Trêve à Gaza : Avec sa mise en scène « inhumaine » des otages, le Hamas veut montrer qu’il est « encore solide »

Affaibli mais pas anéanti. Le Hamas a subi de lourdes pertes depuis la riposte israélienne à son attaque terroriste du 7 octobre 2023. La bande de Gaza est un champ de ruines, ses principaux leaders ont été éliminés, mais le groupe islamiste tient à afficher qu’il a encore la maîtrise du territoire palestinien. Il veut « montrer qu’il est encore solide », selon Adel Bakawan, directeur de l’European Institute for Studies on the Middle East and North Africa (EISMENA).
Dans le cadre de la trêve signée le 19 janvier au terme de nombreux atermoiements, 16 otages israéliens ont été libérés, en plus de cinq Thaïlandais (hors accord), en échange de 765 prisonniers palestiniens. Alors que le groupe islamiste a annoncé que trois nouveaux otages retrouveraient leur liberté ce samedi, la remise à la Croix Rouge d’Elie Sharabi, Ohad Ben-Ami et Or Levy, samedi 8 février, a donné lieu à une mise en scène dénoncée par Israël, comme les Etats-Unis et l’ONU.
Une démonstration de force
Les trois hommes, terriblement amaigris, ont été forcés à monter sur une scène et à s’exprimer en arabe. Avant eux, trois autres otages, dont le Franco-Israélien Ofer Kalderon, libérés le 1er février dernier, étaient apparus un certificat de libération à la main. Autour d’eux, des dizaines de combattants en treillis, armés de Kalachnikovs, le visage dissimulé sous une cagoule noire et un bandeau vert…
« Le Hamas orchestre ces communiqués pour véhiculer des images de force », ajoute Matthew Levitt, directeur du programme Reinhard sur la lutte contre le terrorisme et le renseignement de l’Institut de Washington pour la politique au Proche-Orient. « Pour montrer au monde que malgré toutes ses pertes, le Hamas a toujours des combattants, des armes, des uniformes et du pouvoir. Les cérémonies sont censées suggérer que le gouvernement du Hamas fonctionne », poursuit-il.
Une réponse aux ambitions trumpistes
Quand « ils mettent en scène à la perfection l’instrumentalisation de la souffrance », les combattants du Hamas « répondent » à Donald Trump, analyse Adel Bakawan. A la suite des déclarations sur les projets immobiliers exubérants du président américain qui aspire à vider le territoire de ses habitants et faire de la bande de Gaza la prochaine « Riviera », le groupe armé palestinien « montre que Gaza est encore debout ». « Auparavant, ils mettaient en scène la libération des otages dans des lieux totalement en ruines pour afficher les destructions causées par Israël, ces dernières images ont été prises dans un lieu qui est encore debout, où les Gazaouis pourraient vivre », développe le spécialiste du Moyen-Orient.
C’est aussi une démonstration de force. « L’organisation a été beaucoup plus solide et structurée que la dernière fois, c’est une riposte à tous les observateurs, diplomates, qui disaient que le Hamas n’était plus en mesure de gérer, de gouverner », estime Adel Bakawan. Mais cela reste de la communication car « en réalité, c’est assez simple d’afficher quelques dizaines d’hommes avec des armes légères » pour cacher « les pertes massives du Hamas en termes d’effectifs, de dirigeants, d’armes, d’infrastructures, etc. », rappelle Matthew Levitt.
Et quand ils obligent les otages à dire qu’ils ont bien été traités, à remercier le Hamas, c’est « une instrumentalisation de l’image des otages, de la souffrance et une capitalisation maximum en terme politique et diplomatique », explique-t-il. Une stratégie qui, selon le spécialiste, fonctionne dans l’opinion publique des pays arabes.
Quelles réponses possibles du côté israélien ?
Devant un tel spectacle, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, a dénoncé des « images choquantes », promettant une nouvelle fois « d’éliminer » le Hamas et de ramener les otages toujours retenus à Gaza. Quelles sont ses possibilités ? L’Etat hébreu a déjà opté pour une réponse rhétorique dans son discours dénonçant un traitement inhumain des otages et « poursuivant la politique de diabolisation » du groupe terroriste. Il pourrait par ailleurs suivre les propositions de son allié américain de faire de la bande de Gaza « un enfer », comme l’a menacé Donald Trump, et donc mettre un terme à l’accord de trêve.
Notre dossier sur le conflit au Proche-Orient
Ces images ont accentué l’inquiétude des familles des otages dont les voix se font de plus en plus entendre. Des familles d’otages ont bloqué mardi 11 février dans la matinée l’autoroute reliant Tel-Aviv à Jérusalem afin de faire pression sur le gouvernement et le pousser à respecter l’accord de trêve, selon le Jerusalem Post. « Il est probable qu’elles radicalisent leurs méthodes », estime Adel Bakawan selon qui, cela n’empêchera toutefois pas « Donald Trump et Benyamin Netanyahou de mettre leur plan de vider la bande de Gaza à exécution ».