Vaccination : Mais comment va-t-on pouvoir écouler les doses d’AstraZeneca ?

Des flacons vides de vaccin d’AstraZeneca contre le Covid-19. — SOPA Images/SIPA
  • Selon le ministère de la Santé, environ 70 % des doses d’AstraZeneca trouvent preneurs actuellement. Preuve que la confiance dans ce vaccin contre le Covid-19 est durablement entamée.
  • Or, deux millions de doses viennent d’arriver en France. Et si ces flacons restent dans les frigos, le calendrier vaccinal ambitieux du gouvernement risque d’être intenable.
  • Pour renouer la confiance, certains proposent plusieurs pistes. « 20 Minutes » en détaille certaines.

Gabriel Attal l’a réaffirmé dimanche : le gouvernement entend tenir son calendrier ambitieux. A savoir 20 millions de primo-vaccinés au 15 mai, 30 millions au 15 juin. Un timing réaliste  si l’on en croit le patron de Doctolib, partenaire du ministère de la Santé pour la prise de rendez-vous, en ville comme dans les 1.800 centres du territoire. Car les doses arrivent, les plateformes sont en ordre de marche, les soignants autorisés à vaccinés sont nombreux et prêts… A condition de lever, encore et toujours, les craintes sur l’  AstraZeneca.

Des millions de doses à écouler

Avec ce sérum, c’est presque l’impasse. En effet, depuis le 19 mars, la vaccination avec AstraZeneca est limitée aux plus de 55 ans. Même pour celles et ceux qui ont déjà eu une première injection avec, ils doivent se tourner vers Pfizer ou Moderna pour la seconde. Certes, il resterait environ 5 millions de Français de plus de 55 ans à vacciner, mais d’ici à quelques semaines, ce contingent devrait avoir nettement diminué. Et alors que seulement 75 % des doses d’AstraZeneca trouvent aujourd’hui preneurs, la France a reçu cette semaine 2 millions de ces flacons. Selon le ministère des Finances et de la relance, au total, 36 millions de doses sont attendues d’ici à décembre 2021.

« Il est certain que pour écouler ces doses, il va falloir vacciner davantage, reconnaît le ministère de la Santé. Donc augmenter l’adhésion à AstraZeneca. Mais on sent un frémissement positif. On voit qu’il y a une dynamique de commandes de la part des professionnels de santé : ils ont des listes d’attente, des volontaires. » Sans cacher que, selon les professions, le taux d’écoulement varie beaucoup : 15 % pour les infirmiers (sur 100 doses reçues, 15 sont utilisées), 75 % pour la médecine de ville et 90 % en pharmacie. Pour éviter gâchis et nouveaux retards, le gouvernement doit donc trouver des pistes pour renouer la confiance envers AstraZeneca.

Assurer et bien répartir les livraisons

« La réticence, on la sent depuis un moment dans nos cabinets, confirme Luc Duquesnel, généraliste en Mayenne. Ici, les généralistes, les pharmaciens, les infirmières, nous mettons nos doses en commun et arrivons à vacciner 200 à 300 patients par semaine. Mais c’est énormément de travail de persuasion ! » Beaucoup accusent les médias d’avoir trop insisté sur des cas rares de thromboses (caillots sanguins) atypiques. Depuis le 19 mars, l’Agence nationale du médicament a répertorié 28 cas de thromboses, dont 8 décès… sur 3,6 millions d’injections en France d’AstraZeneca. Les Français ont actuellement 0.0002 % de risque de mourir d’une thrombose post-vaccination avec le sérum suédo-britannique.

