Un homme portant un drapeau australien poignardé à Melbourne lors de l’Australia Day ? Pas si vite.
Une vidéo virale sur les réseaux sociaux a cumulé plus de 5 millions de vues en anglais et en français, montrant un homme poignardé lors de l’Australia Day (le 26 janvier) à Melbourne. Plusieurs sites anglophones, comme Reuters ou The Independent, expliquent que des monuments associés au colonialisme ont été recouverts de peinture rouge lors de cette même journée.
Le patriotisme est-il un sport de combat ? C’est ce que laisse entendre une vidéo virale sur les réseaux sociaux, notamment sur X, où elle totalise plus de 5 millions de vues en anglais et en français. On la retrouve aussi sur des sites d’extrême droite. Pourquoi un tel engouement ? Parce qu’on y voit un homme prétendument poignardé – soupçonné d’avoir été attaqué par des militants antifas – lors de l’Australia Day (la fête nationale australienne, le 26 janvier)… alors qu’il brandit un drapeau du pays dans les rues de Melbourne.
Sans surprise, cette scène provoque l’indignation parmi ceux qui la diffusent et dans les commentaires. On vérifie ?
FAKE OFF
Que ce soit via une recherche par image inversée ou dans les médias australiens, 20 Minutes n’a pas pu retrouver la source de la vidéo ni d’article apportant un éclairage sur son contexte. Difficile, donc, d’affirmer avec certitude que la scène s’est réellement déroulée à Melbourne ce 26 janvier. Cependant, aucun élément ne suggère qu’il s’agit d’un deepfake, d’une mise en scène ou d’images manipulées.
Il est certain qu’un homme montre fièrement un drapeau australien en pleine rue, puis est brutalement attaqué par une foule : il est bousculé, poursuivi et frappé, et son t-shirt est déchiré. Il n’hésite pas à rendre les coups par moments. La foule lui ordonne également de « partir d’ici » et le traite de « nazi ». Faute de contexte (notamment d’images de ce qui s’est passé juste avant), il est impossible de déterminer si l’agression a eu lieu de manière spontanée ou si la victime avait, au préalable, adopté des comportements provocateurs.
L’homme a-t-il vraiment été poignardé ?
Qu’en est-il de l’allégation de coup de poignard portée par les internautes et médias ayant partagé ce contenu ? C’est ici que la situation se complique. Comme l’a souligné le compte X « KNWLDG Media », expert en désinformation, il semble que l’homme n’ait pas été poignardé. En analysant les images, « KNWLDG Media » affirme que le sang serait en réalité de la peinture rouge. Il note même la présence d’un tube sur le sol. Effectivement, plusieurs sites anglophones, tels que Reuters ou The Independent, rapportent que des monuments associés au colonialisme ont été couverts de peinture rouge. Ce phénomène est récurrent lors de l’Australian Day, car des articles plus anciens mentionnent des faits similaires lors des années précédentes : asperger « l’ennemi » ou ses symboles de peinture rouge semble être une pratique des militants de gauche australiens.
En revenant à notre vidéo, on constate également qu’après le prétendu « coup de poignard », la mobilité de la victime ne semble pas affectée (ce qui reste possible en cas de blessure superficielle, mais improbable en cas de blessure grave). Pour en avoir le cœur net, 20 Minutes a recherché un rapport sur l’incident dans la presse australienne et anglophone. De nombreux articles (par exemple ici, ici ou là) rapportent de multiples incidents survenus lors de la fête nationale : alerte à la bombe, affrontements entre militants d’extrême droite et d’extrême gauche, saluts nazis… En revanche, aucune mention d’un coup de poignard – un crime pourtant sérieux, dont on peut supposer qu’il aurait été relayé par les médias.

