Vaccination : Attente, annulation… Pour de nombreux Français prioritaires, la prise de rendez-vous vire au casse-tête

Illustration d’un vaccin AstraZeneca. — ELIOT BLONDET-POOL/SIPA
  • Jean Castex l’a assuré jeudi soir : le gouvernement ambitionne bien d’ouvrir la vaccination aux plus de 65 ans mi-avril et d’avoir vacciné tous les adultes qui le souhaitent d’ici à la fin de l’été.
  • Si les plateformes de rendez-vous se disent optimistes et les chiffres grimpent, de nombreux Français, pourtant prioritaires, attendent toujours leur tour.
  • Organisation déficiente, difficulté pour les personnes âgées peu à l’aise avec le numérique, rendez-vous annulés… Certains ont confié à 20 Minutes leur parcours du combattant. Qui pourrait s’améliorer dans les prochaines semaines, à condition que la France reçoive les doses promises par les laboratoires.

« Depuis plusieurs semaines, j’essaie d’avoir un rendez-vous pour la première injection du vaccin sur Doctolib, et chaque fois on me dit que c’est complet, explique Marlène, 82 ans, une internaute qui a répondu à notre appel à témoignages. J’en ai parlé à mon généraliste, qui m’a conseillé d’appeler le centre de vaccination. Et là, un répondeur me dit de prendre rendez-vous via Doctolib… »

La France prend des airs d’« Absurdistan » ces derniers temps. Car certains citoyens, pourtant prioritaires, ont beau se démener pour se faire vacciner contre le Covid-19… Ils font chou blanc.

« Il y a 800 rendez-vous en attente, veuillez essayer de rappeler plus tard »

Le gouvernement assure pourtant avoir réussi à accélérer la cadence. Samedi 13 mars, Jean Castex se félicitait que 5 millions de Français aient bénéficié d’une première injection. Une semaine plus tard, ce chiffre atteint 5,8 millions. Et si certains patients refusent les vaccins contre le Covid-19, nombreux sont ceux qui attendent avec impatience leur tour. Et regrettent que le système soit peu pratique et peu transparent.

Gisèle, 75 ans, tente tant bien que mal de trouver un rendez-vous pour son mari.  « Depuis plus de deux mois, c’est impossible. Nous venons d’avoir une date chez notre médecin pour le 9 avril, « s’il reçoit des vaccins », et nous ne savons pas de quel laboratoire. Les médias nous annoncent des merveilles. Mais les vaccins chez le pharmacien, c’est  » impossible « . Et Doctolib ne propose pas de date, il faut toujours rappeler plus tard. »

Arnaud, un habitant du Pas-de-Calais de 53 ans avec comorbidité, décrit également son parcours du combattant. « J’ai reçu le courrier de la Sécurité sociale le 6 mars me disant que j’étais éligible avec le Astrazaneca. Mon médecin traitant a décidé de ne pas vacciner. Je téléphone donc à la clinique de ma ville, Hénin-Beaumont, précisant avoir le courrier. On me répond que c’est bien, mais qu’il faudra rappeler en avril. J’essaye donc la médecine du travail, qui me répond qu’elle n’est pas encore opérationnelle. Je consulte tous les jours santé.fr , » il y a 800 rendez-vous en attente, veuillez essayer de rappeler plus tard « . Je ne sais plus quoi faire. »

« Nous sommes tous tributaires des doses, on a tous des parents qu’on aimerait amener à la vaccination, se justifie-t-on du côté de Maiia, l’une des trois plateformes, avec Doctolib et Keldoc, sur lesquelles les Français peuvent prendre rendez-vous pour aller dans les centres de vaccination ou en cabinet de ville. Ça dépote : sur notre plateforme, on ouvre tous les jours des créneaux. Quand il n’y en a plus, regardez le lendemain ou le centre d’à côté. » A condition de pouvoir conduire sur plusieurs kilomètres…

Rendez-vous impossibles… ou annulés

Autre cas de figure un poil frustrant : certains obtiennent un rendez-vous mais, surprise, il est annulé à la dernière minute. C’est le cas de Christian, 64 ans, qui devait se faire vacciner ce vendredi 19 mars. « Mon rendez-vous a été annulé par mon généraliste, car pas de livraison cette semaine pour eux ! » Dans les centres de vaccination (avec du Pfizer), « cela reste marginal », nous assure-t-on chez Maiia.

Certains racontent aussi le créneau disponible sur lequel ils ont bondi à 3h du matin devant leur ordinateur. Et les fausses joies. Après avoir interrogé 5 à 6 fois par jour le site de rendez-vous, Daniel, 80 ans, souffrant d’asthme, d’insuffisance respiratoire et d’un cancer, a eu « deux fois de suite « une touche », qui a disparu le temps que je remplisse la fiche idoine de réservation. » Finalement, son médecin lui a obtenu le précieux sésame début mars dans un centre de vaccination à 12 km de son domicile. « Beaucoup d’entre nous sont incapables de faire les démarches informatiques et doivent faire appel à leurs enfants, qui se coltinent ces démarches ingrates, inutiles et frustrantes. »

« Cette organisation est lamentable »

Beaucoup regrettent le fossé entre la communication enthousiaste du gouvernement… et la réalité du terrain. « Depuis janvier, chaque semaine, j’essaye de m’inscrire par Internet, raconte Jean-Michel, 76 ans. Je trouve invariablement ceci : « En raison d’une forte demande et d’un nombre limité de doses, aucun créneau de vaccination n’est disponible dans ce centre ». En même temps, on annonce : « 1.349 vaccinations vont avoir lieu dans les 28 prochains jours ». Qui sont ces personnes et comment arrivent-elles à être vaccinées, puisque, semaine après semaine, on ne prend pas d’inscriptions ? »

« Cette organisation est lamentable, tempête Simone, 88 ans et hémiplégique. Pas la peine de parader avec des évacuations en hélicoptère et en avion pour quelques malades. Mon médecin traitant souhaiterait organiser une tournée de vaccination pour ses patients à domicile, mais rien n’est prévu pour cela. »

Du mieux à venir ?

Une impasse qui risque de durer ? Les choses devraient normalement s’améliorer en avril. D’abord parce que de nombreuses doses sont attendues : 32 millions tous labos confondus si de nouveaux retards ne sont pas annoncés d’ici là. Mais également parce que les créneaux le week-end doivent continuer à se multiplier, ainsi que les lieux pour la vaccination. Et parce que les pharmaciens vont pouvoir commencer à vacciner. « On perçoit une augmentation du nombre de créneaux, notamment liée à des initiatives locales, assure-t-on chez Maiia. Ainsi, à Marseille, le Vélodrome doit vacciner entre 1.000 et 1.500 personnes par jour depuis cette semaine. » D’autres vaccinodromes sont prévus, notamment en Pays-de-la-Loire. Un optimisme partagé par Doctolib, qui assurait il y a quelques semaines que les choses devraient se décanter fin mars. Et qui affiche une augmentation régulière des rendez-vous pris pour la vaccination sur son site.

Reste l’interrogation sur AstraZeneca. Après trois jours de suspension, la Haute Autorité de Santé a décidé ce vendredi de maintenir l’utilisation de ce vaccin pour les plus de 55 ans. Ce qui promet quelques réajustements. Certains renonceront-ils à prendre rendez-vous ? Cela va-t-il libérer des créneaux pour les personnes prioritaires ? « Il faudra attendre quelques semaines avant de voir s’il y a un effet direct sur les réservations », répond-on du côté de Maiia.

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