Un chiffre qui doit revenir souvent dans les cabinets où l’on vaccine. Car le gouvernement compte sur les généralistes, les infirmières, les sages-femmes et les pharmaciens, qui vaccinent en ville exclusivement avec ce vaccin, pour rassurer les patients. Le problème – qui perdure –, c’est que les doses ne sont pas toujours bien réparties. « Renouer la confiance, ce serait déjà assurer les livraisons, s’agace Matthieu Calafiore, généraliste en banlieue lilloise. Ma commande du 19 avril n’est toujours pas honorée ! Je ne sais même pas si je vais pouvoir faire la deuxième injection à mes patients. Ils se disent : « Qu’est-ce qu’on nous cache ? » »

Il assure que si le temps de la pénurie est derrière nous, celui des lourdeurs bureaucratiques reste d’actualité. Pour preuve : les centres où les doses débordent ne peuvent pas donner leur surplus aux généralistes… « Pourtant les patients qui doutent font confiance à leur généraliste, insiste ce médecin, membre du collectif Du côté de la science. Un couple est venu se faire vacciner le samedi où toutes les histoires de thromboses commençaient à sortir. J’ai passé vingt minutes à expliquer les bénéfices, les risques ; ces patients-là sont vaccinés. La complémentarité entre centres et ville n’existe que sur le papier. »

Revoir la communication

Le gouvernement doit-il revoir sa copie côté communication ? C’est l’une des recommandations publiées lundi par le collectif citoyen sur la vaccination : organiser une communication ciblée par tranches d’âges et positive. « Il faut communiquer sur les bénéfices, sur le fait que la protection individuelle va entraîner une protection générale, assure Gilles, membre des 35 citoyens tirés au sort. Et cibler l’intérêt des gens de plus de 50 ans : se retrouver entre amis, voyager… » Un travail au ministère de la Santé est justement en cours pour réaliser une campagne visant les plus de 55 ans.

« On a besoin d’une vraie campagne pédagogique avec des messages clairs, reprend Matthieu Calafiore. Expliquer que le risque de thrombose, rien qu’en fumant, en prenant l’avion, est bien plus important. Pourquoi ne pas imaginer une émission médicale à une heure de grande écoute pour expliquer le principe des vaccins ? Et insister sur le soutien générationnel : on a tous un rôle à jouer et celui des plus de 55 ans, c’est peut-être de choisir l’AstraZeneca. » Afin de libérer les doses des autres vaccins pour les plus jeunes. Mais Gilles doute que ce message sur la solidarité intergénérationnelle fonctionne : « les Français sont trop individualistes. »

Donner l’exemple

Autre piste : ouvrir la vaccination avec AstraZeneca aux moins de 55 ans. Olivier Véran a d’ailleurs saisi la Haute Autorité de Santé, qui devrait, selon le ministère, rendre son avis dans les prochains jours. « Ce serait une façon de ne pas accumuler de stock et de respecter le calendrier, assure Luc Duquesnel. D’autres pays le font. Ces thromboses sont extrêmement rares et ne concernent pas que des gens de moins de 55 ans. » L’ANSM précise en effet dans son dernier bulletin que « les nouveaux cas concernent des patients avec une moyenne d’âge de 64 ans ». « Il n’y a pas de raison scientifique indiscutable d’avoir mis la barre à 55 ans », renchérit Matthieu Calafiore.

« Si les élus se faisaient vacciner de façon massive avec de l’AstraZeneca, cela servirait d’exemple, suggère de son côté Luc Duquesnel, président de la branche généralistes de la Confédération des Syndicats Médicaux Français. Je pense qu’ils sont assez nombreux à avoir plus de 55 ans, surtout au Sénat ! »

Pas forcément la meilleure idée, selon Gilles. « Beaucoup de Français n’ont plus confiance dans les politiques. Mieux vaut faire parler des spécialistes de la vaccination, mais aussi des gens qui ont été vaccinés avec de l’AstraZeneca. » Lesquels pourraient expliquer pourquoi ils ont fait ce choix et quels effets secondaires ils ont ressenti. Pour ce sexagénaire, les choses sont claires. « Quand j’ai rejoint le collectif citoyen, je n’étais pas pour le vaccin, reconnaît-il. Maintenant, je pense qu’on ne pourra pas faire autrement. Et la semaine prochaine, je vais m’inscrire pour recevoir l’AstraZeneca. »

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