Un retraité condamné pour avoir simulé le sexe avec des poupées Shein.
Peter H., âgé de 66 ans, a été condamné ce mercredi par le tribunal correctionnel d’Annecy pour détention d’images pédopornographiques et acquisition de poupées sexuelles représentant des mineurs. Le prévenu a reconnu les faits qui lui sont reprochés et a exprimé son dégoût pour ses actes, les qualifiant d’« abjectes ».
De notre journaliste au tribunal d’Annecy,
« Je veux être normal. » Peter H. a déclaré en larmes, ce mercredi, lors de sa comparution immédiate devant le tribunal correctionnel d’Annecy. Cet homme de 66 ans, aux cheveux grisonnants et portant des lunettes, habillé d’une chemise blanche sur un pull et d’un pantalon bleu marine, « a l’air » d’être normal. Né au Royaume-Uni, ancien formateur d’anglais et retraité depuis deux ans, il réside en Haute-Savoie depuis trente ans. Marié à deux reprises, père de deux enfants majeurs, il est perçu comme « bien inséré » dans la société, avec un casier judiciaire vierge et sans condamnation antérieure.
Cependant, il admet lui-même : « Quelque chose ne va absolument pas en moi. » Il ajoute : « Je suis attiré sexuellement par des enfants. » Ce mercredi, il a été condamné pour détention d’images pédopornographiques et acquisition de poupées sexuelles représentant des mineurs.
Peter H. fait partie des vingt personnes interpellées après avoir acheté ces poupées à corps prépubères sur Shein, visant à satisfaire des pratiques pédocriminelles. C’est grâce à la médiatisation de cette affaire qu’il a pris conscience de la « gravité des faits ». « J’aurais aimé dire que je me suis choqué [en commandant une poupée ressemblant à une mineure] mais non, j’ai annulé ma commande parce que j’ai eu peur des conséquences », confie-t-il devant le tribunal. Comme depuis le début de l’enquête, Peter H. reconnaît les faits qui lui sont reprochés.
90 images pédopornographiques retrouvées dans son ordi
Le prévenu n’a donc jamais reçu la poupée ressemblant « sans aucun doute à une enfant » mesurant 80 cm. Toutefois, les enquêteurs ont découvert des éléments inquiétants lors de la perquisition de son domicile et de l’analyse de ses données informatiques. Dans un de ses ordinateurs, 90 images à caractère pédopornographique ont été retrouvées dans la corbeille.
« Des photos qui représentent sans aucun doute le caractère pédopornographique », déclare la présidente du tribunal, Tamara Dazzi. Elle en liste le contenu : « Des enfants nus, mis en scène dans des positions sexuelles, pénétrés dans leur anus ou leur vagin par des objets, ou pratiquant des fellations, avec une majorité de filles. Les enquêteurs estiment qu’elles n’avaient pas plus de 8 ans. » À la barre, Peter H. adopte une attitude coopérative avec la justice et lâche après la présentation de ces faits : « C’est immonde, c’est affreux. » Interrogé sur la nature des images qu’il détenait, il répond, lucide : « C’est un viol. »
« Simuler le sexe avec une enfant »
En plus de ces fichiers pédopornographiques, Peter H. possédait déjà une poupée sexuelle. Celle-ci « ressemblait » à une adulte mais avec un visage enfantin, mesurant 1m20 et ayant « une poitrine développée », décrit le tribunal. Le prévenu avait également « plusieurs objets sexuels », « des vêtements et sous-vêtements de femmes », ainsi que « des culottes et soutien-gorge d’enfants et préadolescentes » et « des pyjamas pour enfants » dans sa chambre.
Au cours de l’audience, la présidence lui demande alors « le but » de ces achats. « C’était pour habiller la poupée, pour qu’elle ressemble à une vraie enfant », répond-il, calmement. Interrogé sur l’utilité de la poupée qu’il a achetée sur Shein, il admet : « Ça sert à simuler le sexe avec un enfant. » Celle qu’il n’a jamais reçue avait « l’aspect d’une fillette, avec une robe blanche et un ours en peluche dans les mains », précise le tribunal.
