Vacances : Grèves, attente… Pourquoi prendre l’avion sent très fort la galère cet été ?

Après deux étés à ne rien oser faire hors de France par crainte des restrictions liées au Covid-19, Justin, 30 ans et des envies de voyage plein la tête, avait réservé dès avril son vol pour la Turquie en juillet prochain, bien décidé à rattraper le temps perdu. L’époque des confinements et des fermetures de frontières étant bien loin, la route pour Istanbul semblait enfin dégagée.

Mais voilà que les genoux de ce jeune professeur commencent à claquer sérieusement à l’idée de ce voyage. Loin d’Omicron ou de tout autre variant, les multiples menaces de grève qui planent sur le secteur aérien pour cet été lui donnent des sueurs froides. Visez plutôt : une grève du personnel dans les aéroports de Paris est attendue pour le premier week-end de juillet, EasyJet annonce des annulations drastiques le même mois, de nombreuses compagnies pourraient suivre, et les syndicats de pilotes et de personnels grondent.

« Tout est déréglé »

« L’été risque d’être difficile », valide Thierry Oriol, pilote Air France, membre du bureau exécutif du Syndicat National des Pilotes de Ligne (SNPL) et remonté contre les conditions de travail actuelles. Selon lui, il y aurait un manque d’effectifs dans tout le secteur aérien, et des conditions de travail inadaptées à la très forte reprise du trafic : « Nous gardons les conditions de travail du Covid-19 alors que l’activité est désormais revenue au niveau d’avant pandémie ».

A cause de cette inadéquation, « il y a et il y aura de nombreux dysfonctionnements, dus notamment au manque de personnels et à des attentes plus longues », prévient le pilote syndicaliste : « Que ce soit pour embarquer ou pour quitter l’avion, pour décoller… Tout risque de mettre plus de temps. Il s’agit d’une chaîne complexe, un seul problème, et tout est déréglé. Cela nous arrive de mettre une heure avant de sortir de l’avion une fois qu’on a atterri ».

A la recherche du temps perdu

Interrogé par 20 Minutes, Paris Aéroport se montre un peu plus rassurant : « Il n’y aura pas de scènes de chaos cet été, ni de risque majeur sur le bon déroulé dans nos aéroports. En avril, il nous manquait 4.000 postes pour cet été, ce qui est à peu près le chiffre chaque année. » Tout va bien, donc ? Pas si vite, car Paris Aéroport reconnaît qu’il risque d’y avoir des difficultés de recrutement cette année, à l’instar des galères d’embauches dans les secteurs des services et de l’hôtellerie.

Prudence, donc : mieux vaut ne pas arriver à l’aéroport une demi-heure avant l’embarquement. « Les temps d’attentes pourraient être un peu longs », admet Paris Aéroport, conseillant de venir cet été au moins trois heures en avance, plutôt que deux habituellement. Mais au-delà du manque de personnel, la lenteur serait aussi due à la perte d’habitude des voyageurs. « Après deux ans de pandémie, les gens ont oublié de venir en avance à l’aéroport, d’enlever les liquides des sacs, de retirer les produits électroniques pour le check-in… Tout cela ralentit beaucoup la vie de l’aéroport », poursuit le groupe.

Menace sur le vol

Justin, pas fan de la demi-mesure, a carrément posé sa journée pour le soir de son départ. « Entre les possibles retard sur le RER, l’attente à l’aéroport, les mouvements de grève, ça me semblait plus prudent ». Car même en arrivant trois jours en avance et en plantant sa tente devant Orly, rien ne dit que l’avion décollera. Voilà le deuxième problème : les grèves massives qui pourraient clouer nombre d’appareils au sol. Une première partie a eu lieu le jeudi 9 juin, avec plus d’un quart des vols à Roissy-Charles de Gaulle annulés en raison d’une grève entre 7 et 14h. Marie-Claude Amphoux, conseiller affaire publique chez SNPL, ne nie pas le risque : « Les syndicats de tous les corps de métiers sont en colère. Tous les personnels de l’aérien ont fait des efforts pendant la pandémie, que ce soit salarial – les pilotes ont perdu entre 20 et 30-35 % de salaire – ou en termes de temps de travail, avec la promesse que les choses reviendraient à la normale quand la situation épidémique serait réglé. La reprise est là, sans que rien ne change. » Des préavis de grève ont notamment été déposés au mois d’avril chez Ryanair et Voltea. « C’est tendu dans beaucoup de compagnies, poursuit la syndicaliste, en raison notamment des sous-effectifs ».

Sous-effectif qui pourrait poser un dernier problème de taille : une reprise épidémique du coronavirus est actuellement constatée en France, et devrait atteindre son pic en juillet ou août, selon les projections des épidémiologistes. De quoi mettre nombre de personnels en arrêt de travail.

Alors, le train ?

Vous l’aurez compris, ça sent mauvais. Justin se désespère de voir un jour la Mosquée bleue ou Sainte Sophie : « J’ai déjà pris mes billets et posé mes congés, je vais juste prier fort et espérer que ça passe. » On n’a pas osé demander à Thierry Oriol son pronostic sur le vol de ce pauvre Justin, mais le pilote prévient : « En juillet et août, il va y avoir probablement beaucoup de grèves, et de nombreux avions ne décolleront pas ».

De quoi faire réfléchir Sophie, 27 ans et moins organisée que Justin. Un défaut qui pourrait tourner à son avantage : « Je n’ai pas encore organisé mes congés, et la situation me fait sérieusement réfléchir. On va peut-être partir en France, histoire de prendre le train ou la voiture et de ne pas voir notre vol annulé au dernier moment. En plus, c’est écologique ».