France

Une juge examine les frais d’hôtel des dirigeants de France Télévisions.

Une juge d’instruction parisienne a été saisie pour enquêter sur des frais d’hôtel de luxe où ont séjourné des dirigeants de France Télévisions, dont la présidente, Delphine Ernotte Cunci, lors du festival de Cannes en mai 2023. Le syndicat national des personnels de la communication et de l’audiovisuel CFE-CGC a déposé une première plainte au parquet en février 2024, puis une plainte avec constitution de partie civile trois mois plus tard.


Une juge d’instruction parisienne a été chargée d’enquêter sur les frais liés à des séjours dans des hôtels de luxe réservés pour des dirigeants de France Télévisions, y compris la présidente Delphine Ernotte Cunci, durant le festival de Cannes en mai 2023. Cette enquête fait suite à des plaintes émises par un syndicat de l’audiovisuel, selon des sources proches de l’affaire, rapportées le mercredi 11 février 2026.

Joint par l’AFP, France Télévisions a déclaré être « parfaitement serein », affirmant qu’« aucun euro d’argent public » n’avait été « dépensé » pour ces hébergements. Toutefois, une information judiciaire a été ouverte pour détournement de biens publics et abus de biens sociaux, comme l’a confirmé l’une des sources au courant du dossier, en ajoutant que cette information a été relayée par le média *La Lettre*.

L’affaire concernerait plus de 110.000 euros de frais d’hôtels de luxe, selon le syndicat plaignant, réglés par France Télévisions pour plusieurs de ses dirigeants, y compris Delphine Ernotte Cunci, ainsi que pour deux fondateurs du média en ligne Brut, qui était un partenaire du groupe public lors du festival de Cannes.

Cette « somme extravagante » dépasserait « très largement le plafond spécifique autorisé de 350 euros », selon la plainte du syndicat national des personnels de la communication et de l’audiovisuel CFE-CGC, dont l’AFP a eu connaissance. Le syndicat appuie ses accusations sur des factures anonymement publiées sur internet.

Depuis la révélation de cette affaire, France Télévisions soutient, au contraire, qu’aucun montant n’a été dépensé, et que les chambres ont été obtenues grâce à la pratique du « barter », qui consiste à échanger des services contre des espaces publicitaires invendus.

Cette position a été réaffirmée par Delphine Ernotte Cunci le 10 décembre 2025, lors de son audition par la commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public, où elle a été interrogée sur le sujet par le rapporteur Charles Alloncle (UDR) et la députée RN Caroline Parmentier.

Selon France Télévisions, cette méthode est une « pratique courante, légale et utilisée par tous les médias ». Le syndicat avait déposé une première plainte auprès du parquet en février 2024, suivie d’une plainte avec constitution de partie civile trois mois plus tard, dans le but d’obtenir la désignation d’un juge d’instruction.

« Il était grand temps que la justice se penche sur ce dossier », a déclaré à l’AFP Jean-Jacques Cordival, secrétaire général du syndicat, qui exprime des doutes sur le « soi-disant échange « Chambres d’hôtel 4 étoiles contre pub » ». L’avocat du syndicat, Me Pierre-Olivier Lambert, a ajouté qu’ils s’attendent à ce que Delphine Ernotte Cunci soit entendue personnellement.