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Venezuela : La capture de Nicolas Maduro a-t-elle fuité ?

Des utilisateurs anonymes de Polymarket ont empoché des sommes à six chiffres en misant sur la chute de Nicolas Maduro juste avant l’intervention américaine au Venezuela. En France, les paris sur le site sont interdits depuis fin 2024.


La guerre peut être particulièrement lucrative, parfois bien au-delà des zones de conflit. Quelques heures avant l’intervention américaine au Venezuela, des utilisateurs anonymes de Polymarket, une plateforme décentralisée de paris en cryptomonnaies sur des événements politiques et géopolitiques, ont réalisé des gains à six chiffres en pariant sur la chute de Nicolas Maduro. Cette situation alimente de nouveaux soupçons de délit d’initié sur les réseaux sociaux et dans les communautés crypto.

Polymarket, lancé en 2020, permet de parier en cryptomonnaies sur des événements du monde réel, souvent controversés, tels que des élections, des conflits internationaux, des annonces de prix Nobel, ou des lancements de produits technologiques. Ces marchés cherchent à agréger des prévisions, transformant des opinions en probabilités économiques. Toutefois, ce modèle soulève des préoccupations lorsqu’il est associé à des informations qui pourraient ne pas être accessibles au public.

Récemment, une série de paris bien placés a révélé ces tensions. Un nouveau compte, créé fin décembre, a misé plus de 30.000 dollars (environ 25.700 euros) sur la théorie selon laquelle Maduro quitterait le pouvoir avant la fin janvier. Alors que la probabilité de cet événement était d’environ 6 %, ces paris ont explosé à la suite de l’action militaire américaine, générant plus de 400.000 dollars (environ 342.000 euros) de profit pour ce portefeuille. Deux autres comptes récemment créés et suspectés par certains internautes ont également réalisé des gains de 145.000 et 75.000 dollars sur les mêmes résultats politiques.

Ces opérations ont attiré l’attention des observateurs : le timing exceptionnel, l’absence d’historique de trading et la concentration des mises sur des marchés liés à cet événement soulèvent de sérieux doutes sur une possible utilisation d’informations confidentielles. Dans un cadre traditionnel de marché financier, de telles transactions pourraient déclencher des enquêtes pour délit d’initié, terme qui désigne l’exploitation d’informations non publiques pour obtenir un avantage sur le marché. Cependant, à ce stade, ces soupçons demeurent impossibles à prouver.

Ce n’est pas la première fois que des communications de l’administration Trump suscitent des soupçons de délit d’initié sur les marchés. Le 10 octobre, un utilisateur de Reddit avait déjà remarqué qu’un trader anonyme avait réalisé une opération de vente massive de Bitcoins pour l’équivalent de 170 millions d’euros. Trente minutes plus tard, le président américain annonçait des droits de douane à 100 % sur les échanges avec la Chine, entraînant un effondrement du marché des cryptomonnaies. Lors de la première imposition de droits de douane, en avril, les marchés financiers étaient suspendus aux annonces de l’administration Trump. À ce moment-là, la sénatrice Elizabeth Warren avait écrit à la SEC, la Securities and Exchange Commission, pour demander une enquête sur des tentatives éventuelles de délit d’initié. Pire encore : Donald Trump n’a pas caché que les compagnies énergétiques américaines avaient été averties à l’avance de l’attaque contre le Venezuela.

Cependant, ce phénomène ne se limite pas à la géopolitique. À l’automne dernier, plusieurs marchés concernant les tendances de recherche Google en 2025 ont vu un compte appelé « AlphaRaccoon » amasser près d’un million de dollars en prédisant presque à la perfection l’ordre final des personnalités les plus recherchées, un résultat statistiquement improbable qui a également donné lieu à des accusations de trading sur informations internes ou d’accès à des fuites avant publication. Des cas similaires ont été observés dans d’autres domaines : avant l’annonce du prix Nobel de la paix 2025, certains comptes ont massivement parié sur une candidate avant que l’information ne soit rendue publique, entraînant une enquête des autorités norvégiennes sur une possible fuite d’informations.

Ces épisodes mettent en lumière une faiblesse fondamentale des marchés prédictifs comme Polymarket, qui opèrent souvent dans une zone grise réglementaire. Depuis quelques années, la plateforme cherche à obtenir une reconnaissance des autorités américaines, notamment à travers une licence de marché supervisée par la Commodity Futures Trading Commission (CFTC). Toutefois, les règlements actuels ne traitent pas spécifiquement des risques de délit d’initié dans ce type d’environnement crypto, où les utilisateurs opèrent sous pseudonymat. En France, les paris sur le site sont interdits depuis fin 2024.

Pour l’instant, Polymarket n’a pas publié de réponse publique détaillée concernant ces incidents. La plateforme rappelle généralement que ses marchés reflètent les anticipations collectives. Sur Polymarket, l’information a une grande valeur, encore faut-il savoir qui y a accès.