Var : Un adolescent jugé pour avoir tué le père d’un ami à sa demande

Un homme tué à la demande de son propre fils, par son amoureux secret, sur fond d’héritage, dans une villa cossue de Draguignan. Ce lundi, la cour d’assisesdes mineurs du Var se penche sur le meurtre d’un quinquagénaire survenu en avril 2020, commandité par son adolescent alors âgé de 15 ans. 20 Minutes revient sur cette audience jugée à huis clos.

Quels sont les faits ?

Le 24 avril 2020, les policiers se rendent dans une grande villa du quartier chic des Teissonnières à Draguignan, à la demande du jeune K., alors âgé de 15 ans. La France est alors en plein confinement. Dans le garage de la maison familiale, les forces de l’ordre retrouvent sur un vélo d’appartement le père de l’adolescent, mort d’une balle dans la tête. La victime, âgée d’une cinquantaine d’années, vivait dans cette maison cossue avec son fils et sa nouvelle compagne. Il était également propriétaire de plusieurs autres biens immobiliers.

Interrogé par les enquêteurs, le jeune K. explique avoir entendu un coup de feu et avoir tenté ensuite de prendre la fuite. Peu convaincus par ces déclarations, les policiers décident de placer l’adolescent en garde à vue. Et lors des fouilles de sécurité, les forces de l’ordre vont faire une découverte pour le moins inattendue. Dans la poche du pantalon du garçon se trouve une lettre manuscrite, écrite à l’encre rouge, indiquant : « Si vous le tues, je avais la maison et tout le reste ». Une lettre signée par l’adolescent lui-même. Peu après les faits, la compagne de la victime retrouve dans la chambre de son beau-fils une autre feuille de papier, avec un message : « Si vous le tuer, vous avez 2.000 euros et y aura pas de problèmes avec les condés, vous inquietter pas mais je veux qu’il soit mort ».

Interrogé, un voisin atteste avoir aperçu K. en compagnie d’un autre adolescent le jour des faits. Ce dernier, E., est rapidement identifié par les forces de l’ordre et arrêté. Devant les enquêteurs, E., alors âgé de 17 ans, avoue aux enquêteurs le lendemain de l’assassinat avoir tué le père de K. à sa demande.

Quel est le mobile du fils de la victime ?

Au moment des faits, K. vit avec son père depuis trois ans. Ses parents se sont séparés alors qu’il n’avait que six mois. D’abord confié à sa mère, le jeune homme vit avec son père en raison d’une adolescence difficile et rebelle. Les enquêteurs découvrent que, depuis près d’un an, l’adolescent avait démarché plusieurs commanditaires dans son entourage pour tuer son père contre une importante somme d’argent, contrat à l’appui, mais sans que la démarche jamais n’aboutisse.

K. évoque pour la première fois son plan à E. le jour de l’annonce du confinement par Emmanuel Macron. Il affirme être victime de violences de la part de son père, ce que ses proches démentent. K. promet à E. 230.000 euros en guise de récompense, soit la moitié du prix de la maison auquel son père projetait de la vendre. K. fournit par ailleurs à E. le revolver qui se trouve au domicile familial.

« Plusieurs mobiles ont été alternativement avancés par le mis en examen, des violences de la part du père ou encore l’appât du gain dans la perspective de l’héritage », peut-on lire dans l’ordonnance de mise en accusation. Interrogée par les enquêteurs, la belle-mère de K. souligne la vénalité de l’adolescent, qui affirmait à ses proches imaginer vouloir beaucoup d’argent sans avoir besoin de travailler. K. a été condamné en mai dernier à quinze ans de réclusion criminelle.

Et quel est le mobile de E., jugé ce lundi ?

Au moment des faits, E. connaît K. depuis cinq ans. Devant les enquêteurs, l’adolescent explique avoir dans un premier temps trouvé la proposition de son ami de tuer son père folle et choquante. « Puis K. l’a harcelé quotidiennement pour lui demander encore et encore de passer à l’acte, peut-on lire dans l’ordonnance de mise en accusation. Il a commencé à changer d’avis lorsque K. lui a annoncé qu’il y avait 460.000 euros en jeu. Il reconnaissait que l’appât du gain avait joué, mais qu’il l’avait surtout fait car K. lui disait qu’il était violenté par son père et qu’il voulait le protéger. »

« Mon client a une certaine fragilité psychologique que son ami a pu exploiter, affirme Me Laurent Latapie, avocat de E. Il se sentait un peu seul, encore plus pendant cette période de confinement. C’est un homme assez simple, pour ne pas dire simplet. C’est un garçon qui ne sait pas dire non. Il nourrissait aussi des sentiments un peu amoureux pour lui. Il lui avait promis qu’après ça, ils partiraient tous les deux en Belgique. » Cette attirance pour K. aurait motivé en partie E. qui, au dernier moment, selon son avocat, aurait renoncé à son acte. « Mais il a tué la victime en poussant le chien [pièce qui sert à percuter l’amorce d’une cartouche d’une arme à feu] », rapporte Me Laurent Latapie. Le procès durera jusqu’à mercredi.