Trophée des champions : Comment le PSG prépare sa révolution mentale avec la bénédiction de Galtier

C’est un simple encadré dans le journal L’Equipe qui a mis le feu aux réseaux sociaux. « Un psychologue à temps plein au PSG ? », écrivaient nos confrères la semaine dernière, laissant entendre que Paris réfléchirait depuis la claquasse reçue à Madrid la saison dernière à faire appel à un ou une spécialiste pour travailler la préparation mentale des matchs et renforcer l’esprit d’équipe. Les réactions moqueuses n’ont donc pas tardé à voler sur Twitter, du style « le PSG a été matrixé par le Barça et le Real, MDR XPTDR LOLILOL ».

De la grande analyse qui en dit long sur la perception de cette question, et pas seulement auprès des supporters mais aussi des acteurs, souvent fermés quand il s’agit de parler de leurs failles psychologiques. Pourtant, la question de la gestion mentale des joueurs parisiens est loin d’être anodine alors que sa saison commence ce dimanche avec le Trophées des champions face à Nantes. Pour l’ancien tennisman Pier Gauthier, reconverti avec succès dans le coaching mental, le plus fou est que cette question n’arrive que maintenant, après trois craquages historiques en cinq saisons en Ligue des champions.

Mieux vaut tard que jamais

Quand on lui pose la question du retard du foot français sur le sujet, quand nos voisins anglo-saxons ont depuis longtemps intégré des cellules psychologiques dans leur staff, il hoche la tête. « Vous avez la réponse dans les faits ! Vous trouvez ça normal que le PSG​ foire autant de grands rendez-vous, souvent de la même manière, et qu’il n’y ait toujours pas de coach mental dans le staff (rires) ?, s’exclame-t-il. Il y a une réticence forte car les clubs et les joueurs ont l’impression qu’aller voir un psy ça sous-entend qu’ils sont faibles ou fragiles mentalement. Christophe (Galtier), il y a un truc qu’il a bien compris, c’est que si ça peut l’aider à être plus performant, il y va, point. »

Ah oui, car ce qu’on ne vous a pas dit, c’est que Pier Gauthier a travaillé personnellement avec le nouvel entraîneur parisien du temps où celui-ci était sur le banc de Sainté. Et de ce que l’on en comprend, ce n’est pas un hasard si cette question de la gestion psychologique apparaît au moment même où il prend les rênes du PSG. Même si l’état-major parisien avait déjà cette idée en tête après le dernier trauma madrilène.

Adjoint historique de Galtier chez les Verts, Alain Blachon n’est pas surpris par la nouvelle. « Christophe, c’est quelqu’un qui veut progresser en permanence, lui, ses joueurs, mais aussi son métier dans sa globalité, dévoile-t-il. S’il y a quelque chose qui peut lui permettre de devenir plus performant, il saute sur l’occasion. A l’époque il s’est approché de certaines personnes car il pensait déjà que le football était en retard pour tout ce qui est préparation mentale, approche psychologique des événements. » Dans les autres disciplines, que ce soit le tennis, les sports de combat ou l’athlétisme (pour ne citer qu’eux), on a compris depuis un bail que ce qui fait la différence au plus haut niveau est une question de détails qui se jouent dans le cigare et non dans les jambes ou les bras.

« Prévoir l’imprévisible afin de l’aborder le moins mal possible »

Pier Gauthier : « Quand le PSG se fait remonter trois buts par le Barça en sept minutes ou par le Real et qu’il ne sait plus faire deux passes d’affilée, ce ne sont pas les compétences techniques des individus ni leur niveau intrinsèque qui sont en cause, c’est leur aptitude mentale à gérer la pression, les imprévus. Quand Marquinhos la remet plein axe à Benzema, il sait que c’est interdit. Mais il est dans un tel état psychologique que tout devient confus et il en vient à réaliser l’impensable. »

Reconverti dans la prépa mentale après sa carrière de coach, l’ancien entraîneur du PSG Denis Troch, qui a lui aussi travaillé sur ces questions avec Galtier l’année du titre du Losc en 2021 invite les joueurs à « se créer des anticorps tout au long de l’année ». L’idée ? « Prévoir l’imprévisible afin de l’aborder le moins mal possible. Imaginer les choses impensables de manière à ne pas être surpris et savoir y faire face le jour où ça doit arriver », détaille-t-il.

« Ce qui va régler le problème des Parisiens, ce n’est pas la gestion des traumas passés mais comprendre comment on fait pour ne pas se mettre dans cette situation, embraye Gauthier. Et donc comment on fait pour être dans son état de performance optimale au moment où on en a le plus besoin. »

A Paris, c’est rien de dire qu’il y a du taf dans ce domaine. D’où l’idée de déléguer une partie de cette gestion à un ou une spécialiste, et si possible à temps plein, ce qui semble être le cas dans l’esprit des décideurs parisiens. Pour Pier Gauthier, c’est la condition sine qua none du succès de l’entreprise. « Il faut bien comprendre que pour être capable d’amener ses joueurs à être à l’instant T à 90 % de leur capacité, ça demande énormément de temps et des compétences particulières. Ça passe par des entretiens individuels et réguliers avec la majorité des joueurs de l’effectif. En ça, je pense qu’un coach, qui a déjà tant de choses à gérer, qui est une sorte de chef d’orchestre, peut avoir ses limites. Dans l’idéal, il faudrait donc avoir quelqu’un qui est là à disposition du groupe au quotidien. »

Pour Galtier, tout est bon pour « tout gagner »

Reste maintenant à savoir sur qui va s’appuyer le PSG cette saison. Or, sur ce point, rien n’a encore filtré à l’heure actuelle. « Parle-t-on d’un psychologue ou d’un préparateur mental ?, s’interroge l’ancien tennisman. Car ce n’est pas la même chose. » « Le psychologue va gérer les pathologies, le lien avec le passé, quand le coach mental travaille davantage sur le présent, donc sur l’action, et le futur », résumait ainsi le coach mental Alex Kergall dans un article complet de Foot Mercato sur le sujet. Que ce soit l’un ou l’autre, il lui faudra quoi qu’il arrive une certaine liberté dans ses prérogatives pour parvenir à avoir des résultats.

Ce qui n’est pas chose aisée avec des entraîneurs souvent frileux à déléguer sur des domaines aussi sensibles que l’aspect mental de leur groupe. « Le passage entre le domaine technico-tactique et mental, c’est une frontière très, très fragile, prévient Alain Blachon. C’est pour ça que la majorité des entraîneurs sont réticents sur ce sujet. Mais connaissant Christophe, s’il a confiance en la personne, il n’y a pas de raison que cela ne fonctionne pas. » S’il parvient à faire franchir un cap au PSG dans ce domaine, le Marseillais sera sur la bonne voie pour réaliser l’objectif qu’il s’est fixé en arrivant : « Tout gagner ».