Venezuela : Emmanuel Macron a-t-il protégé Donald Trump en évitant de condamner l’enlèvement de Maduro ?
Emmanuel Macron a réagi sur X samedi soir à l’enlèvement de Nicolás Maduro par les forces américaines, indiquant que « le peuple vénézuélien est aujourd’hui débarrassé de la dictature de Nicolás Maduro et ne peut que s’en réjouir ». La porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a rapporté que la « méthode utilisée » par les Etats-Unis pour capturer Nicolas Maduro n’est « ni soutenue ni approuvée » par la France.
Une position qui suscite de vives critiques. Emmanuel Macron a réagi sur X samedi soir à l’enlèvement de Nicolás Maduro par les forces américaines quelques heures plus tôt. « Le peuple vénézuélien est aujourd’hui débarrassé de la dictature de Nicolás Maduro et ne peut que s’en réjouir », a-t-il déclaré. Le président français a aussi plaidé pour une « transition […] pacifique, démocratique et respectueuse de la volonté du peuple vénézuélien ». A aucun moment, Emmanuel Macron n’évoque dans son message l’intervention militaire des États-Unis en dehors du cadre international. Ce silence a entraîné de vives critiques. Pourquoi ce choix ?
Une réaction en deux temps. « La prise de position de Macron n’est pas la voix de la France. Il nous fait honte. Il abandonne le droit international », a notamment réagi Jean-Luc Mélenchon, le leader de la France insoumise. Les critiques se sont intensifiées lorsque le message d’Emmanuel Macron a été republié avec satisfaction par le président américain sur son propre réseau social. « La France n’est pas un État vassal des USA et notre président ne peut pas se comporter comme un simple porte-parole de la Maison-Blanche », a aussi regretté Olivier Faure, le Premier secrétaire du Parti socialiste. Ce manque de fermeté a également surpris au sein du camp présidentiel. « Qu’est-ce qu’on va dire quand Donald Trump viendra faire l’assaut du Groenland ? », a notamment réagi l’eurodéputée Renew Nathalie Loiseau dans Libération dimanche.
Face à la controverse, le chef de l’État a tenté de corriger le tir ce lundi, lors d’un Conseil des ministres. La « méthode utilisée » par les États-Unis pour capturer Nicolás Maduro n’est « ni soutenue ni approuvée » par la France, a rapporté Maud Bregeon, la porte-parole du gouvernement. Pourquoi le chef de l’État a-t-il alors omis cette atteinte au droit international dans sa première réaction ? Maud Bregeon a renvoyé à la déclaration du ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot samedi après-midi, qui avait estimé que « l’opération militaire ayant conduit à la capture de Nicolás Maduro contrevient au principe de non-recours à la force qui fonde le droit international. »
« La communication du Quai d’Orsay et de l’Élysée forme un tout. Il n’y a pas de dissonance. Jean-Noël Barrot n’est pas un ministre de cohabitation, et sa communication avait, évidemment, été vue, concertée et validée par le président de la République », a affirmé la porte-parole du gouvernement. « La voix de la France, c’est celle de Barrot, puis celle du président, qui la complète après la conférence de presse de Donald Trump samedi », a ajouté auprès de 20 Minutes l’ancienne ministre et députée Ensemble Anne Genetet.
Le dossier ukrainien. « La position équilibrée française repose sur ces deux jambes : c’est une bonne chose que Maduro soit écarté, mais la manière de le faire n’est pas acceptable », analyse la députée européenne Renew Fabienne Keller. « Ces deux jambes se sont peut-être exprimées séparément samedi… Mais la clarification faite par le président Macron permet de retrouver cet équilibre », précise-t-elle.
Emmanuel Macron a-t-il choisi de « préserver » Donald Trump pour privilégier le dossier ukrainien ? « Il a préféré ne pas surréagir car il a craint, à un moment donné, d’irriter Donald Trump, estimant devoir mener un combat qu’il juge plus important, celui de l’Ukraine. Mais ne pas réagir à ce qui se passe au Venezuela, c’est s’affaiblir dans la négociation sur l’Ukraine », a regretté dimanche l’ancien Premier ministre Dominique de Villepin sur BFMTV.
« Il est évident que les différents sujets internationaux sont liés, mais la question n’est pas d’irriter ou non Donald Trump, c’est de garder une ligne diplomatique cohérente, et c’est ce que fait la France », a rétorqué Anne Genetet. Un sommet de la « coalition des volontaires » est prévu mardi à Paris et réunira 35 pays, dont les États-Unis, pour tenter de trouver des garanties de sécurité en Ukraine.