Des photos de son ex-belle-fille de 7 ans dans son téléphone
Aurait-il pu passer à l’acte ? Il assure, et le répète : « Jamais. » Pourtant, d’autres éléments « inquiètent » la justice. Dans son téléphone portable, les enquêteurs ont retrouvé des photos de la fille de son ex-compagne en maillot de bain, âgée de 7 ans. Les autres membres de la famille ayant été retirés des images. À la barre, Peter H. répète ce qu’il avait reconnu lors de sa garde à vue : « J’ai honte de le dire, mais je la trouvais sexuellement attirante, je suis désolé. » Il confesse également s’être masturbé sur ces images. « Vous avez passé un cap », lui fait remarquer la présidente.
« Je comprends l’inquiétude parce que c’est quelqu’un de mon entourage, mais je n’ai jamais tenté de la toucher ou autre », affirme-t-il. Il réitère n’avoir « jamais imaginé passer à l’acte avec aucun enfant » et « jamais essayé de se rapprocher » de ce public. Malgré ses efforts pour mieux se comprendre, notamment par un suivi psychologique entamé depuis mi-décembre, il n’a « pas trouvé d’explication ». Son plus ancien souvenir d’attirance pour une enfant remonte à 2012-2013, envers une camarade de classe de son fils. « Sur Internet, c’est plus récent », soutient-il. L’expertise psychologique menée dans le cadre de l’enquête n’a pas non plus mis en évidence d’éléments particuliers ni de traumatismes vécus.
Une « bombe à retardement », selon la procureure
Contrairement à d’autres cas déjà jugés ou qui le seront dans le cadre de cette opération de l’Ofmin, Peter H. n’a donc pas d’antécédents. Toutefois, pour la procureure, ces dossiers doivent « rappeler que, derrière ces images, les enfants sont réels ». « Si les victimes ne sont pas directement violées par les prévenus, elles sont réelles et nombreuses », affirme-t-elle lors de ses réquisitions.

Concernant le prévenu de Haute-Savoie, la procureure s’inquiète que la « seule détention d’images » n’ait pas suffi et qu’il soit allé « plus loin », y compris en se masturbant sur l’image d’une fille qu’il connaissait. « Il va aussi plus loin en allant acheter des poupées sur Shein, en recherchant explicitement la minorité et en choisissant des poupées qui ont des orifices pour avoir des actes sexuels. »
La procureure souligne des intentions de dissimulation, notamment par l’utilisation d’un VPN, et note qu’il avait « conscience de sa perversion » tout en « n’en ayant pas parlé ». Elle observe également qu’il a annulé la poupée en raison du déferlement médiatique. Elle décrit Peter H. comme une « bombe à retardement », plaidant pour une réponse judiciaire forte afin de « protéger les mineurs » et empêcher « que cette bombe n’explose et n’engendre d’autres victimes ».
Le prévenu prend la parole devant la presse à la fin de son audience
La présidente a suivi les réquisitions et a condamné Peter H. à cinq ans de suivi sociojudiciaire avec injonction de soins, l’interdiction définitive d’exercer une activité en contact avec des mineurs, l’interdiction d’accéder à des lieux accueillant et/ou destinés aux mineurs pendant cinq ans et l’inscriptions au fichier des auteurs d’infractions sexuelles. En cas de non-respect de ces obligations, deux ans de prison ferme pourront être infligés.
« J’incite toute personne qui a ces tendances-là à s’adresser à un professionnel, de ne pas attendre, de le faire tout de suite », a déclaré à la presse, à sa sortie d’audience, Peter H. « Je dis cela parce que beaucoup de personnes dans cette situation, mais pas moi, passent à l’acte. Et cela me terrifie. Donc, arrêtez-vous maintenant avant que cela ne devienne beaucoup plus grave pour les enfants. »
« Je fais face à ce que je suis devenu maintenant, et là, j’entame des soins pour essayer de retrouver une normalité », a-t-il conclu, « honteux », partageant son « dégoût » pour ses actes qu’il qualifie d’« abjects » et qu’il « regrette énormément ». Son avocate, Maître Pauline Bouet, n’a pas manifesté son intention de faire appel de la décision, estimant que « la justice a été bien rendue dans ce dossier ».

