Un «fat suit» dans «Moi, grosse»: «Le corps des gros n’est pas un déguisement»

Juliette Katz dans le téléfilm «Moi grosse», sur France 2 — Caroline DUBOIS – BARJAC PRODUCTIONS – FTV

  • Moi grosse, téléfilm diffusé ce mercredi soir, a suscité de vives réactions sur les réseaux sociaux parce que la comédienne qui incarne le personnage principal à l’écran porte un fat suit.
  • Anouch, militante au sein de Gras Politique, revient sur la polémique suscitée par l’utilisation de ce costume.
  • La membre de ce « collectif de personnes grosses » luttant contre la grossophobie explique également pourquoi les actrices et les acteurs en surpoids ont du mal à trouver des rôles.

Un téléfilm pour dénoncer la grossophobie accusé de… grossophobie. Moi grosse, diffusé par France 2 mercredi soir et suivi d’un débat sur le thème de la grossophobie, suscite de vives réactions. La comédienne Juliette Katz, qui incarne le personnage principal à l’écran, porte un fat suit. Cet accessoire, assez courant au cinéma et dans des séries, consiste en un costume qui se porte sous les vêtements et accentue la corpulence.

Aux Etats-Unis, l’utilisation de fat suit a été dénoncé à plusieurs reprises par des personnes en surpoids. Pour expliquer la polémique suscitée par son utilisation dans Moi grosse, 20 Minutes a interrogé Anouch, militante au sein de Gras Politique, « collectif de personnes grosses » luttant contre la grossophobie.

Qu’est-ce qu’un fat suit ?

Une combinaison rembourrée qui permet de se costumer en gros. C’est ridicule de faire jouer un gros par une personne non grosse. Les non concernés ne voient pas où est le problème. Mais ce qui résulte de tout ça, c’est l’invisibilisation des vrais gros. On enlève du travail aux vrais gros, les gros existent, les acteurs gros existent.

Cette pratique est-elle courante au cinéma ou dans les séries ?

Oui, c’est assez fréquent dans la culture pop américaine. Au cinéma ou dans les séries américaines, on a été abreuvés par certaines images de faux gros, des acteurs déguisés en gros avec ces tenues. Il y a notamment des scènes célèbres, dans Friends, dans laquelle on voit le personnage de Monica jeune et grosse. Mais l’actrice n’est pas grosse, elle porte ce fat suit assez terrible. Dernièrement, dans le film Avengers : Endgame, Chris Hemsworth (Thor) porte un fat suit.

Ce déguisement s’apparente-t-il, selon vous, au black face ?

Un peu, oui. Il y a des parallèles puisqu’il s’agit de faire de la spécificité physique d’une population discriminée un déguisement. C’est une manière de se moquer assez odieuse. Le corps des gros n’est pas un déguisement.

Cette polémique rappelle celle des fictions mettant en scène des personnages transgenres joués par des comédiens cisgenres…

Absolument. Dans ces films ou séries, on veut bien évoquer l’existence des personnes trans mais pas les montrer vraiment. Les corps sont politiques, les corps non-normés sont encore plus politiques, ce n’est pas étonnant qu’on retrouve les mêmes discriminations entre corps trans et corps gros.

Appelez-vous à ce que les personnages en surpoids soient interprétés par des actrices et acteurs également en surpoids ?

Je suis pour la démocratisation du mot « gros », le mot « surpoids » établit une norme. Le mot « gros » est simple et clair et ne met pas une ligne de norme. Mais pour répondre à la question : oui, bien sûr, il est souhaitable que les actrices et acteurs gros puissent avoir du travail au cinéma.

Ces actrices et acteurs ont du mal à trouver des rôles ?

Bien sûr, c’est très compliqué dans une société du paraître et dans une société grossophobe. Les corps gros sont considérés comme imparfait. Au cinéma, il n’y a pas de rôle lambda, classique pour les gros. Ils sont embauchés pour être la caution comique, ou la caution dramatique. On ne montre jamais une personne grosse qui vit une vie normale, on nous ramène toujours à notre corps.

La comédienne Juliette Katz, qui tient le rôle principal dans Moi grosse, n’est pas particulièrement menue. Est-elle illégitime pour incarner ce personnage à l’écran ?

On n’a pas le vocabulaire en France où le fat activism est moins développé qu’aux Etats-Unis. Mais disons que cette comédienne est une « petite grosse ». Le fait qu’on lui mette un fat suit, à elle, c’est encore plus violent. On a engagé une actrice grosse mais pas trop. Il y a eu des actrices qui avaient le corps du rôle qui se sont présentées au casting. Comme toutes les oppressions, la grossophobie est un spectre, une personne qui fait un 50 subit moins de discriminations qu’une personne qui fait un 60 et subit une grossophobie plus frontale, plus violente.

Des associations organisent des journées « dans la peau d’un gros » en invitant des gens à porter un fat suit pour réaliser ce que vivent les personnes en surpoids. Sont-ce des initiatives utiles pour lutter contre la grossophobie ?

L’être humain a peut-être besoin de ça pour avoir de l’empathie… Ça reste inadmissible mais si ça peut permettre à des non concernés de prendre conscience, un peu, de ce que vivent les gros, pourquoi pas. C’est quand même un peu irrespectueux.

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