France

Un doigt d’honneur pailleté de Marlène Schaff et Petra.

Marlène Schaff, connue comme prof d’expression scénique à « Star Academy », fera une première représentation de son spectacle A Queen is Born à l’Alhambra, à Paris, ce mercredi, suivie de deux autres dates les 15 avril et 19 mai. Le personnage de Petra, son alter ego, est décrit par l’artiste comme un hommage à toutes les femmes empêchées de monter sur scène, et elle a été créée en 2018, lors de rencontres avec son psy.


Le public connaît Marlène Schaff comme professeure d’expression scénique à « Star Academy ». Elle se produit désormais sur scène dans le spectacle *A Queen is Born*, où elle incarne Petra, son alter ego flamboyant. « Je décrit le show comme un « one-drag-musical-en-scène ». C’est-à-dire une comédie musicale présentée par une seule personne qui est une drag queen », déclare l’artiste de 43 ans.

Ce mercredi, elle donnera une première représentation à l’Alhambra, à Paris, suivie de deux autres dates les 15 avril et 19 mai. Elle se produira également du 4 au 14 juillet au Théâtre du Rouge-Gorge à Avignon, et une tournée est en projet. « Petra est à Marlène ce que Wonder Woman est à Diana. C’est un peu la même personne mais en version *badass* », confie la principale intéressée. *20 Minutes* a tenté de découvrir les secrets de la création de son personnage, dont la raison d’être va au-delà des simples apparences.

### Une queen en gestation

« Petra est née sur le divan de mon psy, en 2018. J’avais arrêté de chanter et de me produire sur scène. Je dédiais mon temps à coacher des artistes, ce que je faisais avec plaisir. Mais je perdais ma lumière, car je donnais toute mon énergie aux autres, alors que la scène est l’endroit où je me recharge. Je sentais que je disparaissais. À chaque fois que mon psy évoquait mon retour sur scène, je fondais en larmes, je m’énervais. J’ai cherché la cause. Il m’a soufflé : « Vous parlez souvent de cabaret, de drag queens, de transformistes. Vous en avez assez de cette société codifiée… Pourquoi ne seriez-vous pas drag queen ? » Je lui ai répondu que je ne pouvais pas, parce que je suis une femme et que les drag queens sont généralement des hommes, souvent homosexuels, qui se transforment en créatures féminines. Il a répliqué : « Mais selon qui ? » En fait, selon personne. Vous avez raison, allons-y ! »

### Construire le personnage

« Petra est le fruit de ma rébellion. Elle est née de tous mes interdits. La première chose qu’on m’a toujours interdite en tant que femme, c’était de mettre ma poitrine en avant : « Cache-la, c’est vulgaire ! » Donc, la première chose que j’ai faite, c’est de trouver le corset qui me permettrait de *pump up the volume* au maximum. On n’aime pas quand mes cheveux frisent, alors Petra aura une perruque frisée. On ne veut pas que je me maquille « comme un pot de peinture » ? Je vais me maquiller le plus possible. Petra est une réponse aux injonctions apparues dès l’enfance, avec le harcèlement scolaire, puis évoluant en harcèlement sociétal. Je dirais que Petra est mon plus joli doigt d’honneur pailleté, avec un boa et des faux cils, adressé à tous les avis non sollicités qui tentent d’éteindre la lumière des gens. »

### Trouver le bon nom

« Le nom m’est venu très facilement. Je me suis simplement demandé « Qui est ta drag ? » Elle est ma super héroïne et, avec tous les codes que j’utilise, je suis dans l’ultra-féminisme. Qu’est-ce qui représente cela ? Les Barbie. Étant franco-allemande, il y a une marque allemande de Barbie que mon père me rapportait lorsqu’il travaillait là-bas : les poupées Petra. »

### Avoir des références

« Quand ma Petra est venue au monde, on m’a dit : « O.K., maintenant que « Drag Race » est à la mode, tout le monde va faire du drag ». Mais moi, je n’ai pas attendu « Drag Race » pour comprendre ce qu’est une drag queen. En France, la tradition de transformisme existe depuis longtemps. J’ai fait mes classes en cabaret. Drag queen est juste un mot. Sur scène, on est de toute façon un personnage. Quand on choisit notre costume, que ce soit un jean et un tee-shirt ou une robe immense, c’est un costume. Moi, mon costume, c’est celui-là. »

### Assumer sa légitimité

« Je répète à mes élèves que personne ne doit leur dire s’ils sont légitimes ou non. Mais, pour autant, je me suis dit qu’en tant que femme [cis] créant un personnage de drag queen, j’allais devoir l’assumer. Au début, c’est vrai que j’ai eu un peu peur. Mais j’ai eu le soutien de la communauté, de mes amis homos qui ont toujours été là. Je redoutais aussi les réactions de la communauté queer et lesbienne. Pourquoi faire une drag queen et non un drag king ? Il m’a donc fallu comprendre pourquoi je faisais cela et comment, afin d’expliquer que ma démarche est empreinte d’amour. C’est un hommage à toutes les femmes qui n’avaient pas le droit de monter sur scène, de la Grèce antique à Shakespeare. C’est aussi un hommage à la communauté queer, et à moi-même, pour faire briller ce que certains ont voulu éteindre pendant des années. »

### Faire face au public

« J’ai déjà joué le spectacle l’an passé à Avignon. J’ai eu la chance de recevoir des retours merveilleux de toutes les personnes qui sont venues le voir. Je remercie « Star Academy » de m’avoir offert une visibilité qui a incité des gens, qui n’auraient peut-être jamais pensé venir à un spectacle comme le mien, à franchir le seuil par curiosité. Mon plus beau cadeau est d’avoir un public allant de 7 à 77 ans. Et je crois que le retour qui me touche le plus, c’est quand hommes et femmes me disent : « En sortant de ton spectacle, je me suis dit que j’avais le droit. » »