Un taux de chômage à 7 % en 2022 ? Les économistes sont plus prudents que Muriel Pénicaud

La ministre Muriel Pénicaud, le 29 janvier 2020, à l’Elysée. — ISA HARSIN/SIPA

  • Le chômage a beaucoup baissé fin 2019, pour s’établir à 8,1 %, selon l’Insee. Il retrouve son niveau de 2008.
  • Ce jeudi, la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, a réaffirmé que l’objectif de 7 % de chômage en 2022 était « atteignable ».
  • Pourtant, les instituts économiques se montrent moins optimistes.

Au début du quinquennat, l’objectif paraissait lointain. Mais aujourd’hui, voir le chômage baisser à 7 % d’ici à 2022 devient « franchement atteignable », selon Muriel Pénicaud. La ministre du Travail n’a pas caché son optimisme ce jeudi, à l’occasion de la publication des derniers chiffres de l’Insee. Selon l’institut statistique, le taux de chômage de la population active a reculé de 0,4 point au dernier trimestre 2019, pour s’établir à 8,1 % de la population active. Un record depuis 2008.

Plusieurs éléments incitent le gouvernement à l’optimisme. D’abord, le taux de chômage est en baisse quasi-continue depuis 2015. En extrapolant la tendance, il serait ainsi possible de parvenir aux 7 % d’ici à 2022. Un objectif qui n’est « pas absurde », a estimé Daniel Cohen sur LCI ce jeudi. La baisse étant en moyenne de « 0,1 point par trimestre, donc de 0,4 par an », « si ça continue à ce rythme, on sera autour du 7 (ou) 7,5 % », a expliqué le directeur du département d’économie de l’Ecole Normale Supérieure.

Autre élément qui incite à la confiance : l’an dernier, 260.000 emplois ont été créés, selon l’Insee, contre 225.000 en 2018. Dans vingt-deux départements, le taux de chômage est déjà égal ou inférieur à 7 %.

Les instituts économiques plus mesurés

Pour autant, les instituts économiques se montrent plus prudents que la ministre. Dans ses prévisions publiées en décembre dernier, l’Unédic anticipe que 7,9 % de la population active serait encore à la recherche d’un emploi en 2022. La Banque de France, elle aussi, prévoit que le taux passerait « en dessous de 8 % fin 2022 ». Dans ses perspectives économiques publiées en octobre 2019, l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) anticipait, là encore, une baisse à 8 % du chômage. Mais plus tôt : d’ici à la fin 2021.

Ces instituts s’attendent en effet à un affaiblissement de la dynamique actuelle. « Les créations nettes d’emplois devraient se réduire progressivement (…) à environ 150.000 en 2020, avant de se stabiliser autour de 80.000 par an en 2021 et 2022 », prévoit ainsi la Banque de France dans ses projections publiées en décembre 2019.

Pas assez de croissance

Les créations d’emplois devraient se réduire notamment car la croissance économique n’est pas assez élevée. « Avec une croissance de 1,2 % par an, le taux de chômage continuera de baisser, ce qui est le plus important. Mais probablement pas de 0,4 point par an. Arriver à 7 % en 2022 est un challenge très difficile », juge donc Gilbert Cette, enseignant-chercheur à Aix-Marseille Université.

Par ailleurs, les effets favorables sur l’emploi de certaines mesures fiscales favorables aux entreprises, comme le Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) – mis en place de 2013 à 2019, puis transformé en baisse de charges pérennes – commencent à s’essouffler. « On va toujours avoir un effet positif lié à la politique économique (…), mais les marges des entreprises vont être un peu plus basses, puisqu’on supprime l’effet du crédit d’impôt », a estimé auprès de l’AFP Philippe Waechter, chef économiste chez Ostrum Asset Management.

La pente est d’autant plus raide que des aléas peuvent venir bouleverser les plans du gouvernement. « Au quatrième trimestre 2019, on a eu une baisse du PIB de 0,1 %, alors que l’Insee prévoyait 0,3 % de croissance. Il faut donc rester très prudent », poursuit Gilbert Cette. Au niveau mondial, plusieurs événements inquiètent en effet les économistes : le ralentissement continu de la croissance chinoise, qui pourrait s’aggraver avec l’épidémie du coronavirus, ou encore le Brexit devenu officiel fin janvier. Or, « une rupture des accords commerciaux avec le Royaume-Uni pourrait amputer le PIB de la France de 0,2 point dès 2020 », estime par exemple l’OFCE.

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