Tour de France 2022: Les cinq étapes où les Français vont lever les bras

Vous nous connaissez, on n’est pas du genre à abandonner nos chouchous en rase campagne au moindre rendez-vous raté. Au contraire, c’est un peu grâce à ça qu’ils ont réussi à s’imposer dans nos petits cœurs de pierre. Mais là, il faut bien se faire à l’idée. L’annonce en grande pompe du triomphe à venir de Thibaut Pinot appartient définitivement au monde d’avant, et si Julian Alaphilippe nous aura fait vibrer en jaune ces trois dernières années, il ne faut pas non plus lui demander la lune. Le général, ça ne sera toujours pas pour les Français lors de l’édition 2022, dont le tracé a été dévoilé ce jeudi.

Certains vous vendront une potentielle bonne surprise avec David Gaudu ou Guillaume Martin, mais ne vous laissez pas avoir. Trop tendres pour survivre sur trois semaines aux mobylettes slovènes et aux armées néerlandaise (Jumbo) ou britannique (Sky). Attention, ça n’empêchera pas de prendre notre pied ailleurs. Les victoires d’étape au panache, ça compte aussi. Comme l’a compris Romain Bardet dans sa seconde vie de cycliste, il faut juste laisser aux autres calculettes et oreillettes, et se faire confiance pour flinguer quand on le sent. Ça tombe bien, il y a de quoi faire sur le tracé de l’an prochain. Parce que ça ne sert à rien d’attendre plus longtemps, on vous annonce là où ça va sourire aux coureurs français.

  • Etape 4 : Dunkerque-Calais

Retour en France après trois jours à avoir pris le vent dans la tronche au Danemark. Certains auront du mal à se remettre dedans après la journée de transfert, ce sera donc le moment parfait pour partir de loin, avec un début d’étape dans les monts des Flandres. La suite ne sera pas moins accidentée dans le Boulonnais, avec les passages par les caps Gris-Nez et Blanc-Nez pour faire la diff’juste avant de descendre sur Calais.

Notre prono : Franck Bonnamour

Pourquoi : Le goût du risque, un profil de baroudeur qui passe bien les bosses sans non plus être un pur grimpeur, et très en vue pour son premier Tour en juillet dernier. Ça s’annonce tout bon pour Francky.

Ce qu’il en dit : « La première chose que j’ai vue, ce sont les sept étapes accidentées, donc il y aura de quoi faire pour les baroudeurs comme moi. Il faudra bien choisir ses étapes pour être le plus performant possible sur ces dernières. »

  • Etape 6 : Binche-Longwy

Une longue route à travers les Ardennes, jusqu’à l’impressionnante côte de Pulventeux (800m à plus de 12 % de moyenne) située à 6 bornes de la ligne. Et si ça ne suffisait pas, la côte des Religieuses (1,6km à près de 6 %) finira de mettre les derniers résistants dans le fossé juste après. Le terrain idéal pour qui vous savez.

Notre prono : Julian Alaphilippe

Pourquoi : Un départ de Binche, comme lors de la fameuse étape d’Epernay où il avait pris le maillot en 2019, et deux rampes taillées pour lui. Au pire, on le reverra à Mende lors de la 14e étape (ou même avant, mais bon on ne peut pas le mettre partout).

Ce qu’il en dit : « C’est difficile de dire si tôt [si une étape me plaît particulièrement]. La première semaine sera marquée par beaucoup de choses, des risques de bordures, le chrono, les pavés, les arrivées pour puncheurs. C’est une semaine où il peut se passer plein de trucs. Mende aussi, c’est une belle étape, avec un sacré final. On verra, je vais étudier tout ça (sourire). »

  • Etape 8 : Dôle-Lausanne

Rien de très méchant malgré le passage du Jura, tout devrait se jouer dans un sacré raidillon juste avant la ligne, au niveau du stade olympique de Lausanne. Moment nostalgie, cette arrivée est en quelque sorte la Madeleine de Proust de Christian Prudhomme, le patron du Tour, qui quand il était gamin regardait la course A travers Lausanne juste pour voir Merckx, Ocana ou Thévenet se bagarrer dans cette côte.

