Tour des Flandres : Peut-on le gagner dès sa première participation ? (On parle de toi, Julian)

Julian Alaphilippe s’est imposé sur la Flèche Brabançonne — DAVID STOCKMAN/AFP

Quand Julian Alaphilippe enfile un maillot, c’est rarement pour aller faire trempette. Encore plus quand il est arc-en-ciel. Dimanche, notre champion du monde français va s’aligner pour la première fois de sa carrière sur le terrible Tour des Flandres, sans qu’on ne sache trop dire ce qu’il se voit y faire. Mais on le connaît trop pour le croire quand il susurre à l’oreille des médias belges qu’il ne vient sur le Ronde que pour « jeter un coup d’œil » et qu’il les supplie de ne « pas en faire un favori » de la course.

Deux-trois stats avant de se mettre dans le bain : il faut remonter à 1982 et le Belge René Martens pour trouver trace d’un bizuth vainqueur sur la classique belge. Tom Boonen et Fabian Cancellera, six victoires à eux deux dans l’ère moderne, y ont fait de la figuration trois éditions avant de jouer les premiers rôles. A l’inverse, dans un passé plus récent, Benoot (5e en 2015) et Asgreen (2e l’an en 2019) avaient joué la gagne pour leur première.

Oui, mais eux avaient saigné les monts flandriens un paquet de fois avant de passer pros. Malgré sa formation chez QuickStep, Alaphilippe n’a jamais vraiment goûté au Patenberg, au Taienberg ou au Vieux-Quaremont. Tout juste a-t-il réalisé deux reconnaissances cette semaine. Suffisant pour espérer quoi que ce soit ?

Spontanément, j’aurais tendance à dire non, répond Anthony Geslin, huit Tour des Flandres au compteur entre 2005 et 2012. C’est une course qui est tellement spécifique, tellement dure physiquement que si on ne l’a pas pratiquée plusieurs fois et qu’on n’est pas préparé psychologiquement, elle est compliquée à appréhender. Il y a des pavés, des monts, des monts en pavés, du vent, de la pluie… C’est une course ou le placement est très important et donc avoir une connaissance du terrain, l’avoir vécu plusieurs fois pour être à l’aise, connaître par cœur l’enchaînement des monts. »

Lui-même se souvient de sa première. « J’étais complètement paumé, raconte-t-il. A un moment ça frotte, à une autre plus personne ne roule, je me demandais où j’étais. » Bref, tout ça correspond plutôt bien à l’état d’esprit dans lequel Alaphilippe arrive, malgré sa récente victoire sur la Flèche Brabançonne, dont les montées ressemblent un peu à celles du Ronde.

« Ce n’est pas parce que vous allez prendre du plaisir sur quelques pavés que vous allez gagner le Tour des Flandres. C’est déjà assez dur pour les coureurs qui l’ont fait cinq ou six fois. J’aurai bien sûr un rôle important à jouer dans l’équipe, mais je ne serai pas considéré comme le coureur qui doit gagner. C’est impossible pour moi de dire si j’aurai les qualités physiques pour briller dans le final ».

« C’est nerveux, c’est ce qu’il aime »

OK pour le début, mais on se permettra quand même de « call » son bluff sur sa dernière phrase. Meilleur puncheur du monde et dans une grande forme, Julian Alaphilippe a sur le papier toutes les qualités pour briller sur ce genre de courses. « Physiquement, il est très fort et la longue distance n’est pas un problème pour lui, décrit Anthony Geslin. Il est super résistant au lactique et il peut être à bloc sur des efforts de 2 ou 3 minutes qui correspondent aux difficultés du Ronde. Dès que ça monte, il pourra faire la différence. Avec une petite spécificité : dans le final, les monts s’enchaînent et avec les pavés, on ne peut pas les monter en injection en danseuse, comme il a l’habitude de le faire sur l’asphalte. »

C’est pour ça que si l’ancien coureur de la FDJ imagine sans problème Alaphilippe être dans le coup en fin de course, il ne voit pas trop comment il pourrait lâcher à la pédale – comme il l’a fait aux Mondiaux – les spécialistes comme Van Aert ou Van der Poel, au profil plus puissant que lui.

Mais pour le reste, pas d’inquiétude. Franck Alaphilippe, son cousin et entraîneur, confiait récemment à Eurosport bien sentir l’affaire. « Dans les Flandres, il y a du mouvement, il faut se placer, c’est nerveux. C’est pour lui, c’est ce qu’il aime ». Et surtout, surtout, si Alaphilippe peut souffrir de son inexpérience, son équipe elle, est la meilleure sur ce genre de courses. Geslin :

Il va être épaulé par des coureurs qui connaissent toutes les routes comme le fond de leur poche. Il sera un peu pénalisé par certains passages qu’il ne maîtrisera pas, par cette bosse qu’il attaquera trop fort au pied, mais tout ça sera comblé par son physique et une équipe qui va le mettre aux petits oignons toute la course. Ils vont prendre le manche et le protéger toute la course. »

Jusqu’au moment où il fera tout péter ? Impossible à dire tant la course dépendra de la stratégie des Deceuninck, qui alignent autant de coureurs que de potentiels vainqueurs. Mais on imagine mal une course où Alaphilippe n’attaque pas, ce n’est pas vraiment son style. « Il peut dynamiter la course de loin et la faire exploser au service de son équipe », pense Geslin. Sans doute ce qu’Alaphilippe sous-entendait en évoquant « le rôle important sans être le mec qui doit gagner » qu’il aurait à jouer dans la course.

Une manière de remercier ses équipiers d’avoir bossé toute l’année pour lui. Ou une manière de s’enlever un peu de pression ? « Je suis curieux, mais il n’y aura pas plus de stress ou de pression. J’ai déjà plus qu’atteint mes objectifs de la saison. » Geslin conclut : « Quoi qu’il se passe, il va peser sur la course. Ne serait-ce que psychologiquement. » L’aura du maillot arc-en-ciel.

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Mondiaux de cyclisme : Julian Alaphilippe enfin sur le toit du monde

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