Tournoi de Bercy : Gilles Simon continue de gagner « comme s’il n’y avait pas de lendemain » (ni de retraite)

De notre envoyé spécial à Bercy,

C’est la dernière fois qu’on se fait avoir, Gillou. Le coup de la vieille carne qui tire de partout, la Rossinante qui ne met plus un ischio devant l’autre et qui ne pense qu’à la retraite, T-E-R-M-I-N-E. Alors comme ça, après avoir rossé Murray lundi, môssieur Simon avait encore l’énergie pour bouter hors de la course aux Masters rien de moins que Taylor Fritz. L’Américain présente bien, pourtant, fort de son appétit de conformité désolant qui fait le tennis du moment : une couverture de terrain improbable pour un mec de sa taille et des mandales dès que la balle arrive en coup droit.

Moi c’est l’embrouille, Gillou l’embrouille

Mais voilà, môssieur Simon n’a pas envie de partir à la retraite. Alors il joue avec les nerfs de l’organisateur, comme à sa plus belle époque : trois heures de jeu au milieu de l’après-midi, et tant pis si ça fait foirer le programme. La plaisanterie est signée Lucas Pouille, venu en spectateur averti, après avoir raté le coche lundi contre Murray : « Je lui avais envoyé un message après le match pour lui dire  » putain t’es un génie, je vais pouvoir voir ta dernière  ». Il m’avait répondu qu’avec l’énergie de dingue qu’on lui donnait, il allait se battre. C’est un match à l’image de sa carrière. Il ne lâche rien du début à la fin, avec une intelligence différente sur le terrain, il y a pas un mec qui lui ressemble. J’aurais pas mis une piécette sur sa victoire… il y a pas plus belle fin que celle qu’il est en train d’écrire ».

Au début du troisième set, on peut même avouer que l’assistance cultivait une certaine résignation, après deux heures de démonstration maison, à base de courses impossibles, de balles floconneuses au milieu d’une forêt de revers ras du filet, de petit coup droit d’attaque savamment distillés au compte-gouttes, bref, toute la panoplie de Didier l’embrouille pour un bien maigre butin. Un set partout seulement, face à un adversaire plus frais et plus fort sur le papier.

Au début du 3e, tu te sens seul, rigole l’impétrant. Puis tu gagnes un point, un autre, tu tiens un jeu serré, tu survis et à 4-4 tu vois que l’autre mec commence à s’étirer la cuisse  » Ah toi aussi  ». Bon là j’ai besoin de trois mois de récup’ mais vous m’aidez énormément, je suis obligé de jouer comme s’il n’y avait pas de lendemain ».

Il y en a un pourtant, face à la terreur du moment, le Canadien Auger-Aliassime, vainqueur des trois derniers tournois où il s’est aligné. Le risque est grand, évidemment, du match de trop, un peu comme à Roland au printemps dernier, où le troisième tour face à Cilic avait tourné à l’exécution sommaire. Mais on a juré de ne plus se laisser abuser par le bougre.

« Il arrive à trouver une forme de relâchement »

Pouille non plus :  « c’est fantastique de voir le niveau qu’il arrive à produire. Il est au clair avec sa décision de terminer, il arrive à profiter du moment en trouvant une sorte de relâchement, un peu comme Jo à Roland, qui n’avait plus joué comme ça depuis des années. Ça nous permet de bien se rendre compte à quel point les quatre avec Gaël et Richard étaient exceptionnels, des monstres qu’on a eu de la chance d’avoir, on l’a trop peu dit toutes ces années ».

Parole de celui qui était supposé leur succéder avant d’être plombé par une série de blessures presque définitive. Prochain tour de char jeudi après-midi à l’heure du goûter. Soyez-là quand même. Sur un malentendu, ça pourrait être le dernier.