Notre prono : Benoît Cosnefroy

Pourquoi : Pour ne pas remettre Alaph, déjà, mais surtout parce que Cosnefroy a prouvé en cette fin de saison qu’il savait résister aux meilleurs sur ce type de terrain explosif (victoire sur la Bretagne Classic devant le champion du monde par exemple).

Ce qu’il en dit : « Christian Prudhomme a bien insisté sur ces petites cotes à fort pourcentage, je l’ai bien entendu (sourire). Je n’ai pas le détail de toutes les étapes en tête mais il y a de belles choses à faire pour les coureurs comme moi, c’est certain. Je n’ai jamais réussi encore à avoir ce bon feeling sur le Tour. A moi de trouver les solutions pour briller sur une étape. Ça va être mon objectif cette année, vraiment, d’en gagner une. »

(Bonus) L’avis du directeur : « Cette arrivée est dessinée pour les puncheurs. Nous avons la chance aujourd’hui d’avoir un trio de puncheurs d’exception, avec Wout van Aert, Mathieu van der Poel et Julian Alaphilippe. On ne fait jamais un parcours pour un coureur, mais on fait, et je le revendique, un parcours pour un type de coureur. Et en l’occurrence pour ces gars-là. »

Benoît Cosnefroy sur le Tour 2020.
Benoît Cosnefroy sur le Tour 2020. – christophe petit tesson / POOL / AFP
  • Etape 11 : Albertville-Col du Granon

La première grosse étape que les favoris voudront accrocher. Mais avec un peu d’imagination, tout est possible. Ça commencera à monter très tôt, par les lacets de Montvernier, avant de franchir le col du Télégraphe puis le Galibier. Après avoir traversé Serre-Chevalier, l’arrivée sera jugée au sommet du Col du Granon, petite merveille de plus de 11 km à 9,2 % de moyenne. Miam.

Notre prono : David Gaudu

Pourquoi : Et pourquoi pas ? Et sinon, parce qu’il en a envie, qu’il aime la très haute altitude et qu’il a fait ses preuves sur la Vuelta.

Ce qu’il en dit : « Cette étape, avec celle d’Hautacam peut-être (18e étape), est celle qui me fait le plus rêver. C’est un col qui peut me correspondre, il a l’air très dur, c’est une des arrivées phare de ce tracé. Je ne l’ai jamais gravi, mais si je devais en choisir une ce serait celle-là. »

  • Etape 12 : Briançon-Alpe d’Huez

Le 14 juillet au sommet de l’Alpe, on est obligé de la mettre. Les lacets les plus célèbres de France – et pas n’importe laquelle – font leur retour après quatre ans d’absence. Les coureurs se seront farcis avant l’interminable Col de la Croix de Fer (29 bornes de montée ininterrompue) et le Galibier. De quoi donner des idées à ceux qui se donneront la peine d’en avoir.

Notre prono : Guillaume Martin

Pourquoi : Parce que le leader de la Cofidis progresse chaque année, parce que globalement les Français y réussissent (Rolland, Riblon, Pinot ces dix dernières années), parce que le feu d’artifice, parce que FAIS-LE POUR LA FRANCE GUILLAUME.

Ce qu’il en dit : « Il est encore tôt pour parler des objectifs, mais de manière générale, j’ai évidemment encore envie de progresser. Jusqu’à présent, j’ai été régulier sur le Tour, toujours présent, mais je n’ai pas réalisé LE grand coup d’éclat. J’espère que ce sera pour l’an prochain. Il y aura des pièges dans ce Tour, des moments compliqués, mais là je ressens de l’excitation, l’envie d’y être, d’en découdre. Le tracé me plaît, et en règle générale, quand le Tour part à l’est, ça me réussit plutôt bien… »