Une start-up veut devenir le Bison futé de l’espace pour éviter les collisions dans le grand embouteillage orbital

Plus de 5.400 satellites, civils ou militaires, tournent autour de la Terre. Il n’y en avait que 2.787 fin 2020. Ils doivent qui plus est faire du gymkhana entre les débris spatiaux, au nombre de 36.000 selon les dernières estimations de l’Agence spatiale européenne (ESA), et encore, en ne comptant que ceux qui ont une taille supérieure à 10 cm. C’est dire si la congestion orbitale s’accélère, et les risques de collision avec.

Eviter ces accidents, coûteux pour les opérateurs du spatial, et hypothétiquement dangereux pour ceux qui habitent des centaines ou des milliers de kilomètres plus bas, est la raison d’être de la start-up Share my Space créée en 2017, à cheval entre Paris et Toulouse. Son ambition est de devenir tout bonnement « la première société privée européenne de fourniture de données orbitales », indique-t-elle. En proposant à ses clients un catalogue dynamique « de plus de 100.000 objets orbitaux, soit cinq fois le nombre d’objets catalogués par l’armée de l’Air américaine », cette dernière détenant pour l’heure un quasi-monopole sur le créneau.

Des télescopes synchronisés et au sol

Présentée comme une « pépite » française du NewSpace, la start-up fait partie du consortium* qui vient d’être retenu par le Cnes dans le cadre du plan d’investissement France 2030 pour faire la démonstration « d’un service de fourniture de données de surveillance de l’espace ». Le principal atout dans sa manche est la station d’observation multitélescope (MTOS) qu’elle a inventée et brevetée. « C’est un système de surveillance spatiale à 360 degrés composé de quatre télescopes synchronisés pour une meilleure anticipation des collisions à venir en orbite », détaille une porte-parole. Une surveillance depuis le seul évidemment, il ne s’agissait pas de participer au problème qu’on prétend justement régler.

Share My Space dispose pour l’instant de deux stations en France et installera sa première MTOS au Maroc en février. Elle a besoin de six stations opérationnelles dans le monde pour atteindre les 100.000 objets catalogués, contre 10.000 actuellement. Cette faculté, sur les trois orbites (haute, basse et géostationnaire) est unique en Europe.

Pour l’heure, en plus du Cnes, la jeune pousse a une dizaine clients – agences gouvernementales ou opérateurs privés de satellites – essentiellement basés en Asie. Elle leur envoie « des alertes journalières » sur les risques de collision, « à eux de choisir ensuite s’il faut manœuvrer ».

Une alternative qu’auraient probablement aimé avoir les protagonistes en 2009 quand un le satellite de télécommunication américain Iridium a heurté un satellite militaire russe.

* Avec l’Onera et CS-Group