France

Un médecin dénonce la vente de sodas et sucreries à l’hôpital.

Le cardiologue Pierre-Vladimir Ennezat dénonce la présence de distributeurs automatiques de sucreries et de sodas dans les établissements de santé, soulignant qu’il n’est pas normal de proposer ces produits à des patients souffrant d’obésité et de diabète. Dans le CHU Henri-Mondor de Créteil, des bonbons, des chips et des sodas sont proposés aux patients et à leurs proches aux urgences.

Devant lui se tiennent des machines. Plus grandes et plus nombreuses que lui. Le cardiologue Pierre-Vladimir Ennezat a beau tirer la sonnette d’alarme, personne ne semble l’écouter. Placés à la sortie du service « diabétologie » du centre hospitalier de Fontainebleau, les distributeurs lui font un doigt d’honneur, se moquant éperdument de son combat pour la santé publique. Sodas, sucreries, chips… Les géants de l’agroalimentaire ont réussi à introduire la malbouffe à l’intérieur de l’hôpital. Bien qu’il ait alerté sa direction, celle-ci n’y a trouvé aucun problème.

Depuis quelques mois, Pierre-Vladimir Ennezat s’efforce de faire entendre son constat. Il n’est pas acceptable de voir des distributeurs automatiques de sucreries et de sodas dans les établissements de santé. « C’est indécent ! Les hôpitaux sont submergés de patients souffrant d’obésité, de diabète, d’hypertension, de foie gras et on leur propose quoi à la sortie de leur consultation ? Des Twix, des Kinder, du Coca et des bonbons Haribo ? » Au CHU Henri-Mondor de Créteil, où il exerce également, des chewing-gums, des Orangina et des Snickers sont proposés à la sortie du service de soins dentaires (mais pas de Red Bull ou de Monster).

Ces deux établissements ne sont pas les seuls concernés. À travers toute la France, des distributeurs de malbouffe sont installés dans les hôpitaux, qui doivent en plus payer des redevances pour leur installation. Leur argument ? Ces lieux sont publics. Tout comme les établissements scolaires. Pourtant, depuis 2005, la présence de distributeurs est interdite dans les écoles, collèges et lycées. Mais pas dans les hôpitaux. Contacté, le ministère de la Santé n’a pas répondu.

Un Français sur deux en surpoids

Les hôpitaux français accueillent de plus en plus de personnes souffrant d'obésité, de diabète ou encore d'hypertension. La malbouffe joue un rôle important dans le développement de ces maladies.
Les hôpitaux français accueillent de plus en plus de personnes souffrant d’obésité, de diabète ou encore d’hypertension. La malbouffe joue un rôle important dans le développement de ces maladies. - Arnaud Le Vu/Hans Lucas

À l’accueil du service ambulatoire du CHU de Rennes, les bouteilles d’eau, fruits secs et compotes se mêlent à des sodas à deux euros, des Dragibus et même du saucisson. Dans la cafétéria voisine, l’offre est sensiblement la même. Un ambulancier attend, une barre protéinée à la main. « Ça dépanne c’est sûr. Moi, je fais attention à ce que je prends, aux additifs. Mais plein de gens ne le font pas. Chez mes collègues, il y en a plein qui mangent de la merde. » L’ambulancier reconnaît qu’une douceur sucrée « peut aussi rassurer » les patients ou apaiser des visiteurs inquiets.

« Pourquoi ne pas offrir des cigarettes dans ce cas ? Ou de l’alcool aussi ? », ironise le médecin. Son agacement provient du constat d’une véritable explosion des maladies métaboliques dans les services où il travaille. Un Français sur deux est en surpoids, les cas de diabète continuent d’augmenter, de même que les maladies cardiovasculaires. La malbouffe constitue un poids considérable dans cette montée des cas préoccupants.

Aux urgences du centre hospitalier Henri-Mondor de Créteil, des bonbons, des chips, des sucreries et des sodas sont proposés aux patients et à leurs proches.
Aux urgences du centre hospitalier Henri-Mondor de Créteil, des bonbons, des chips, des sucreries et des sodas sont proposés aux patients et à leurs proches.  - P. V. Ennezat

Contacté par 20 Minutes, le CHU de Rennes a choisi de ne pas commenter. En ce qui concerne les hôpitaux parisiens, ils se réfèrent à un communiqué laconique. L’AP-HP mentionne des distributeurs qui « contribuent à la qualité de l’accueil des patients et de leurs proches ». L’établissement affirme qu’il doit « être en mesure de répondre aux besoins du quotidien, notamment en garantissant un accès permanent à des boissons et à des en-cas ».

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Il est ajouté que l’offre proposée doit « s’appuyer sur une gamme variée de produits, afin de répondre à la diversité des attentes et des besoins des usagers ». Et c’est probablement là que réside le problème. Contacté, un autre établissement de santé explique que « l’offre healthy ne fonctionne pas ». Les essais réalisés avec des fruits frais n’ont jamais donné de résultats concluants. De plus, une pomme a tendance à pourrir, ce qui n’arrivera pas à une barre chocolatée ultra transformée.