« Trauma », « Prodigal Son », « Riverdale »… Le retour du bon vieux serial killer ?

Flic ou tueur ? La vérité se trouve au fond d’une cave et du passé, dans «Trauma», première série originale de la chaîne 13ème Rue — 13ème Rue

On pensait que David Fincher avait, d’une certaine façon, tué la figure du serial killer. Après Seven, et son tueur de fiction ultime incarné par Kevin Spacey, puis Zodiac, et son tueur ayant vraiment existé mais jamais identifié, le réalisateur a passé deux saisons de Mindhunter à démystifier le serial killer, son imaginaire et ses plus célèbres représentants, eux bien réels : Ed Kemper, Wayne Williams ou encore Charles Manson. Quentin Tarantino avait enfoncé le clou dans Once Upon a Time… in Hollywood – attention spoilers – en annulant le meurtre de Sharon Tate par des membres de la « famille » Manson. Mais les tueurs en série sont bien de retour… en séries, avec Trauma, production originale de la chaîne 13e Rue ce lundi soir, Prodigal Son, une des nouveautés de la rentrée US, ou encore les teen shows You et Riverdale.

Mon père, ce serial killer

Très en vogue au cinéma dans les années 90, le serial killer s’était invité dans la foulée à la télévision, avec Dexter, Mentalist, Esprits criminels, Following ou Hannibal. Et toujours cette image du super tueur, intelligent, cultivé, machiavélique, pour qui le meurtre est un art. La nouvelle série Prodigal Son s’inscrit, pour ne pas dire se vautre, dans cet héritage, avec son jeune héros profiler (Tom Payne de Walking Dead) qui n’a pas son pareil pour pénétrer l’esprit des tueurs. Son secret ? Son père était lui-même un serial killer, le terrible Chirurgien (le toujours excellent Michael Sheen), et il va être forcé de collaborer avec lui dans le cadre de ses enquêtes.

Le silence assourdissant des agneaux

Si Prodigal Son ne pousse pas le vice à les faire se rencontrer à travers une prison de verre, Le Silence des Agneaux est bien la référence absolue de la série. Comme celle de Riverdale, qui la cite avec son intrigue de la Cagoule Noire, et plus globalement avec le personnage de Betty. Celle-ci découvre ainsi en saison 4 qu’elle a les gênes du serial killer, tout comme son demi-frère et agent du FBI Charles. Pourrait-il lui-même être un tueur en série ? Gloubi-boulga pop culturel et utlra référencé, Riverdale n’hésite pas non plus à invoquer la figure de Charles Manson avec sa secte La Ferme et son leader charismatique Edgar Evernever, interprété par Chad Michael Murray.

Je tue il

Première série originale, et donc française, de la chaîne 13e Rue, Trauma ne brille pas pour son originalité avec son flic brillant ténébreux, sur les traces d’un tueur en série, dont les victimes sont toutes des jeunes femmes. Du moins pas tout de suite. Car la série commence vraiment lorsqu’il se réveille amnésique d’une fusillade et découvre une femme séquestrée dans sa cave. Et si le tueur qu’il pourchasse n’était autre que lui-même ? Sa victime est-elle aussi innocente qu’elle n’y paraît ? Si le fin mot de l’histoire n’est pas des plus convaincants, et gratifiants, le jeu de pouvoirs et de miroirs est assez passionnant pour tenir les six épisodes de la série, déjouant souvent les attentes du public et les clichés du genre, et faisant de cette cave un vrai espace mental.

Derrière la fascination, la réalité des victimes

Trauma prend donc ses distances avec le bon vieux serial killer, à l’instar du teen show You, de retour pour une saison 2 sur Netflix le 26 décembre prochain. Loin d’un Hannibal Lecter ou d’un Ted Bundy, Joe Goldberg (Penn Badgley) est présenté à la fois comme un tueur sociopathe mais également comme un prince charmant, et la série teste en permanence l’empathie des spectateurs et spectatrices. Avec le vrai risque d’une complaisance à son égard, au détriment de ses victimes, bien souvent tuées hors champ. C’est d’ailleurs le souci récurrent avec la figure du serial killer, et sa fascination, il éclipse les victimes, autant dans la fiction que la réalité.

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