Un « mois sans alcool » annoncé pour janvier, les professionnels du vin très remontés

Illustration d’un barman servant des cocktails. — S. Platt / AFP

  • Un mois sans alcool est organisé par Santé Publique France et aura lieu en janvier 2020.
  • Alors qu’elle n’a pas encore été rendue publique, l’opération soulève déjà des critiques de la part des professionnels du vin.
  • Les associations de prévention, elles, sont très favorables à cette opération, afin de porter une réflexion sur la consommation d’alcool.

Elle n’est pas encore annoncée officiellement, mais déjà, l’organisation d’un « mois sans alcool » fait des remous en France. Portée par Santé Publique France, l’opération aura lieu en janvier 2020 et s’inspire du dry january (janvier à sec), de plus en plus populaire en Grande-Bretagne. Et selon les informations de 20 Minutes, ce « mois sans alcool » devrait être présenté par l’agence nationale de santé publique dans les prochains jours.

A l’image du « mois sans tabac », cette grande campagne de sensibilisation vise à faire « réfléchir les Français sur leur consommation d’alcool », précise l’un des partenaires de l’opération, qui souhaite rester discret, le sujet « étant sensible ». Car si l’opération soulève l’engouement du tissu associatif, elle se heurte aux vives réticences de l’industrie des alcooliers et son puissant lobby. « La filière viticole recommande une consommation responsable et raisonnable. Mais ce que prévoit Santé Publique France, c’est une attaque de plus. Nous souhaitons que le gouvernement renonce à cette initiative », lance-t-on à l’Association nationale des élus de la vigne et du vin (Anev). Pour se justifier, l’Anev évoque « les difficultés commerciales auxquelles font face les vignerons ».

« C’est une position extrémiste »

Le discours est le même du côté du Comité interprofessionnel du vin de Bordeaux. « Ce mois sans alcool, c’est une position extrémiste. Ce qui est mauvais, ce sont les abus, les jeunes qui sifflent des bouteilles les vendredis et samedis soirs. Mais faut-il prôner l’abstinence ? Nous pensons que non », dénonce Christophe Château, porte-parole du comité, qui parle d’un « coup de com’» de la part de Santé Publique France. Pour porter leur message, les professionnels du vin peuvent en plus compter sur de nombreux élus, toujours prompts à voler au secours des vignerons. Dans une tribune diffusée sur Causeur, le membre du Rassemblement national Louis Aliot dénonce par exemple « les fâcheuses conséquences pour nos agriculteurs ».

Cette levée de boucliers, les associations de prévention s’y attendaient, la craignaient même. « C’est toujours un sujet sensible. On sait qu’il y a un bras de fer entre les ministères de la Santé et de l’Agriculture », avance Guylaine Benech, consultante en santé publique. L’auteure du livre Les ados et l’alcool (Presses de l’EHESP) est très favorable à l’organisation du dry january. « En France, on veut nous faire croire que l’alcool fait partie de notre culture. C’est une approche banalisée. Si pendant un mois, on peut réfléchir à notre rapport à l’alcool, ce serait un message fort pour nos jeunes ». La consultante accuse clairement « le lobby du vin » de tenter de faire annuler l’opération, notamment par le biais de « Vin et société », la voix de l’interprofession des vignerons.

Les bénéfices du dry january vantés

De plus en plus populaire sur les réseaux sociaux après des fêtes de fin d’année souvent arrosée, le dry january a été étudié par des scientifiques. Et les bénéfices sont prouvés. L’an dernier, une enquête menée par des chercheurs de l’université de Sussex avait révélé les impacts positifs sur la santé. Sur les 1.700 challengeurs de ce défi sans alcool suivis par ces chercheurs, 71 % ont amélioré la qualité de leur sommeil, 67 % ont gagné en énergie et 57 % en concentration.

Autre bénéfice à court terme – et esthétique cette fois –, 58 % ont perdu du poids et 54 % déclarent avoir une meilleure peau. « Les études montrent que cela a un effet positif sur notre métabolisme », embraye Auguste Charrier, président national de la Fédération Alcool Assistance. Pour lui, « l’idée est très bonne car elle permet d’engager la discussion autour de la consommation d’alcool sans porter de jugement. C’est une mise en réflexion ». Les professionnels du vin et de l’alcool ne sont évidemment pas du même avis. « Qu’ils se rassurent, tout le monde ne va pas arrêter de boire », répond Auguste Charrier.

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Un « mois sobre » déjà existant

Au-delà du dry january, populaire en Grande-Bretagne, une autre opération a tenté de se faire une place en janvier l’an dernier. Intitulée « janvier sobre », elle visait à promouvoir une consommation « raisonnable » et a été initiée par Laurence Cottet, une ancienne alcoolique. Une personnalité au sujet de laquelle les associations de prévention émettent des réserves.

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