Trump souhaite contrôler l’organisation des élections : menace ou effet d’annonce ?
Donald Trump a déclaré, lundi, au micro du podcaster Dan Bongino, que « nous devrions prendre le contrôle, du vote dans au moins une quinzaine d’endroits ». Christine Larrazet insiste sur le fait que « la clause électorale inscrite dans la Constitution américaine confère le pouvoir aux 50 États, et seulement à eux, pour fixer les règles des élections fédérales ».
Se sentant mal préparé pour les élections de mi-mandat de novembre 2026, Donald Trump a fait des déclarations suggérant qu’il envisage de contester les résultats des urnes. « Nous voulons prendre le contrôle, nous devrions prendre le contrôle, du vote dans au moins une quinzaine d’endroits », a-t-il déclaré lundi au micro de Dan Bongino, podcaster d’extrême droite et ancien directeur adjoint du FBI. « Les républicains devraient nationaliser le vote », a-t-il insisté.
Le 1er février, les démocrates ont remporté un siège de sénateur dans un bastion républicain du Texas, et lors des élections d’automne dernier, le New Jersey et la Virginie ont élu des gouverneurs démocrates. Conscient du risque de perdre la majorité au Congrès, où son parti est en tête avec seulement cinq sièges d’avance, le président américain reprend sa critique du système électoral, comme en 2020, lorsqu’il avait incité ses partisans à contester la victoire de Joe Biden.
Pour Christine Larrazet, enseignante-chercheuse américaniste au centre Émile Durkheim de sociologie et sciences politiques comparatives, à Bordeaux, il lui est impossible d’intervenir dans ce processus électoral. Elle rappelle que « la clause électorale inscrite dans la Constitution américaine confère le pouvoir aux 50 États, et seulement à eux, pour fixer les règles des élections fédérales ; les instances locales de chaque État supervisent également leurs administrations ».
Dans ce cadre fédéral, les 50 États disposent de leurs propres lois et prérogatives. « La clause est très claire et existe précisément pour empêcher que le pouvoir exécutif puisse prendre le contrôle sur les élections, tranche-t-elle. C’est un effet d’annonce, la notion de nationalisation ne fonctionne pas aux États-Unis où il y a un État fédéral et 50 États. »
Certes, la Constitution peut être modifiée, mais c’est un processus long et « c’est un texte fondamental aux États-Unis ». Les Américains la connaissent parfaitement et l’honorent. « Elle garantit l’équilibre fédéral, les droits individuels et la cohésion de la fédération, rappelle Christine Larrazet. Il peut tenir tous les discours qu’il souhaite, mais la Constitution, c’est la Constitution, et seuls les États ont le droit d’organiser les élections fédérales. »
Le Congrès pourrait adopter des réglementations électorales dans certains cas, mais le président ne peut pas agir seul en raison de cette clause électorale, qui est très solide dans la Constitution.
Mais alors, si Donald Trump connaît bien sa Constitution, pourquoi fait-il ce genre de déclarations ? « Il cherche à occuper l’espace médiatique et à saper la confiance dans le processus électoral avant les élections, répond l’enseignante-chercheuse. C’est exactement ce qu’il avait fait avant 2020. »
Sa stratégie semble être de dénoncer un système structurellement désavantageux pour son parti, les Républicains, afin de mieux critiquer par la suite les résultats du vote. « On sait qu’il est en difficulté en termes de popularité : il y a une grande fatigue aux États-Unis face à ses comportements erratiques et ses annonces », estime Christine Larrazet.
Donald Trump a déjà causé des dommages importants au fonctionnement démocratique de son pays. Avec l’assaut du Capitole et ses attaques répétées contre le processus électoral, « il met continuellement à l’épreuve la démocratie de cet État fédéral. Il y a un épuisement, mais les contre-pouvoirs existent ». La spécialiste souligne qu’il n’a pas réussi à inverser le résultat du vote de 2020, en grande partie grâce à l’intégrité de quelques responsables républicains, dont l’ancien vice-président, Mike Pence.
En plus de ses récentes attaques, le président américain a commencé un bras de fer avec plusieurs États pour redessiner leur carte électorale et éliminer plusieurs sièges démocrates. Une autre offensive contre la démocratie à laquelle l’Indiana a résisté en fin d’année dernière… en attendant les prochaines.

