Tour de France : Prépa, forme, météo… Ce que change le report en septembre ?

Le Tour de France 2020 se déroulera sûrement dans des conditions plus difficiles que d’habitude. — PHILIPPE LOPEZ / AFP

  • En raison de l’épidémie de coronavirus Covid-19, le Tour de France a été officiellement reporté à la fin de l’été. 
  • Les coureurs auront sûrement un mois seulement de courses pour se préparer avant le départ à Nice, le 29 août. 
  • Ils devront faire aussi avec des conditions climatiques bien différentes. Cela pourrait profiter à certains. 

L’espoir renaît. Comme les Français en entendant la date du 11 mai dans la bouche d’Emmanuel Macron lundi soir, les amoureux de vélo ont repris un peu du poil de la bête ce mercredi midi en apprenant le report officiel du Tour de France (du 29 août au 20 septembre). « C’est une très bonne nouvelle, se félicite Dominique Arnoult, c’est la vitrine de notre sport et une annulation aurait été catastrophique pour le cyclisme ».

S’il y a encore beaucoup « de questions sans réponse et qu’il faudra aussi suivre de très l’évolution de l’épidémie » pour le patron de la Team Total Direct Energie, « au moins ça fixe un cap » se réjouit Mikaël Cherel, coureur d’AG2R La Mondiale. Etre prêt sur la ligne de départ le samedi 29 août à Nice. Ce nouveau calendrier implique forcément des adaptations. Préparation, forme, météo… Qu’est-ce que cela change ?

Aller en montagne et faire du volume

Pour l’instant, l’heure est toujours au confinement et aux home-trainers pour les coureurs en France et il faudra du temps pour retrouver l’air pur des sorties sur route même après le 11 mai : « Je ne pense pas pouvoir les réunir en stage et peut-être même pas les regrouper », reconnaît Dominique Arnould. Les coureurs devront sûrement travailler par petit groupe. Mikaël Cherel compte par exemple rapidement partir « en camp en altitude, comme beaucoup, pour retrouver la forme, les sensations et manger du dénivelé positif surtout que le tour sera très montagneux. » Ça grimpera dès le deuxième jour pour rappel.

« Même si en tant que sportif de haut niveau on ne repartira pas de zéro et que le travail actuel est très qualitatif notamment sur les chaînes musculaires, il faudra faire du volume très vite pour être compétitif. Aujourd’hui, c’est ça qui nous manque le plus et c’est ça que demande la Grande Boucle », explique le coéquipier de Romain Bardet. Ce report qui évitera une annulation de dernière minute va également permettre de rattraper un certain retard selon le boss de chez Direct Energie : « Si tout se passe bien, on va pouvoir réduire un peu les différences de niveau d’ici le départ entre ceux qui ne roulent plus du tout en ce moment et les autres. Ce n’est pas la préparation idéale mais on peut bien se préparer. »

Se préparer oui. Mais être au pic de sa forme c’est encore une autre affaire pour Steve Chainel :

« Retrouver un bon niveau de performance en trois mois, c’est possible. Mais de là à gagner le Tour, c’est clair que c’est un gros problème. Y a des courses qui doivent servir de préparation, les automatismes, l’esprit de groupe, la reconnaissance… On ne l’aura pas. Côté français on est pénalisé par le confinement, c’est clair. Le confinement va provoquer une certaine non-égalité des chances, par exemple en Belgique ils peuvent rouler dehors. L’entraînement ne remplace pas la compétition, et encore moins l’home-trainer. »

Un mois de courses pour être prêt

L’autre conséquence de ce report et de cette édition 2020 inédite sera le peu de courses que les coureurs auront dans les jambes avant de se retrouver sur la Côté d’Azur. Un mois voire six semaines au mieux selon Christian Prudhomme, le grand patron du Tour de France. Suffisant pour être en forme ? « Oui ça peut suffire d’autant plus qu’il y aura un calendrier bien fourni et normalement tous les coureurs pourront s’aligner sur les différentes courses », affirme Dominique Arnoult. Une manière pour les directeurs sportifs de faire sûrement un état des lieux.

Pour les athlètes, il est aujourd’hui impératif que le nouveau calendrier de l’UCI (Unions Cycliste Internationale) soit élaboré en fonction des nouvelles dates de la Grande Boucle. Et surtout « dès qu’on peut recourir il faut le faire » insiste l’ancien coureur français pour qui il faudra minimum « une dizaine de jours de courses » dans les jambes avant le Tour. Il imagine même un petit programme avec les championnats de France, quelques courses d’un jour et un Dauphiné Libéré même raccourci en août. C’est aussi comme ça que Mikaël Cherel voit les choses : « Je pense qu’il me faudra deux courses par étapes, le Dauphiné et pourquoi pas la Route d’Occitanie plus les championnats pour être bien. »

Mais évidemment dans ces conditions si particulières de préparation, les caractéristiques de chaque coureur pourraient jouer car « le rythme peu l’auront » selon Chainel. « Après ça dépend, Pinot n’a pas besoin de 15 courses de préparation pour être bien, il sait se faire mal à l’entraînement. Froome ou Thomas c’est pareil. Mais de toute façon, il va y avoir de la casse, les effectifs seront chamboulés. On ne peut pas demander à une 205 GTI d’être trois mois au garage et de sortir faire les 24h du Mans ! », ajoute-t-il.

Et si la météo profitait à certains ?

Enfin si le parcours ne changera pas à quelques exceptions près, la météo sera sûrement différente. Septembre n’est pas juillet. On n’a rien inventé. En revanche sur le sujet, il y a bien deux écoles. La première pour laquelle ce facteur n’aura « vraiment pas un rôle impactant » sur la course selon les dires du consultant d’Europort « car on a des arrières saisons exceptionnelles et on reste dans une période estivale. » Pour David Gaudu de Groupama-FDJ, la question ne se pose même pas car « par principe pour moi un bon coureur doit être prêt à faire face à toutes les conditions climatiques. »

La deuxième (école) pense bien sûr le contraire. A commencer par le coéquipier de Gaudu, Rudy Molard :

« Elle va avoir un rôle majeur car on ne connaîtra pas les canicules du mois de juillet et on risque de prendre de grosses averses. Ce sera un temps proche de celui du Giro. Au niveau des organismes, tout le monde ne réagit pas de la même manière. »

A titre de comparaison en Juillet 2019, la température moyenne en France avait été de 23 degrés avec des épisodes caniculaires alors qu’en septembre 2019, elle était de 18.5 degrés.

« C’est une bonne nouvelle, se réjouit Mikael Cherel, car avec des conditions plus difficiles, ça va forcément donner des courses plus spectaculaires. Des Bardet, Nibali, Alaphilippe peuvent profiter de ce temps. Pinot aime ça aussi. En tout cas, ça peut clairement mettre en difficulté la machine Ineos car ça perturbe toujours un train même très bien réglé. » Et celui qui avait pris la poudre d’escampette dans la descente de Domancy en 2016 pour offrir la victoire à Romain Bardet sous le déluge sait de quoi il parle.

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