Vendée Globe : « Le bateau est plus fatigué que le marin »… Comment Thomas Ruyant gère l’usure à une semaine de l’arrivée?

Plus qu’une semaine de route pour Thomas Ruyant et LinkedOut — LinkedOut

  • Thomas Ruyant est toujours aux avant-postes de la flotte du Vendée Globe.
  • Mais à une semaine de l’arrivée, la fatigue se fait ressentir.
  • « Un jour en mer en vaut deux sur terre », explique le skippeur sur LinkedOut.

« On voit des bonnes gueules de marin cassées en mer. » La formule imagée que l’on doit à Vincent Riou au détour d’une discussion sur l’état des marins à une époque où la tête de flotte du Vendée Globe attaquait le cap Horn, reste d’actualité. Plusieurs milliers de milles au Nord, les visages n’ont pas fini de se creuser pour les leaders engagés dans une lutte interminable depuis deux mois et demi. L’aspect régate de la course a beau tenir en haleine, ça ne suffit plus.  Thomas Ruyant​ sur LinkedOut peut en témoigner. « Je suis crevé, souffle le Nordiste. Quand je me vois, je me rends compte que j’ai les traits tirés. Il y a une fatigue profonde qui s’est installée et c’est encore plus vrai avec une arrivée comme ça. Un jour en mer en vaut deux sur terre. »

Peut-être même plus après le passage du dernier des trois caps, que beaucoup assimilent à tort à un retour à la maison avant de sombrer dans la déprime la plus totale en se rendant compte qu’il reste 7.000 milles à avaler pour rejoindre la Vendée. « On m’avait prévenu en amont que souvent, on pouvait arriver au cap Horn en se disant que c’était la délivrance, rassure le Dunkerquois. Mais j’ai réussi à avoir les idées claires et à me concentrer sur la route. »

Du sommeil avant un final musclé

Pour survivre trois mois en mer il n’y a pas de secret : il faut boire, manger et donc dormir. Garder un sommeil régulier est primordial pour permettre à un corps bien cabossé de supporter les dernières manœuvres avant d’arriver à bon port aux Sables-d’Olonne. Heureusement pour Thomas Ruyant, l’Atlantique ne réserve pas que son capricieux pot au noir aux marins qui le traversent. Cette semaine, la tête de flotte a profité d’alizés bien établis et des longs bords qui vont avec. Concrètement, ça signifie une mer « plate », du beau temps et des plages horaires pour faire dodo – avec option bronzette. Ruyant, au rapport : « J’ai plutôt bien récupéré ces derniers jours même si ça reste relatif. On a du temps pour s’allonger, pour avoir des longues siestes. C’est maintenant qu’il faut se reposer, parce que sur les toutes dernières manœuvres techniques sur les deux, trois derniers jours, il faudra être en forme et lucide sur les derniers choix à bord. »

La lucidité, parlons-en. Car, contrairement à ce qu’on pourrait croire, une erreur à ce stade de la course n’est pas qu’affaire de trajectoire ratée ou de perte de vitesse. Il en va aussi de l’intégrité d’un bateau également au bord du burn-out.

« Il faut de la lucidité dans la manœuvre, nous disait Vincent Riou, début janvier. Car le problème de la navigation sur des gros bateaux, c’est qu’il faut enchaîner beaucoup de manœuvres de manière assez machinale. Dès que tu fais une erreur de manœuvre, tu peux générer de la casse et cette casse est toujours un peu lourde à assumer parce que tout est gros, tout est lourd, c’est des grosses pièces. Donc c’est plus de conséquences et plus de fatigue. »

Thomas Ruyant est bien placé pour en parler : il a dû amputer son foil tribord sur la descente de l’Atlantique et du se démener pour réparer une voie d’eau dans les mers du sud. « Ça plus mes problèmes de girouette et de hook, c’est de loin ce qui m’a le plus crevé sur ce tour du monde. Je fais donc en sorte d’être au maximum à l’écoute de mon bateau pour le ramener intègre. Tous les jours par exemple j’arrête le bateau 5-10 minutes pour aller la voir la structure, avoir un check visuel. Les voiles commencent à être usées, les cordages aussi, il y a des grincements et des couinements qu’on n’entendait pas au départ. Le bateau est plus fatigué que le marin. »

Fatigue et frustration

Moins fatigué mais fatigué quand même, le skippeur. Les stigmates d’un tour du monde sont physiques et psychologiques si bien que, comme le dit Michel Desjoyeaux, les marins passent en mode sans filtre sous le coup de l’usure. « Plus on est fatigué de la mer, plus on est sincère et moins on cache ses frustrations. » Celles du skippeur nordiste concernent la perte prématurée de ce foil tribord dont il aurait bien besoin en ce moment.

« La situation de course n’est pas simple pour moi. C’est un long tribord favorable aux foilers, et je n’en suis plus un. Moralement c’est compliqué parce que je peux difficilement rivaliser avec les foilers plus ronronnants qui m’entourent. On sent que c’est la fin de course et j’ai un déficit de puissance, alors j’essaye de faire une belle trajectoire. » A une semaine de l’épilogue, tous les moyens deviennent bons pour gratter du temps. Pour la gagne. Et pour retrouver au plus vite un vrai lit. Trois mois sans une nuit de sommeil, ça commence à faire beaucoup.

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20 secondes de contexte

Partenaire de Thomas Ruyant lors de la Transat Jacques-Vabre en octobre 2019, 20 Minutes continue d’accompagner le skipper nordiste sur le Vendée Globe 2020.

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