France

Un policier jugé pour avoir éborgné Jérôme Rodrigues, « gilet jaune »

La cour d’appel de Paris a confirmé le renvoi devant une cour criminelle d’un policier suspecté d’avoir éborgné Jérôme Rodrigues lors d’une manifestation en 2019 à Paris. Vingt-trois éborgnés avaient été recensés par l’AFP lors du mouvement des « gilets jaunes » à l’hiver 2018-2019.


La violence à l’encontre de Jérôme Rodrigues sera finalement jugée par un tribunal. La cour d’appel de Paris a confirmé le renvoi d’un policier suspecté d’avoir éborgné cette figure du mouvement des « gilets jaunes », lors d’une manifestation à Paris en 2019, a indiqué une source judiciaire lundi.

« Il résulte des pièces et de l’instruction » qu’il existe des « charges suffisantes » contre le suspect pour avoir « volontairement commis des violences » en utilisant « une grenade de désencerclement » sur Jérôme Rodrigues, entraînant « la perte définitive de l’usage de son œil droit », a précisé la source, confirmant une information de BFM.

Ces faits sont aggravés par la profession de Brice C., qui est un « gardien de la paix participant à une opération de maintien de l’ordre sur la voie publique », a souligné la source judiciaire.

« Nous aurons bien une cour criminelle. Cela a pris du temps. Un temps terrible pour Jérôme Rodrigues, pour les gilets jaunes, pour toutes les victimes de violences policières », a réagi l’avocat de Jérôme Rodrigues, Me Arié Alimi. « Mais nous y sommes arrivés. Malgré l’institution policière, malgré toutes celles et ceux qui n’y croient pas ou n’en veulent pas, malgré les récupérations politiques et électoralistes qui font tant de mal aux victimes à force d’espoirs déçus », a-t-il ajouté.

La chambre de l’instruction a également confirmé le non-lieu en faveur d’un second policier, suspecté d’avoir blessé à la jambe un ami de Jérôme Rodrigues, par un tir de lanceur de balles de défense (LBD).

Le 26 janvier 2019, Brice C., membre d’une compagnie d’intervention (CSI), était engagé dans une manifestation tendue des « gilets jaunes », place de la Bastille. C’est dans ce cadre que Jérôme Rodrigues avait été blessé à l’œil. À l’issue de leur enquête, les juges d’instruction ont rejeté la légitime défense, concluant que « le groupe au sein duquel évoluait Jérôme Rodrigues n’était pas violent » d’après leur ordonnance. Cependant, la défense du policier avait fait appel, invoquant une « riposte » du policier « à des jets de projectiles que son groupe et lui recevaient ».

La décision de la chambre de l’instruction est « d’une injustice assez inouïe au regard des preuves factuelles que nous avions apportées de l’innocence de mon client policier », a réagi lundi son avocat. Le policier, « exemplaire », est « abattu mais nullement battu », a poursuivi Me Gilles-William Goldnadel, affirmant que la cour criminelle, elle, « regardera » ces « preuves factuelles ».

Ce procès criminel sera parmi les premiers concernant les violences commises par des policiers lors des manifestations des « gilets jaunes » qui ont débuté à l’automne 2018. Vingt-trois éborgnés avaient été recensés par l’AFP lors du mouvement des « gilets jaunes » à l’hiver 2018-2019.