénézuélien demeurait en vigueur pour le moment.
« Nos très grandes compagnies pétrolières américaines, les plus importantes au monde, vont se rendre sur place, dépenser des milliards de dollars, réparer les infrastructures gravement endommagées […] et commencer à générer des revenus pour le pays », a déclaré le président américain lors d’une conférence de presse en Floride.
### Un taux de viscosité très important
Cependant, ce pétrole vénézuélien est de qualité inférieure et parfois difficile à extraire. « La sédimentation et la biodégradation bactérienne – qui consomme les hydrocarbures légers (alcanes), concentrant ainsi les composés lourds (asphaltènes, résines) et les métaux (vanadium, nickel) – entraînent des variations de qualité pétrolière d’une zone à l’autre », explique à *20 Minutes* le compte GeoTales, spécialiste en géologie. « Au Venezuela, le pétrole est extrait de la région de l’Orénoque, où le processus de décomposition bactérienne est très ancien, produisant un pétrole extrêmement lourd. Ce n’est pas qu’il soit médiocre, mais il n’est pas considéré comme noble en raison de son taux de viscosité, supérieur à celui des autres pétroles. Il n’est donc pas idéal pour la fabrication d’essence, mais convient pour le bitume. On peut également en produire du gas-oil, qui exige un raffinage moins élaboré. »
Ce n’est pas tout. « Cette viscosité engendre également des difficultés pour le transport par pipeline, car cela nécessite une dilution avec de l’ultraléger, notamment du pétrole nigérian », ajoute GeoTales. « Enfin, le pétrole vénézuélien présente une teneur en soufre très élevée (jusqu’à 3-5 %), ce qui le classe comme « acide », entraînant la dégradation des infrastructures, qui ont très peu été entretenues ces dernières années au Venezuela. »
### Les États-Unis bénéficient d’« une concentration unique au monde de raffineries »
Dès lors, on peut s’interroger sur l’intérêt des États-Unis, déjà premiers producteurs de pétrole mondial, pour ce brut vénézuélien. « Bien que la qualité soit moyenne, ce qui augmentera les coûts de raffinage, la principale motivation pour les États-Unis, ce sont les volumes de ces réserves », souligne Bertrand Keppenne, chef économiste de la banque belge CBC. « La volonté de Trump est clairement de rendre les États-Unis totalement indépendants sur le plan énergétique, et étant proénergies fossiles, il cherche à accéder à ces réserves. »
Par ailleurs, les États-Unis disposent largement des moyens pour utiliser ce pétrole extra-lourd, grâce à leurs infrastructures de raffinage performantes, à l’instar de la Chine, de l’Inde, de la Corée du Sud, de la France et des Pays-Bas. « Ils bénéficieront d’une concentration unique de raffineries sur la côte du Golfe du Mexique, construites entre 1990 et 2010, pour un coût total d’environ 110 milliards de dollars. »
### « Très peu de retombées à prévoir pour les habitants du Venezuela »
Dans ce contexte, « il est très probable qu’il y ait une spoliation du pétrole vénézuélien par les Américains, avec très peu de retombées pour les habitants du Venezuela », analyse Bertrand Keppenne.
Le chef économiste de la banque belge précise cependant que les compagnies pétrolières américaines « ne pourront pas commencer à exploiter ce pétrole avant quatre à cinq ans », notamment en raison des investissements nécessaires en amont. Le principal défi sera de relancer la production, qui, après avoir dépassé les trois millions de barils par jour au début des années 2000, n’a cessé de chuter ces dernières années.
« Les infrastructures du Venezuela, qui ont été nationalisées, sont dans un état déplorable, et la production actuelle est estimée à un million de barils par jour », souligne Bertrand Keppenne. Cela reste loin des principaux producteurs mondiaux, tels que les États-Unis (environ 19 millions de barils par jour), l’Arabie Saoudite (environ 11 millions) et la Russie (environ 10 millions).

