France

Uniforme à l’école : Fin de l’expérimentation lancée en grande pompe ?

La poursuite de l’expérimentation de l’uniforme à l’école ne semble pas envisageable, l’Etat ne devant plus investir dans cette politique à la rentrée 2026. En 2025, seule une centaine d’établissements scolaires avait adopté l’uniforme, avec environ 90 l’année précédente.


C’est une disparition qui n’a pas eu beaucoup d’écho, ni fait l’objet d’une annonce officielle. Et elle n’est d’ailleurs pas encore confirmée. Toutefois, la poursuite de l’expérimentation de l’uniforme à l’école, voire sa généralisation, semble compromise. Tout laisse à penser que l’État ne financera plus cette politique à la rentrée de 2026.

Pour revenir en arrière, c’est le ministre de l’Éducation nationale à l’époque, Gabriel Attal, qui avait annoncé fin 2023 la mise en place d’une « expérimentation d’ampleur » concernant le port de l’uniforme dans diverses collectivités locales, visant à évaluer scientifiquement l’efficacité d’une telle mesure.

Dans les faits, seulement une centaine d’établissements scolaires avaient adopté l’uniforme à la rentrée scolaire 2025, et environ 90 l’année précédente. Cependant, certaines collectivités ont abandonné cette initiative, anticipant un désengagement de l’État accaparé par d’autres priorités budgétaires.

« Nous avons été les premiers à dire oui, nous avons financé, nous avons expérimenté dans deux de nos lycées avec des tenues made in France », a déclaré en mars dernier Renaud Muselier, président de la région Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur. « Mais sans visibilité sur un éventuel soutien de l’État, il aurait été irresponsable d’engager 44 millions d’euros, soit le prix d’un lycée neuf, pour une généralisation dans tous nos lycées régionaux. »

Les discussions autour du budget 2026 ont porté un nouveau coup au projet. Dans le texte discuté jusqu’au 19 décembre 2025, les crédits alloués à l’uniforme avaient quasiment disparu, tout comme la majorité du programme éducatif du Conseil national de la refondation, dont ils dépendaient. Certes, ce projet de budget n’a finalement pas été approuvé et a été remplacé à la fin de l’année par une loi spéciale garantissant la continuité de l’État. Néanmoins, des spécialistes estiment qu’il sera difficile de retrouver une ligne budgétaire pour l’uniforme.

« Je ne donne pas cher de la poursuite de l’aventure, même si rien n’est annoncé officiellement », a déclaré Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU. « Rien n’a été officiellement annoncé », a seulement commenté le service de communication du ministère de l’Éducation nationale.

À gauche, beaucoup se réjouissent d’un éventuel arrêt de cette expérimentation. « C’est une excellente chose de cesser de dilapider des sous pour des lubies alors que nous avons les classes les plus chargées d’Europe, avec des enseignants parmi les moins bien payés et des accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH) sans statut et sous-payés », a commenté Arnaud Bonnet, député LFI et ancien professeur.

« À Metz, en deux ans d’expérimentation, le conseil municipal des enfants n’a jamais été consulté », a déclaré Denis Marchetti, conseiller municipal (Les Écologistes) de la ville. « Comment ne pas voir que l’expérimentation de l’uniforme, cette tenue unique et obligatoire imposée aux enfants au mépris total de leur liberté vestimentaire, et donc de leur liberté d’expression, a été un révélateur flagrant de l’adultisme structurel de notre société ? »

Le sociologue Jean-Claude Kaufmann a répliqué que l’idée de l’uniforme avait été lancée « en 1793 par l’aile la plus révolutionnaire, égalitariste et universaliste des représentants du peuple. » « Et c’est pour sa fonction sociale et inclusive vis-à-vis des plus modestes qu’il est majoritairement plébiscité dans le monde aujourd’hui », a-t-il ajouté. Même si l’expérimentation devait cesser à la rentrée 2026, le sujet continuera de susciter des débats.