Variole du singe : Non le directeur de l’OMS n’est pas allé à l’encontre du Conseil scientifique en déclarant l’urgence internationale

La variole du singe serait-elle moins dangereuse que ce que prétendent les autorités sanitaires ? C’est en tout cas ce qu’affirment des internautes. « Le directeur de l’OMS a classé l’épidémie en urgence internationale contre l’avis du Conseil scientifique », écrit l’un d’eux. « Depuis quand une personne peut décider seule de ce qui est une urgence ? Le Conseil scientifique n’est-il pas plus qualifié que l’ancien ministre des Affaires étrangères de l’Éthiopie ? », se questionne un autre.

L’Organisation mondiale de la santé a déclenché son plus haut niveau d’alerte concernant la variole du singe, le 23 juillet. C’est son directeur général, Tedros Adhanom Ghebreyesus, qui l’a annoncé lors d’une conférence de presse. « J’ai décidé de déclarer une urgence de santé publique de portée internationale [USPPI] », a-t-il annoncé, précisant que le risque dans le monde était relativement modéré à part l’Europe où il est élevé. Près de 17.000 personnes étaient frappées par la maladie dans 74 pays.

Tedros Adhanom Ghebreyesus a-t-il vraiment été contre l’avis du Conseil scientifique de l’OMS pour déclarer l’urgence internationale ? 20 Minutes fait le point.

FAKE OFF

Plusieurs internautes affirment s’appuyer sur un article publié par Reuters. Celui-ci indique que « s’il a pour habitude de suivre les recommandations des experts de l’OMS, [Ghebreyesus] aurait décidé de se prononcer en faveur du plus haut niveau d’alerte par inquiétude à l’égard de la rapide multiplication des cas et du manque de stock de vaccins et traitements ». Il est également possible d’y lire : « Neuf membres du comité d’experts qui s’est réuni jeudi étaient contre cette qualification, et six en faveur. »

Une première réunion s’est tenue le 23 juin, et onze des quatorze membres se sont prononcés contre la classification comme USPPI de la variole du singe. Au vu de l’évolution du nombre de cas, une seconde réunion s’est tenue un mois plus tard. C’est alors que neuf se sont exprimés contre la déclaration de l’urgence, contre six qui étaient pour.

Cependant, comme l’a rappelé le directeur général lors de la conférence de presse, il ne s’agit pas de votes à proprement parler. « C’est ce qu’on appelle en français un tour de table : ils vérifient quelle est la position de la majorité, pour déterminer où va la discussion », a expliqué Tedros Adhanom Ghebreyesus. Le comité n’a donc aucun pouvoir décisionnaire et est seulement là pour donner un avis.

Ainsi, le directeur a estimé que puisqu’il n’y avait pas de position unique, ce qui a été confirmé dans la déclaration officielle, il lui revenait de trancher. « A l’issue de la journée, le conseil émet des recommandations et c’est ma responsabilité de l’accepter ou pas », a-t-il justifié.

Et c’est bien ce que stipule le règlement sanitaire international : « Le Comité d’urgence […] établit un rapport succinct de ses débats et délibérations dans lequel il fait figurer ses avis sur d’éventuelles recommandations. […] L’avis du Comité d’urgence est communiqué au directeur général pour examen. Le directeur général décide en dernier ressort. » Il ne s’agit donc en aucun cas d’une décision prise à l’encontre du comité scientifique par le directeur lui-même. La classification comme urgence de santé publique de portée internationale de la variole du singe s’est uniquement faite selon la procédure en vigueur.